Carnet de voyage d’un accueil hors normes

Lundi 27 octobre – (trop) calme après la tempête ?

Retour au troisième étage de Mundo-b dans le QG de Quinoa. Bureau déserté par la moitié des permanents qui se préparent à fêter Halloween en famille ou peut-être,  pour les plus chanceux, hibernent pour récupérer quelques heures de sommeil amplement méritées ; bureau presque rangé ou seuls quelques panneaux aux post-it multicolores rappellent  l’effervescence des deux semaines qui viennent de s’écouler… Le calme après la tempête ? On entend encore le rire communicatif d’Emilie, les blagues de Norma et l’anglais chantant de Sidamma !

Avant de refermer ce chapitre unique et extraordinaire dans l’histoire du monde associatif et solidaire, il convient de revenir sur ces deux semaines intenses qui feront date sur la ligne du temps de Quinoa…

On rembobine tout et on essaye de mettre des mots sur le tourbillon qui nous a porté et parfois emporté ces dix derniers jours.

Lundi 13 > Jeudi 16 octobre – Au complet !

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C’est avec émotion, excitation et soulagement qu’on se retrouve ou se rencontre pour la première fois en début de semaine, malgré certains problèmes de visa, tout le monde est là ! Norma (AROAJ, Guatemala), Siddamma (Barathi Trust, Inde), Emilie (CADD, Bénin), Patrice (Atelier-Forum, Bénin), Issa (Marbayassa, Burkina), Oumou (Acte SEPT, Mali), Naima (ACME, Maroc), Gauri (CWIN, Népal), Ben (PDG, Philippines) et le doyen de la bande, Ciro (CEAS, Equateur),  soit onze associations, toutes engagées pour un changement sociétal profond du monde dans lequel nous vivons, réunies pour échanger leurs visons, savoir et savoir-faire respectifs.

Après un temps d’adaptation au bourdonnement discret des traducteurs et de l’attirail technologique qui rendent cette rencontre possible, chacun prend ses marques et découvre le travail réalisé par les autres associations au travers des présentations approfondies de chaque projet. On découvre la réalité politique et sociale de chaque pays représenté pour mieux comprendre le contexte d’action, les luttes et les moyens de mobilisation et de sensibilisation choisis.

DSC_1039Entre quelques exercices de gymnastique pour maintenir notre esprit et notre corps en éveil maximal initiés par Issa et des chansons matinales impulsées par Patrice pour bien commencer la journée, on entame des ateliers de travail sur des thèmes transversaux aux différents combats afin de témoigner, rapporter ou échanger des pratiques concrètes sur des préoccupations communes. Au programme : discrimination, féminisme, mobilisation et criminalisation des mouvements sociaux, accaparement des terres et buen vivir comme autre modèle de société.

Jeudi soir, après quatre jours de présentation et de travail intense et pour élargir la rencontre et les retrouvailles à d’autres, c’est l’heure de la fête pour toutes & tous ! Ami-es, curieux-curieuses, bénévoles, responsables, volontaires et tutti quanti prennent possession de Mundo-b pour partager une ratatouille berbère, un souvenir, une anecdote, un discours de remerciement et une danse.

Vendredi 17 > Lundi 20 octobre – Pommes, patates & piments

DSC_1170Pour rester dans le concret, l’actuel et les exemples locaux qui nous permettent de mieux se connecter aux enjeux mondiaux, la suite de la rencontre est composée d’une visite au collectif militant des Patatistes de Haren qui se bat pour garantir notre souveraineté alimentaire de demain et préserver le droit d’accès des paysans aux terres cultivables face, notamment, au projet de construction d’une prison dans la région. luttespaysannes.be

Les discussions prennent un accent champêtre en fin de semaine, moment où nous désertonsDSCF1340 la ville pour le merveilleux domaine d’Haugimont, situé dans un village en pleine campagne, non loin de la ville de Namur et réputé pour sa biodiversité écologique extrêmement riche. C’est là que toute l’équipe de Quinoa, les partenaires et les membres du CA élisent domicile pour trois jours de vie en communauté ou les moments informels du quotidien se mêlent au débat et moments plus formels de travail en groupe. L’occasion de créer des liens plus intimes, sans perdre une minute sur le programme chargé et revu au jour le jour pour correspondre aux attentes de tous.

