Adama Traoré, un visage familier…

Adama Traoré, metteur en scène, figure-clé du paysage culturel malien et porte-parole d’Acte 7association partenaire de Quinoa au Mali– exposait la situation démocratique complexe de son pays, lors de l’une des soirées de l’Assemblée d’avril aux Halles de Schaerbeek.

Véritable campement artistique et citoyen situé au cœur de Bruxelles, l’Assemblée d’avril avait pour objectif, durant 11 jours, d’inviter citoyen.ne.s et artistes issu.es de 3 continents, à réfléchir et créer de manière collective un imaginaire permettant de relever un nombre important de défis actuels, basé sur le constat que « Nos démocraties sont en crise aigüe et l’idée de liberté, qui avec celle de l’égalité, a inspiré le meilleur de l’Europe ne nous insuffle plus d’élan »

Lors de cette nouvelle édition,  l’Assemblée a permis de rencontrer -ou retrouver- une personnalité chère à Quinoa : Adama Traoré, membre de notre partenaire malien. A la fois metteur en scène, auteur, artiste pluridisciplinaire et organisateur culturel, Adama assume un nombre considérable de casquettes !

Président de la Coalition Malienne pour la Diversité Culturelle, cet artiste accompli s’impose également comme une figure emblématique au maintien de la culture malienne face à la crise que subit le pays depuis 2013.adama_1

Bref détour historique : la culture comme moyen d’expression

En 1991, après 30 années d’indépendance au Mali au début républicaine et totalitaire, c’est le renversement du dictateur en place. Adama est alors professeur d’arts dramatiques à l’Institut national des arts de Bamako depuis 4 ans,  suite à l’obtention de son diplôme dans la même enseigne.

Dans ce paysage politique instable, pleins de mouvements différents enclins à la démocratie se créent au Mali mais aucun d’entre eux ne se concrétisent vraiment.

La conception du théâtre de l’époque ne correspond pas aux idées d’Adama « pour exercer le métier, il fallait être fonctionnaire ou on n’était pas comédien », nous expose-t-il.

En 1994, à Bamako, alors que le domaine de la culture est en proie à des changements importants depuis les nombreuses tentatives de l’instauration d’une démocratie, Adama fonde l’association culturelle nommée Acte SEPT (Sensibilisation, Education et Promotion Théâtrale).

Cette association a pour objectif principal de contribuer au développement culturel du Mali, car pour Adama « ce sont les spécificités du pays qui font sa richesse ».

Aujourd’hui, Acte SEPT possède une importance capitale tant sur le plan national qu’international dans le développement de la culture malienne. Les spectacles créés par l’association traversent les frontières du Mali mais gardent comme source le théâtre malien traditionnel. Les pièces traitent pour la plupart de sujets actuels tels que le développement, la dette, l’éducation, la corruption et témoignent bien souvent des chocs culturels les concernant.

Depuis 1994, les objectifs de l’association ne cessent de s’élargir : outre sa contribution à la promotion de la culture malienne, elle vise également au bien-être de ses membres et à l’innovation du processus de création par le biais d’activités artistiques et culturelles.

En 2012, c’est le début d’un conflit armé au Mali qui n’a pas l’air de s’améliorer. On entre dans une  période d’insécurité avec l’arrivé de terroristes sur le territoire, conséquence de la guerre civile libyenne et du renversement de Kadhafi.  Pour Adama, les  problèmes sont beaucoup plus nombreux : à la fois culturel avec le Nord, nomade et le Sud, sédentaire, qui  ne permet pas la création d’une altérité entre ces deux pôles maliens qui « se regardent en chien de faïence » mais aussi beaucoup plus profond avec une corruption énorme « tout est permis, tout peut se faire » avec « un Président qui n’a aucune valeur ».

Mais malgré ces récents événements, Adama Traoré a la ferme intention de soutenir davantage la culture malienne au travers de ses activités avec Acte SEPT et d’informer le monde sur la situation du pays en nous en parlant directement. Car pour Adama, « L’évolution du Mali ne peut se faire qu’au niveau des jeunes », via des mouvements mis en place par des danseurs et des rappeurs.

Lors de cette Assemblée d’avril, nous avons pu constater que, malgré les kilomètres qui les séparent de chez eux, les jeunes malien.nes résidant en Belgique se sentent très concernés par la situation actuelle de leur pays d’origine. Suite au récit d’Adama sur son métier et son pays, de nombreuses questions sur les causes des événements se déroulant au Mali se sont posées dans les Halles de Schaerbeek, montrant clairement l’attache d’un peuple à son pays…

Son témoignage et son expérience nous rappellent également à quel point la culture et l’art d’un pays sont des moyens importants pour lutter et nous exprimer dans un pays en crise.

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Adama et Quinoa, presque 10 ans de partenariat !

En 2004 débutait le partenariat entre Quinoa et Acte SEPT.

Le projet reliant ces deux associations était basé sur la création d’instruments de musique et des ateliers de théâtres et culturels avec certains membres de l’association, des jeunes en situation fragile et la population locale. L’objectif de ces ateliers était la découverte des traditions et de la culture malienne.

C’est avec beaucoup de tristesse que le projet avec Acte SEPT est mis entre parenthèse depuis 2013, suite aux multiples problèmes d’insécurité dans le pays. Mais ce sont des occasions comme cette Assemblée qui nous permettent de nous retrouver, de renforcer à nouveaux les liens et de nous soutenir mutuellement dans nos projets !

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