Depuis 1991 le Mali s’est lancé dans un vaste processus de restructuration du fonctionnement de l’Etat : la décentralisation. Au-delà de ses aspects techniques, la décentralisation est un vaste projet de société. Elle s’attache aux idéaux de liberté, de démocratie et de développement contenus dans la toile de fond des revendications du peuple malien qui ont abouti aux événements du 26 mars 1991 [1] . La dimension institutionnelle et administrative de la décentralisation n’est que le support d’un chantier politique qui vise à prolonger le processus de démocratisation jusqu’à la base. Il entend également redonner le pouvoir de gestion locale aux citoyens du pays profond, à créer le cadre propice aux initiatives locales considérées comme le moteur d’une nouvelle approche de développement durable.
L’option politique d’une décentralisation à l’échelle de tout le territoire national se fonde sur trois évènements majeurs de l’histoire récente du Mali :
L’approche administrative de la décentralisation prend sa source dans le passé pré-colonial du Mali. En effet, cette forme d’organisation existait dans les systèmes d’administration des empires et royaumes qui se sont succédé sur le territoire national. Les entités qui constituaient ces empires jouissaient d’une autonomie administrative qui concernait tous les aspects de la vie quotidienne locale. Ainsi la décentralisation se trouve profondément ancrée dans les traditions de gestion administrative maliennes. C’est la raison principale qui explique le fait que tous les hommes politiques qui ont eu entre leurs mains les destinées du Mali ont utilisé, à un moment ou à un autre, le slogan de la décentralisation ; cette vaste réforme dont les objectifs majeurs sont entre autres :
Pour ce qui est de la stratégie de mise en oeuvre de la décentralisation, elle s’est fondée sur plusieurs principes majeurs dont la participation des différents acteurs (citoyens, Etat, partenaires) dans la conception et la mise en œuvre de la réforme.
La participation a été organisée à travers une politique de communication/mobilisation concernant le citoyen en premier lieu, avec des espaces de concertation autour du rythme et des instruments de la réforme. Cette démarche a pour objectif de réaliser une décentralisation tenant en compte les réalités économiques, sociales et culturelles du Mali.
A ce titre, la réorganisation territoriale à été réalisée dans le respect du principe que les citoyens représentent le socle réel de la réforme. Elle a consisté, pour la création des communes, à impliquer directement et à responsabiliser la société civile dans l’opération, en demandant aux villages et fractions de proposer des regroupement en vue de constituer l’espace des futures communes. Cette opération de réorganisation territoriale doit se poursuivre pour les échelons supérieurs (cercles et régions) avec la participation des élus.
La même dynamique a soutenu l’élaboration du cadre législatif et réglementaire nécessaire au démarrage de la réforme. Ce cadre se préoccupe d’une gestion adaptée des collectivités et doit être constamment amélioré avec l’implication des principaux acteurs.
Toute cette stratégie vise des enjeux spécifiques, notamment aux plans politique, économique et socio-culturel :
Le processus de décentralisation est entré dans sa phase opérationnelle en République du Mali avec l’existence de 703 communes, 48 cercles, 8 régions plus le district de Bamako et l’émergence de plus de 10.000 nouveaux élus.
Malgré ce volontarisme et les réalisations déjà engrangées, les résultats de la décentralisation en termes d’amélioration des services de base aux populations restent modestes. Pour réussir la réforme, le Mali doit aller au-delà de ces acquis essentiellement institutionnels et faire en sorte que la nouvelle organisation administrative aboutisse à rendre des services de qualité aux populations. C’est une des raisons fondamentales de l’existence des collectivités.
Ousmane Sy [2]
Texte extrait de l’article :
"Ousmane Sy analyse la décentralisation au Mali :
Enjeux et stratégie de mise en œuvre"
in Réalités (Journal de l’association culturelle Acte Sept),
Bamako, Mali, novembre 2003
Disponible au centre de documentation de Quinoa
Pour en savoir plus :
Réalisée par l’asbl Symbiose et avec le soutien et la collaboration de la CTB,
l’Exposition Mali. "Décentralisation et diversité culturelle"
est visible actuellement à la CTB, 147 rue Haute - 1000 Bruxelles
Le sanankouya (appelé Mangu chez les Dogons) peut avoir un caractère inter-ethnique (Mandingue-Peul, Bamanan-Peul, Sonrhai-Dogon, Dogon-Bozo, Minianka-Sénoufo, etc)... L’alliance peut unir aussi des groupes ethniques à des castes (Peuls-Forgerons) ou des castes entre elles (forgerons-autres castes) ou encore des contrées entre elles dans la mesure où celles-ci ont un peuplement relativement homogène. Quant aux fonctions du sanankouya, Sory Camara (qui a entrepris une étude des différents aspects de l’alliance) retient que celle-ci, à travers les échanges verbaux à caractères irrévérencieux entre alliés, « permet de canaliser les tensions éprouvées dans les rapports de parenté clanique et avec les alliés matrimoniaux ». En effet le sanankouya établit une relation pacificatrice qui joue le rôle d’exutoire de tensions qui autrement dégénéreraient en violences. Comme l’écrit fort justement Sory Camara « il s’agit de désamorcer la guerre, de la jouer pour ne pas la faire ». Ainsi le sanankouya permet aux africains de l’ouest de différentes contrées de fraterniser au premier contact, de dédramatiser des situations qui ailleurs conduiraient à des conflits ouverts. Au Mali, le sanankouya agit comme une thérapeutique qui participe quotidiennement à la régulation sociale. Les plaisanteries qu’échangent les alliés contribuent à détendre l’atmosphère, à rétablir la confiance, toutes choses indispensables au dialogue.
extrait de l’article de DOULAYE KONATE :
"LES FONDEMENTS ENDOGÈNES D’UNE CULTURE DE PAIX AU MALI :
Les mécanismes traditionnels de prévention et de résolution des conflits"
Pour en savoir plus :
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[1] (NDLR) : Dans la nuit du 25 au 26 mars, le régime du Général Président Moussa TRAORE est renversé par un coup d’Etat militaire. Les forces armées se constituent en Conseil de réconciliation nationale (CRN), sous la conduite du lieutenant-colonel Amadou Toumany Touré (ATT).
[2] Ousmane Sy a été Coordinateur du Programme National de Décentralisation et de Réformes Institutionnelles de 1993 à 2000. Conseiller spécial du Président de la République du Mali dès 1997. De 2000 à 2002, il s’est vu confier le Département de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales. Depuis, il est devenu expert en matière de développement local, Président du Conseil des Gouverneurs de la Fondation Rurale pour l’Afrique de l’Ouest et Coordinateur du réseau "Dialogue sur la gouvernance en Afrique". Le 3 mai 2005, il a reçu le Prix International Roi Baudouin pour le développement.