Maud Verkindere, participante au projet Népal 2001 et responsable du projet Népal 2003

« L’envie de partir dans un projet international venait de la volonté de partir en voyage par un autre biais que le tourisme. Comme j’avais déjà une petite expérience personnelle de la vie à l’étranger, j’étais intriguée par le regard que pouvaient avoir les gens qui nous accueillent chez eux sans pouvoir espérer un jour venir chez nous en touriste... Je désirais également partir en groupe, le voyage en solitaire ne me tentait plus vraiment !

Quinoa : Les récoltes de fonds... pas trop long ?

« J’avoue que les préparatifs du projet je les ai vécus d’assez loin... J’avais une envie c’était voyager !! Il faut bien l’avouer, la démarche de départ était personnelle : voyager, avant tout pour moi, pour découvrir des choses... Les formations étaient intéressantes, très ouvertes, pro-actives mais il est évident qu’on ne peut pas tout retenir. Et puis j’étais plutôt introvertie, je n’avais jamais réellement joué de rôle crucial au sein d’un groupe, je n’ai pas l’âme d’une « leader ». J’assistais donc à tout le processus parce qu’il était intéressant mais sans toutefois faire partie des plus érudits d’entre nous !

C’est vrai, vus de l’extérieur, les contenus théoriques des formations peuvent paraître impressionnants !

Oui et je pense que l’intérêt n’est pas de gober tout ce que l’on nous dit comme ça et de tenter de tout retenir, c’est impossible ! Et puis un contenu théorique pur est intéressant mais jamais suffisant pour aborder la réalité de face quand ce n’est pas la réalité qui vous rattrape ! J’ai appris à ne pas prendre pour acquis ce que l’on me donne. Les vastes sujets abordés lors des formations sont intéressants mais je ne pense pas qu’il faut considérer les vérités d’aujourd’hui comme définitives, la remise en question permanente est importante et c’est la raison pour laquelle je prends avec un regard critique, parfois sceptique, les informations que je glane çà et là lors de rencontres comme celle-là.

Et sur place ?

Et bien en fait, ce fut la surprise pour moi ! Je me suis découvert des talents de « stabilisateur de groupe ». Nous avons rencontré quelques problèmes de gestion de groupe sur place et il s’est avéré que malgré ma place de participante j’ai été d’un grand soutien pour le groupe et pour la responsable qui me l’a d’ailleurs dit dans le courant du séjour... Je pense que ce fut les premières ébauches de l’expérience suivante en tant que responsable de groupe. Pour moi, ce fut comme un révélateur de qualités que je ne me connaissais pas. J’ai pu facilement jouer le rôle de médiateur quand cela était nécessaire moi qui me considérais jusque-là comme « introvertie » ! C’était vraiment une découverte !

Et avec les partenaires, comment cela se passait-il ?

Avec le partenaire, la relation était plus d’ordre « organisationnelle » que personnelle. Le CWIN est un partenaire de longue date de Quinoa et d’une certaine ampleur. Nos contacts se limitaient surtout à l’organisation logistique, matérielle et pratique du séjour. Ce qui n’a pas empêché la communication interpersonnelle d’être ponctuée d’anecdotes croustillantes liées aux malentendus découlant surtout du fait que nous ne nous comprenions pas toujours très bien. Dans ces cas-là, vous n’avez d’autres choix que de faire preuve de beaucoup de patience et de talent de communicateur !!! Se répéter souvent pour être sûr de comprendre et être compris, ... C’est aussi un apprentissage ! Mais avec le recul, je réalise que les éventuels quiproquos et situation inattendues constituent en eux-mêmes des apprentissages sur ce qu’est réellement l’inter culturalité !!!

De retour en Belgique, peux-tu dire que tu t’es engagée pour une cause ou l’autre ?

Sincèrement non. Je me suis intéressée à des sujet tels que la décroissance, ai suivi l’une ou l’autre formation. Je ne me suis pas engagée dans le milieu associatif à proprement parler mais ai par contre aménagé à mon échelle quelques habitudes de vie différentes. Je crois que le plus gros changement se situe au niveau de ma consommation : j’essaie, tant que faire se peut, de « consommer responsable » tout en restant toujours très critique par rapport à cette thématique-là... Ce qui ressort de mon expérience Quinoa à ce niveau est plutôt individuel : se sont mes petits actes quotidiens qui en reviennent modifiés.

Pourquoi as-tu décidé de réinvestir une seconde fois dans le processus de projet avec Quinoa ?

C’est Quinoa qui a fait appel à moi. Spontanément, je ne serais pas revenue. Pour moi, lorsque l’aventure se termine, elle se termine... point ! J’avais suivi le week-end post-chantier de retour du premier projet et j’ai rapidement coupé les ponts avec l’aventure après ça car à mes yeux elle était terminée et je devais passer à autre chose. Deux ans après Quinoa m’a proposé de revenir comme responsable et j’ai accepté car je réalisais que mes qualités de gestionnaires de groupes étaient réelles même si je n’était pas la plus calée en connaissance théorique sur les inégalités nord-sud. En tant que responsable j’avoue que je n’ai pas pu apporter grand-chose par rapport au contenu pédagogique théorique diffusé en formation. Comme je le disais, c’était très intéressant mais je n’ai pas toujours été convaincue par tout... toujours ce même esprit critique qui revient !

Selon toi, quelle est la plus grande différence entre ton expérience en tant que participante et l’expérience en tant que responsable ?

C’est n’est pas du tout le même voyage !!!! Je suis partie deux fois au même endroit mais n’ai pas du tout vécu la même expérience. Une fois sur place, toute l’énergie que je mettais premièrement dans mes contacts personnels, mes découvertes... cette énergie en tant que responsable était focalisée principalement sur le groupe et sa dynamique. On a évidemment moins de temps pour soi et les priorités changent. C’est un autre type de voyage avec autant d’apprentissages, d’autres découvertes, celles-là plus centrées sur sa capacité à gérer un groupe et toutes les responsabilités qui en découlent ! Pour moi c’est aussi là que se situent les acquis en éducation en développement !!!

Justement, avec 4 années de recul, comment conçois tu toute cette expérience ?

Pour moi, ce fut un révélateur surtout en terme de connaissance de soi. Le fait de vivre autre chose, dans d’autres conditions cela révèle ce que l’on est à l’intérieur sans toujours en avoir conscience autrement. C’était également un école d’ouverture à l’autre, d’esprit critique... Quand bien même les acquis théoriques me sont passés un peu au-dessus de la tête, je pense que l’éducation au développement réside avant tout dans la rencontre sur le terrain avec soi et l’autre et tout ce qui peut se passer dans cette rencontre comme prise de conscience. Je pense qu’au départ, on est « mû » par des motivations personnelles, c’est inévitable ! Le projet est une quasi une « excuse » pour aller sur place et vivre autre chose. D’un autre côté, on savait très bien que nous n’étions pas dans une démarche humanitaire que nous n’étions pas là pour sauver qui que ce soit et c’est important !