Des faits et des chiffres

Les enjeux de l’eau [1]

L’eau est, avec l’air, l’élément même de la vie : elle est à l’origine de la vie sur Terre et toute société se développe en fonction de l’eau dont elle dispose. Pour certaines personnes, la crise de l’eau signifie parcourir chaque jour de longues distances à pied afin de collecter suffisamment d’eau - propre ou insalubre - pour survivre. Pour d’autres, cela signifie souffrir d’une malnutrition évitable ou de maladies provoquées par les sécheresses, les inondations ou des systèmes d’assainissement inappropriés. Pour d’autres encore, c’est le manque de financements, d’institutions ou de connaissances qui empêche de résoudre les problèmes locaux liés à l’utilisation et à la répartition des ressources en eau.

Aujourd’hui, au 21e siècle, plus de 1,1 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à l’eau potable et plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des systèmes d’assainissement suffisants. En conséquence, chaque année plus de 2 milliards d’être humains tombent malades parce qu’ils ont consommé de l’eau insalubre et 2,2 millions de personnes en meurent.

En effet, nous polluons massivement les eaux de surface et, en conséquence, nous pompons les eaux souterraines plus rapidement que leur taux de renouvellement. L’accès inégal aux ressources en eau et une diminution de ces ressources représentent une menace majeure pour l’humanité.

Il est indiscutable que l’eau est l’un des enjeux du 21è siècle, car les ressources en eau douce sont de plus en plus sollicitées. Cette évolution est liée, d’une part, à l’augmentation de la consommation et à la croissance de la population, d’autre part, aux atteintes portées à l’eau douce tels les pollutions, l’irrigation mal maîtrisée et le gaspillage. Individus, collectivités, Etats, institutions internationales, secteurs économiques, scientifiques, tous sont concernés par les choix relatifs à l’eau qu’il s’agisse de la privatisation, de l’irrigation, de la construction de barrages...

L’offre et la demande en eau [2]

L’eau douce est une ressource naturelle dont la partie utilisable par l’homme est limitée. Cela signifie qu’il faut la gérer comme un capital  : un stock dont on doit préserver la quantité et les qualités. L’eau douce contenue dans les nappes souterraines et dans les cours d’eau provient toujours des précipitations atmosphériques : la pluie et la neige. Plus de la moitié de l’eau qui atteint le sol retourne à l’atmosphère en s’évaporant directement. Une partie de l’eau de pluie est interceptée dans le sol par les végétaux qui eux aussi transpirent, on parle d’évapo-transpiration. Une autre partie de l’eau s’infiltre dans le sol et alimente les nappes aquifères. Le reste circule dans les eaux de surface : les zones naturelles humides, les plans d’eau et les cours d’eau.

Il est estimé que moins de 1% de toute l’eau douce est utilisable par l’homme (le reste étant capté dans les glaciers et la calotte glacière). La quantité d’eau disponible pour l’homme est estimée à 12.500 km³ par an et la consommation actuelle dépasse les 3.700 km³ par an. Les trois secteurs qui consomment le plus d’eau sont l’agriculture (70%), l’industrie (19%) et le municipal et résidentiel (9%). Depuis 1960, l’utilisation d’eau pour l’irrigation a augmenté de 70%.

D’après le World Water Council, en 2025, l’eau disponible pour la consommation par l’homme va diminuer à 5.100 km³ par personne par an. Cette diminution est due à l’augmentation de la population et de l’industrialisation.

La quantité d’eau dans une région dépend très étroitement du climat. Les précipitations sont souvent irrégulières et mal réparties.

Les trois-quarts des précipitations annuelles se produisent dans les zones contenant moins d’un tiers de la population, tandis que les deux-tiers de la population vivent) dans des zones qui reçoivent seulement un quart des précipitations annuelles. Par exemple, le fleuve Congo et ses affluents reçoivent 30% des écoulements d’eau du continent africain mais ce bassin n’accueille que 10% de la population africaine. Les ressources en eau chutent également au Vietnam, au Pakistan et en Inde, où des paysans surexploitent les eaux souterraines car ils ne peuvent pas utiliser 75% des eaux de surface qui sont trop polluées et impropres à la consommation. 90% des eaux souterraines sous les villes chinoises sont contaminées. La situation n’est guère meilleure au Moyen Orient et en Amérique Latine. La pollution massive des eaux de surface fait que les pauvres n’ont pas les moyens de payer l’eau traitée et donc, par exemple, dans le bassin amazonien (qui détient plus de 20% des réserves de ce continent), plus de 130 millions d’habitants n’ont pas l’eau potable domestique et seulement 86 millions, moins du tiers de la population, sont branchés à un réseau sanitaire correct.

