Paroles de bénévole : Premiers pas sur scène !

Virginie, jeune biologiste de 24 ans, a décidé de consacrer cette année 2005-2006 au volontariat. Co-responsable du projet de théatre-action au Burkina Faso, elle nous raconte son parcours et ses premiers pas en tant que citoyenne planétaire et actrice sur la scène du bénévolat et du volontariat...

De la biologie moléculaire au volontariat

A la recherche de contacts sociaux, c’est la porte d’une école que j’ai ouverte pour ma première expérience dans le monde du travail. Confrontée à des jeunes en section professionnelle, pour le moins réticents à la science, et donc à sa représentante que j’incarnais, il m’a fallu ruser pour atteindre leur motivation. Cette année de tests m’a énormément appris, entre autre que la formation des jeunes ne se limite pas à l’apprentissage du savoir et du savoir-faire, mais doit également prendre en compte une dimension plus vaste : le savoir être. Ma plus grande satisfaction était de voir certains de mes élèves développer un esprit sensible et critique face à des questions d’actualités telles que la protection de l’environnement, les avantages et dérives des technologies, les énergies renouvelables..., tous des sujets souvent (pour ne pas dire toujours) absents des programmes scolaires. Les élèves sont tout simplement demandeurs de sens et c’est encourageant !

L’année suivante, je suis retournée voir du côté fondamental où l’on m’a confié un projet de recherche en biologie moléculaire, domaine où j’avais tout à réapprendre. Ce projet fut passionnant, certes, mais un travail en solitaire ne me convenait absolument pas. Je n’ai donc rien regretté en quittant la recherche, cela m’a permis d’en faire une autre, plus personnelle, qui était de trouver ma propre passion : la vie humaine dans sa dimension globale.

Cette année annonçait le début d’un chemin de conscience qui prenait forme pas à pas et m’a conduite à prendre la décision de jouer mon rôle de citoyenne active sur la scène du volontariat...

Passage à l’acte...

Moi qui suis restée longtemps une idéaliste sans engagement, je suis passée de l’admiration passive à l’action en m’impliquant bénévolement dans différentes associations et ONG. Ce premier acte, alliant l’engagement et l’épanouissement de soi, s’appelle Solidar’cité. J’ai pu y vivre ce lien, à travers les chantiers et les formations pluridisciplinaires organisés par cette association. En effet, ce type d’activités privilégie les rencontres interpersonnelles dans un contexte multiculturel, affectif et social, qui sont des moyens d’ouvrir des portes et d’encourager à réfléchir sur notre société et la place que nous pouvons y occuper. Portée par cette dynamique de participation citoyenne et guidée par mes affinités avec la scène, j’ai découvert le théâtre-action (ou théâtre-forum). L’intérêt qui relie le théâtre-action à la démocratie s’articule autour d’une liberté commune, celle de pouvoir s’exprimer et s’associer activement pour développer une prise de conscience collective et solidaire. L’acte théâtral se transforme en acte citoyen par lequel les acteurs et les "spectacteurs " expriment un désir commun de changer le monde en le déchiffrant collectivement. Au quotidien, une part importante de la population n’a pas accès au dispositif démocratique. Or, l’idée de base pour construire un scénario de théâtre forum est de partir d’une question pratique et urgente que se pose un groupe en situation d’injustice. A partir de cette problématique, une séquence théâtrale est construite et va servir de point de départ à un débat également théâtral, destiné à développer des alternatives au problème posé.

Formations & mises en situ-action.

Pour illustrer le rôle de la démarche théâtrale et son apport à l’exercice de la démocratie, en tant que cadre stimulant, je me réfèrerai à deux mises en situ-actions plus concrètes.

La première est issue d’une formation tenue à Bruxelles laïque sur le thème de la démocratie et du respect de la différence. Une partie des participants avait pour consigne de recréer une situation de discrimination déplaisante. Celle-ci mettait en scène un SDF qui se voyait refuser l’accès et les services d’une boulangerie, sous prétexte que sa présentation n’est pas admise par l’établissement, le tout, sous les yeux d’une clientèle impassible. Cet "anti-modèle" était destiné à choquer le public, à provoquer une prise de conscience et à éveiller la réflexion et la réaction. Après la présentation, nous avons été invités à échanger nos sentiments à propos du problème soulevé. Cette fin ouverte appelle à réagir afin que la personne opprimée obtienne gain de cause. Cela nous a amenés à proposer et à rejouer la fin d’une manière plus satisfaisante. Dans ce cas-ci, l’utilisation du théâtre comme outil a eu comme effet de provoquer une prise de parole et une lutte contre la passivité et le fatalisme.

Au cours d’une autre formation, donnée cette fois par Oxfam, nous avons abordé le thème de la mondialisation, en prenant le rôle de chacun des représentants d’une filiale commerciale, allant de la production à la consommation en tenant compte du contexte sociopolitique du pays. En montrant, par le jeu de la négociation entre les différents intervenants mis en cause, le problème vécu individuellement et en le présentant de telle sorte que l’ensemble du groupe recherche des solutions, nous avons élargi notre point de vue et notre conscience de la situation.

Le théâtre est une sorte de révélateur de nos sentiments réels et donc de la véritable nature de certains blocages dont nous avions imputé la responsabilité à une seule des parties. Grâce au théâtre-forum, la mise en scène d’une impuissance concrète nous pousse à trouver comment faire pour améliorer cette situation. Chacun se reconnaît sujet parmi d’autres sujets qui ont en commun le refus de la situation telle qu’elle est présentée.

Je pense que le théâtre-action nous pousse à assumer notre rôle d’acteur dans la démocratie de manière plus féconde et constructive. Pour que la démocratie soit instaurée et protégée, elle a le devoir d’être mise consciemment et constamment en scène, afin qu’elle puisse être jouée par et pour tous.

Mise en pratique au Burkina Faso

C’est en juillet prochain, durant le projet de création théâtrale pour lequel je “co-responds”, qu’un nouveau rôle prendra véritablement naissance grâce à la rencontre entre les volontaires de Quinoa, les membres de la Compagnie Marbayassa et le public (certaines communautés villageoises burkinabées ). Le théâtre me servira une nouvelle fois de passerelle pour aller vers l’autre, en incarnant des personnages issus des réalités socioculturelles propres au Burkina Faso et aux Burkinabés. J’espère que les activités liées au projet nous inviteront à vivre cette rencontre sur base de nos émotions et de nos différences. Nous utiliserons le théâtre comme méthode de communication immédiate, permettant un contact direct et favorisant, de ce fait, l’interaction et la participation des populations locales à une réflexion collective sur des problématiques qu’elles vivent au quotidien.

Virginie,
co-responsable du Projet Burkina Faso 2006

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