On commence par travailler en sous-groupe pour établir un diagnostic sur le système dans lequel nous évoluons pour ensuite construire une vision du monde qui correspondrait mieux à nos valeurs.

DSC_1420La réflexion continue sous forme de ballade avec une halte dans un verger d’agriculture biologique ou l’on prend le temps de ramasser les pommes qui jonchent le sol. Norma nous fait découvrir sa recette de thé à la pomme et Fatima les délices de son crumble. On découvre que ce fruit est considéré comme un produit de luxe dans les pays du sud face aux yeux sidérés de nos partenaires qui se révoltent devant la tonne de pommes qui s’apprête à pourrir sur le sol si personne ne prend leur destin en main.

En restant dans l’optique d’une autre conception du monde, chacun-e est ensuite invité-e à exposer les victoires déjà engrangées au travers des actions et de la mobilisation de son association.

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La fin de notre séjour campagnard est occupé par l’évaluation des différents projets internationaux qui sont passés au peigne fin sous plusieurs angles d’appréciation. On tente d’abord de cerner les objectifs de changement social visés par chacun pour ensuite aborder les difficultés rencontrées et tenter de les contourner ou de leur donner des pistes de solutionnement. Travail de longue haleine, mais qui clarifie et renforce la légitimité des actions construites ensemble.

DSC_1511Dimanche soir, on a l’occasion de se téléporter en Inde grâce à Siddamma qui met littéralement le feu à nos papilles et provoque l’euphorie générale dans l’assemblée; Oumou, Emilie, Norma et Patrice improvisent un concert spontané de chansons « sans frontières » entrecoupées de compositions personnelles pendant que Gauri se découvre un talent caché sur la piste de danse… Une connivence touchante s’installe et on s’écroulera fatigué, mais heureux-se pour être sur le pont à l’heure le lendemain matin.

Mercredi 22 octobre – Le tour des ‘propriétaires’…

De retour dans la capitale, les uns auront l’occasion de participer à un « LobDSC_0025by tour » organisé par le Corporate Europe Observatory et guidé par Nina afin de se rendre compte de la proximité géographique entre les lieux dits du pouvoir européen et les puissants lobbies qui gravitent autour et influencent les politiques européennes ; pendant que les autres, plus familiers avec les institutions européennes parfois, prendront le temps d’écouter Damien et Amaury leurs présenter des mouvements sociaux et/ou alternatives belges traitant de thématiques proches de leurs préoccupations locales.

Jeudi 23 octobre – le mot de la fin

Après l’évaluation finale de la semaine durant laquelle chacun aura l’occasion de s’exprimer sur les points positifs, les aspects négatifs et la valeur ajoutée de la rencontre, on prend encore du temps, au vu des interventions prolixes et nombreuses, pour discuter ensemble des projets internationaux et de leurs perspectives futures. On termine la dernière journée de travail par un débat sur les actions et les échanges qui peuvent être envisagés collectivement dans le futur indépendamment des réalités singulières à chaque combat.

Le soir, après un dernier repas aux saveurs africaines à l’Horloge du Sud, une dernière farandole dansante et un dernier mot sur les deux semaines passées côte à côte, le groupe se sépare discrètement pour laisser infuser pleinement toute l’énergie puisée dans cette convergence des luttes…

Au-delà de la découverte du travail de chaque association, ce sont des personnes, hommes et femmes passionné-es DSC_1488(et passionnant-es !) avec lesquels nous avons pu débattre et fraterniser pendant ces deux semaines. On retiendra l’ardeur de Ben à façonner le programme de la rencontre pour lui donner toujours plus de sens, les interventions de Gauri notamment pour apporter son soutien au féminisme, les talents oratoire et rassembleur d’Emilie, les coups de gueule honnêtes et spontanés de Patrice, l’apaisante présence d’Oumou qu’on rencontre pour la première fois, la mobilisation profonde de Naima pour la cause de l’eau, les interventions subtiles et modestes d’Issa qui nous rappelle la puissance d’une sensibilisation au travers de la culture, la vigueur poignante de l’engagement de Siddamma, la force, l’humour et le caractère obstiné de Norma et les balades solitaires couplées à la motivante et rassurante présence du doyen du groupe, Ciro.

Ce carnet sera très bientôt agrémenté de photos et vidéos glanées tout au long du ‘voyage’ ! :->

Coline Laloy, stagiaire en communication