Dans les pays en voie de développement, l’approvisionnement en eau se fait lors des pluies saisonnières (Moonsoon en Inde). Ces précipitations s’écoulent trop rapidement et souvent, par manque de moyens de stockage appropriés, on ne peut utiliser que 20% de l’eau écoulée.

L’approvisionnement en eau peut aussi varier d’une année à l’autre à cause des variations du climat, comme par exemple le phénomène El Niño.

L’International Water Management Institute estime que 26 pays, dont 11 en Afrique, se trouvent en situation de pénurie d’eau. Par pénurie en eau, ils entendent pénurie physique et économique. On parle de pénurie physique quand la consommation d’eau excède 60% de l’eau disponible. Ceci implique que les ressources en eau ne sont pas suffisantes pour combler les demandes en eau des secteurs de l’agriculture, de l’industrie et du domestique. On parle de pénurie économique lorsqu’un pays possède assez de ressources en eau pour subvenir à ses besoins mais nécessite des infrastructures additionnelles pour le stockage et le transport de l’eau. Ceci implique un développement coûteux des infrastructures.

Droit à l’eau - Privatisation [3]

De la Bolivie vers le Ghana et les Philippines, du Royaume-Uni vers les Etats Unis et le Canada, un marché de l’industrie de l’eau s’est rapidement ouvert. Ce marché qui, jusque récemment, était perçu, dans la plupart des régions du monde, non comme une mine d’or pour des sociétés anonymes mais comme un service public, est en train de se développer très rapidement. En 2004, 7% des systèmes d’eau étaient exploités par des multinationales et ce chiffre pourrait augmenter jusqu’à 17% en 2015 selon certaines études. Les opportunités de profit sont impressionnantes : l’édition de mai 2000 du magasine « Fortune », annonce que le marché de l’eau pourrait devenir « une des plus grandes opportunités financières mondiales » et que ce marché « promet d’être, au 21ème siècle, ce que l’huile était au 20ème. »...

Durant les années 90, beaucoup de pays en voie de développement ont été obligés de privatiser les services de l’eau sous la pression de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. En effet, cette privatisation était une condition clé afin d’obtenir des prêts dans le cadre des programmes d’ajustements structurels. Cette privatisation n’a pas seulement permis de répondre aux attentes concernant l’amélioration et l’élargissement des services d’approvisionnement et d’assainissement en eau mais a également généré, dans de nombreuses villes, une montée des prix de l’eau, sans oublier les promesses d’investissement non tenues.

Actuellement, quatre firmes privées européennes dominent l’alimentation privée en eau dans le monde entier, créant ainsi de nouvelles dépendances. Dans beaucoup de pays en voie de développement, le secteur de l’eau et ses institutions souffrent de fragmentation, de marginalisation et d’une capacité d’action trop faible.

Suite à ces privatisations massives, deux camps se sont formés.

  • Dans le premier : l’industrie mondiale de l’eau composée de compagnies de traitement et de distribution des eaux et des géants de l’eau en bouteille, ainsi que des institutions comme la Banque Mondiale et le FMI. On y retrouve également l’OMC qui protège les intérêts de ces compagnies à travers des mesures contraignantes et, enfin, beaucoup de gouvernements. Ces intérêts se sont associés, il y a une décennie, pour former le Forum Mondial de l’eau. L’objectif de ce forum est de promouvoir la privatisation et la gestion de l’eau. Ses membres considèrent l’eau comme un bien comparable au pétrole et au gaz, une nouvelle source de revenus.
  • Dans le second, ces quinze dernières années, face à ces politiques de privatisation, des victoires ont été obtenues par les mouvements sociaux des pays du Sud comme en Bolivie, en Uruguay et au Venezuela. Des résolutions ont été prises lors des Forums Alternatifs Mondiaux de l’Eau et des Forums Sociaux Mondiaux (Porto Alegre, Bombay, Bamako, Caracas)
    Elles sont basées généralement sur quatre principes :
    • La reconnaissance formelle du droit à l’eau en tant que droit humain universel dans les statuts des collectivités locales, dans les constitutions des États, dans les conventions internationales sur les droits humains, sociaux, économiques et culturels ;
    • La reconnaissance de l’eau en tant que bien commun public mondial, patrimoine de l’humanité, échappant à toute forme de marchandisation et dont la gestion doit être assurée par des règles et des institutions de nature publique excluant toute privatisation ;
    • L’urgence d’une ingénierie financière fondée sur le principe du financement public des coûts liés à la concrétisation de l’accès à l’eau pour tous avant 2020 ;
    • La promotion, à partir de l’eau, de formes avancées de démocratie participative sur le plan local, régional et national et de démocratie effective au plan international et mondial, moyens fondamentaux pour prévenir les guerres de l’eau et garantir la sécurité d’existence à tout le monde dans la paix.

