L’Amece : penser le présent pour garantir l’avenir.

Oyez Oyez bonnes gens ! Des citoyens de tous pays ont participé à l’Assemblée Mondiale des Elus et Citoyens de l’Eau (l’AMECE). Cette Assemblée, initiée lors du premier Forum Alternatif Mondial de l’Eau en 2003 et l’Association belge pour le Contrat Mondial de l’Eau en 2004, est une des démarches à amplitude internationale poursuivant les grands principes du Manifeste de l’Eau. Lisez et voyez jusqu’où le local et le global, le citoyen et le politique peuvent se rencontrer et conjuguer l’avenir au temps présent.

Pourquoi une Assemblée Mondiale de l’eau ?

L’AMECE, qui s’est tenue en mars 2006 au Parlement européen, se voulait le premier rendez-vous mondial regroupant simultanément des élus, des syndicats, des organisations de la société civile et des citoyens impliqués dans le domaine de l’eau. Cette assemblée visait à définir collectivement des mesures pour concrétiser quatre grandes actions.
  • L’accès à l’eau potable et aux services sanitaires pour tous en tant que droit humain.
  • La valorisation et l’utilisation de l’eau en tant que bien commun, patrimoine de l’humanité.
  • Le financement public des activités et services relatifs à l’eau pour la vie et à l’eau pour la sécurité d’existence collective.
  • La réalisation de structures démocratiques participatives dans le cadre d’un gouvernement public de l’eau.

Le but de cette réunion était d’encourager les autorités et les élus (villes, communes, régions) à s’engager publiquement en faveur du droit à l’eau par un acte politique qui permette de donner un signal clair tant aux populations qu’aux décideurs économiques et politiques de tous les pays. C’était aussi un appel à la mobilisation de la société civile et des syndicats afin qu’ils veillent au respect des engagements pris et mènent des actions de sensibilisation qui aillent dans ce sens.

L’originalité de l’AMECE

Deux grands axes marquent la démarche de l’AMECE en regard des dix dernières années de mobilisation citoyenne internationale dans le domaine de l’eau.
Tout d’abord, l’AMECE a permis le dialogue entre des représentants des institutions politiques, des entreprises publiques d’eau, des collectivités locales et des mouvements citoyens, altermondialistes notamment. Par ailleurs, la tenue de l’AMECE dans le grand hémicycle du Parlement Européen a été vécue comme un événement symbolique fort. "La maison des représentants" (le Parlement) est devenue pendant deux jours "la maison des représentés".

Comment l’AMECE s’est-elle déroulée ?

Quelques 130 orateurs étaient présents à l’Assemblée, de même que plus de 550 personnes, originaires de tous les continents. On a noté cependant que les Etats-Unis n’étaient pour ainsi dire pas représentés : une absence de participation probablement symptomatique du manque d’intérêt, dans ce pays, pour tout événement non-commercial et de l’inertie des politiques étasuniennes en matière de protection de l’environnement.

Concrètement, les intervenants ont orienté leurs interventions sur des propositions d’engagements capables de concrétiser les objectifs du droit à l’eau pour tous et de la promotion et sauvegarde de l’eau en tant que bien commun public.

A l’issue de l’événement, différents engagements ont été pris.

  • Des ministres de différents pays (Bolivie, Italie et Belgique) se sont engagés, en collaboration avec les mouvements associatifs, à faire reconnaître l’accès à l’eau comme un droit de l’Homme par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU au plus tard le 10 décembre 2008, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
  • Les représentants de divers groupes parlementaires européens présents se sont également engagés à obtenir que les agences compétentes de l’ONU prennent la responsabilité et la direction de l’organisation du Forum Mondial de l’Eau de mars 2009. Une démarche qui viendrait ainsi contrer le monopole du Conseil Mondial de l’Eau, organisation privée sous le contrôle des grandes entreprises multinationales privées de l’eau.

L’Assemblée a aussi revendiqué qu’il n’appartient pas aux capitaux privés de financer les investissements en infrastructures et services de nature et d’intérêt publics. Les participants ont également affirmé leur volonté de lutter contre la tendance actuelle consistant à privatiser les services de distribution et de traitement des eaux, à les soustraire du financement public au profit des financements privés.

L’AMECE a aussi inauguré le lancement d’une campagne pour le retour de l’eau du robinet dans les lieux et les espaces publics en substitution des distributeurs automatiques de boissons.

Par ces engagements et les témoignages des différents acteurs tant politiques que de la société civile, l’AMECE a surtout rappelé que la collaboration et la mobilisation des citoyens et des institutions peuvent triompher des logiques de compétitivité et de recherche perpétuelle de profit.

Au-delà de l’aspect quelque peu formel d’une initiative accueillie par le Parlement européen, le message de l’AMECE restait bien que nous sommes tous responsables de la planète. Continuer aveuglément dans la voie de la société de consommation et de la marchandisation du monde aggravera une situation déjà insoutenable pour notre planète et les populations qu’elle abrite.

Enfin, simplement, l’AMECE nous a rappelé que plus n’est pas égal à mieux, et que nous ferions bien de penser notre présent de façon radialement différente pour garder l’éventualité d’un avenir.

L’équipe de Quinoa