De retour en Belgique, peux-tu dire que tu t’es engagée pour une cause ou l’autre ?
Sincèrement non. Je me suis intéressée à des sujets tels que la décroissance, ai suivi l’une ou l’autre formation. Je ne me suis pas engagée dans le milieu associatif à proprement parler mais j’ai par contre aménagé, à mon échelle, quelques habitudes de vie différentes. Je crois que le plus gros changement se situe au niveau de ma consommation : j’essaie, tant que faire se peut, de consommer responsable tout en restant toujours très critique par rapport à cette thématique-là... Ce qui ressort de mon expérience Quinoa à ce niveau est plutôt individuel : ce sont mes petits actes quotidiens qui en reviennent modifiés.
Pourquoi as-tu décidé de te réinvestir une seconde fois dans le processus de projet avec Quinoa ?
C’est Quinoa qui a fait appel à moi. Spontanément, je ne serais pas revenue. Pour moi, lorsque l’aventure se termine, elle se termine... point ! J’avais suivi le week-end post-chantier de retour du premier projet et j’ai rapidement coupé les ponts avec l’aventure après ça car à mes yeux elle était terminée et je devais passer à autre chose. Deux ans après Quinoa m’a proposé de revenir comme responsable et j’ai accepté car je réalisais que mes qualités de gestionnaire de groupes étaient réelles même si je n’étais pas la plus calée en connaissance théorique sur les inégalités nord-sud. En tant que responsable j’avoue que je n’ai pas pu apporter grand-chose par rapport au contenu pédagogique théorique diffusé en formation. Comme je le disais, c’était très intéressant mais je n’ai pas toujours été convaincue par tout... toujours ce même esprit critique qui revient !
Selon toi, quelle est la plus grande différence entre ton expérience en tant que participante et l’expérience en tant que responsable ?
Ce n’est pas du tout le même voyage !!!! Je suis partie deux fois au même endroit mais n’ai pas du tout vécu la même expérience. Une fois sur place, toute l’énergie que je mettais premièrement dans mes contacts personnels, mes découvertes... cette énergie en tant que responsable était focalisée principalement sur le groupe et sa dynamique. On a évidemment moins de temps pour soi et les priorités changent. C’est un autre type de voyage avec autant d’apprentissages, d’autres découvertes, celles-là plus centrées sur sa capacité à gérer un groupe et toutes les responsabilités qui en découlent ! Pour moi c’est aussi là que se situent les acquis en éducation au développement !!!
Justement, avec 4 années de recul, comment conçois-tu toute cette expérience ?
Pour moi, ce fut un révélateur surtout en termes de connaissance de soi. Le fait de vivre autre chose, dans d’autres conditions, cela révèle ce que l’on est à l’intérieur sans toujours en avoir conscience autrement. C’était également une école d’ouverture à l’autre, d’esprit critique... Quand bien même les acquis théoriques me sont passés un peu au-dessus de la tête, je pense que l’éducation au développement réside, avant tout, dans la rencontre sur le terrain avec soi et l’autre, et tout ce qui peut se passer dans cette rencontre comme prise de conscience.
Je pense qu’au départ, on est « mû » par des motivations personnelles, c’est inévitable ! Le projet est une quasi « excuse » pour aller sur place et vivre autre chose. D’un autre côté, on savait très bien que nous n’étions pas dans une démarche humanitaire, que nous n’étions pas là pour sauver qui que ce soit et c’est important !