D’autres instances politiques et institutionnelles comme le Parlement Européen, ont pris des positions clairement favorables à la reconnaissance du droit humain à l’eau et de l’eau comme bien commun.

Accès à l’eau propre

La santé humaine est inextricablement liée aux ressources en eau. On estime que près de 30.000 personnes meurent chaque jour de maladies dues à l’absence d’eau potable et de services d’hygiène. En 2002, les maladies diarrhéiques et la malaria ont fait respectivement 1,8 et 1,3 millions de morts. Les victimes étaient essentiellement des enfants de moins de 5 ans. Selon l’ONU, 1.7 millions de décès pourraient être évités en fournissant un accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène.

Les causes principales de ces maladies sont l’absence d’accès à l’eau potable, de services sanitaires et d’hygiène ainsi que des pratiques inappropriées en matière de gestion de l’eau. La pollution chimique des eaux de surface, causée essentiellement par l’agriculture, constitue également un danger pour la santé.

L’accès à une eau propre est essentiel mais l’épuration des eaux usées constitue également un défi. Dans les pays en voie de développement, environ 90% des eaux usées ne sont pas épurées et se versent directement dans les rivières et les fleuves.

La ville de Bruxelles possède deux stations d’épuration opérationnelle :la station d’épuration Bruxelles-Sud et la station de Bruxelles-Nord, opérationnelle depuis mars 2007. La station d’épuration Sud est opérationnelle depuis le 1er août 2000, elle est d’une capacité de 360.000 équivalents-habitants et assure l’épuration des eaux usées du sous-bassin sud. La station Nord est d’une capacité de 1.100.000 équivalents-habitants. Elle assure l’épuration des eaux usées des sous-bassins Nord et de la Woluwe.

Types de pollutions

La pollution des eaux augmente sensiblement. Avec le développement et la concentration des populations, les pollutions rejetées, industrielles bien sûr, mais aussi domestiques et presque partout agricoles, créent, au moins localement, des situations dangereuses pour l’hygiène et la santé humaine et empêchent la réutilisation successive de la ressource de l’amont vers l’aval et dans les nappes. Le traitement des rejets, permettant la réutilisation des eaux épurées, est une nécessité, notamment dans les pays émergeants.

La pollution aquatique a pour origines principales : l’activité humaine (pollution domestique), les industries (pollution industrielle) et l’agriculture (pollution agricole).

La pollution domestique provient des utilisations quotidiennes de l’eau à la maison : eaux des toilettes, eaux savonneuses rejetées avec les lessives, les bains ou la vaisselle, les produits versés dans les éviers... A cela il faut ajouter les eaux usées rejetées (effluents) par les installations collectives, telles que les hôpitaux, les écoles, les commerces, les hôtels et restaurants, etc.
La pollution agricole est causée par les engrais et pesticides mal utilisés qui polluent les eaux souterraines (en s’infiltrant dans le sol avec l’eau de pluie et d’arrosage) et de surface (en ruisselant). L’emploi excessif d’engrais a fait sensiblement augmenter la quantité de nitrate dans les rivières et nappes phréatiques peu profondes. La pollution agricole figure au premier rang des pollutions de l’eau.

La pollution industrielle est caractérisée par une très grande diversité de rejets, suivant l’utilisation qui est faite de l’eau au cours du processus industriel. Selon l’activité industrielle, on va donc retrouver des pollutions aussi diverses que :

  • des matières organiques et des graisses (abattoirs, industries agro-alimentaires...),
  • des hydrocarbures (industries pétrolières, transports),
  • des métaux (traitements de surface, métallurgie),
  • des acides, bases, produits chimiques divers (industries chimiques, tanneries...),
  • des eaux chaudes (circuits de refroidissement des centrales thermiques),
  • des matières radioactives (centrales nucléaires, traitement des déchets radioactifs).

Les émissions annuelles de dioxyde de carbone représentent, par personne, en moyenne, 11kg de dioxyde de carbone, dont 4 kg sont absorbés par les océans. Une fois absorbé, ce dioxyde de carbone, combiné à l’eau de mer, contribue à l’acidification des océans. D’après une étude d’une équipe internationale d’océanographes (publiée dans le magazine « Nature »), d’ici 50 à 100 ans cette acidification pourrait avoir de graves conséquences sur les organismes des eaux froides comme les oursins, les coraux, les algues corallines,...

Eau en bouteille  [4]

Selon une étude publiée par Earth Policy Institute aux Etats Unis en 2004, environ 154 milliards de litres d’eau en bouteille ont été consommés, soit une augmentation de 58% depuis 1999. Ces chiffres sont alarmants car même dans les pays où l’eau du robinet est potable et saine, ce chiffre ne cesse de croître. De plus, l’eau en bouteille est plus chère que l’eau potable. En Belgique, l’eau du robinet est 5 fois moins chère que l’eau en bouteille.

En ce qui concerne la consommation, les Américains sont à la première place en 2004 avec 26 milliards de litres d’eau en bouteille consommés. Suivent les Mexicains (18 milliards de litres) puis les Chinois, les Brésiliens avec 12 milliards de litres chacun et l’Allemagne et l’Italie avec 10 milliards de litres. En 5 ans, la consommation totale a triplé en Inde et plus que doublé en Chine qui deviendra bientôt le premier pays consommateur de bouteilles d’eau en plastique. Bien sûr le poids démographique de ces pays joue dans la consommation totale et si l’on compare la consommation par personne et par an, les Italiens sont les plus gros buveurs d’eau en bouteille avec près de 184 litres, ce qu’ils expliquent d’ailleurs par la soit-disant qualité médiocre de l’eau du robinet. Viennent ensuite les Mexicains (169 litres), les Emirats (164 litres), les Belges et les Français avec 145 litres par an et par personne. La position de la Belgique dans ce palmarès tient davantage d’une peur infondée car la qualité de l’eau du robinet est très bonne.

La consommation d’eau en bouteille n’est pas sans conséquence car elle nécessite de l’énergie pour l’acheminement et la fabrication des bouteilles. Presque un quart des eaux mises en bouteilles traversent des frontières avant d’arriver à leur consommateur. En 2004, par exemple, Nord Water of Finland a embouteillé et expédié 1.4 million de litres d’eau du robinet jusqu’en Arabie Saoudite.

Les bouteilles en plastique sont en polyéthylène téréphtalate (PET), un dérivé du pétrole brut. A l’échelle mondiale, chaque année ce sont plus de 2,7 millions de tonnes de plastique qui sont nécessaires, ce qui n’est pas négligeable comme en témoigne la consommation américaine qui monopolise ainsi plus de 1,5 millions de barils de pétrole par an. La consommation d’eau mondiale crée une production de CO2 d’environ 50 millions de tonnes par an. Ajoutons au sujet du cycle de vie du produit, qu’en bout de chaîne il reste une bouteille en plastique ou en verre qu’il faut au mieux recycler localement ou au pire mettre en décharge (avec une dégradation qui peut durer plus de 500 ans).

La consommation d’eau en bouteille en Belgique a un impact sur l’environnement se traduisant par la production de 330.000 tonnes de CO2, 23 millions de kg de déchets de verre, 26 millions de kg de déchets plastiques. En plus des effets néfastes sur l’environnement, la mise en bouteille de l’eau se fait au détriment des ressources locales. C’est le cas par exemple de 50 villages en Inde où Coca Cola puisait de l’eau pour produire son eau Dasani ensuite exportée. Des cas similaires existent dans le Texas et dans la région des Grands Lacs américains où les ressources en eau s’épuisent rapidement.

De surcroît, environ 40% de l’eau distribuée en bouteille dans le monde est en fait de l’eau du robinet à laquelle ont été rajoutés des minéraux qui n’ont aucun effet bénéfiques prouvés pour la santé !

Si on compare différentes eaux en bouteille et l’eau du robinet, il en ressort que, pour certains paramètres, l’eau minérale obtient de moins bons scores que l’eau du robinet. Cela n’a rien d’étonnant vu que la composition de l’eau du robinet est strictement réglementée dans de nombreux pays alors que la réglementation de l’eau en bouteille est encore parfois inexistante ou alors très peu réglementée.

Il est évident qu’un accès à une eau potable et saine est essentiel mais l’eau en bouteille n’est pas la solution pour les 1.1 milliards de personne qui n’ont pas accès à celle-ci.

Si la moitié des 100 milliards de dollars que les riches ont dépensés en 2005 pour acheter des bouteilles d’eau était investie dans de bonnes infrastructures et systèmes de traitement, chaque être humain, aujourd’hui, aurait assez d’eau potable.

L’empreinte écologique de quelques produits

Il faut :

  • 16.000 litres pour produire 1kg de viande de bœuf ;
  • 3.000 litres d’eau pour un 1 kg de riz ;
  • 1.000 litres d’eau pour un 1 litre de lait ;
  • 900 litres d’eau pour un 1 kg de mais ;
  • 140 litres d’eau pour une tasse de café,.....

Informations rassemblées par l’équipe de Quinoa

[1] sources :

  • Portail de l’eau en Belgique (sponsorisé par Culligan, fabricant d’adoucisseurs d’eau) : www.eau.be

[2] sources :

[3] sources/liens :

[4] sources/liens :