Cinq romans à (re)lire cet été

 

 

– Zadie Smith ‘Sourires de loup’1

Une fresque explosive et loufoque sur un Londres multiculturel où se croisent une série de personnages, au gré des amours et des migrations (Archie Jones et son épouse jamaïcaine ; Samad Iqbal employé d’un curry-house et ses deux fils, l’un prétendant djihadiste & l’autre 100% ‘british’…- et où se télescopent réflexions sur l’impérialisme britannique, la chute du mur de Berlin, les dérives de la génétique… Bref, un patchwork de mœurs, de générations et de communautés qui dépeint les illusions -et désillusions- de ces exilés du monde global…

A savoir (ou pas) : L’auteure, Zadie Smith – née d’un père anglais et d’une mère jamaïquaine – dit de ce siècle qu’il est « celui des migrateurs et des étrangers ».

 

 

 

– Arundathi Roy ‘Le Dieu des petits riens’2

Féroce condamnation de la hiérarchie sociale mêlée à une poésie éblouissante, le roman suit un frère et une sœur se rappelant les «petits riens» de leur enfance, à priori insignifiants, qui ont pourtant bouleversé leur vie, basée jusqu’à lors sur les traditions et les interdits. Un conflit entre la force des sentiments et la rigidité des castes indiennes, révélant les injustices d’une société en pleine mutation, faisant face à des évènements historiques et politiques dont les enjeux sont toujours d’actualité…

A savoir (ou pas) : Le Dieu des petits riens a fait l’objet de violentes controverses et Arundhati Roy a été poursuivie en justice dans son pays pour obscénité et atteinte à la morale publique. Arundhati Roy est par ailleurs une militante engagée dans le mouvement altermondialiste. Elle lutte contre les essais nucléaires indiens et pakistanais, et le fondamentalisme hindouiste. Elle dénonce toutes les formes d’oppression en Inde, dont celles entre autres provoquées par le capitalisme.

 

 

3– Barbara Kingsolver ‘Les Yeux dans les arbres’

1959, le pasteur américain Nathan Price et sa famille partent ‘évangéliser’ le Congo. La mère et ses 4 filles, -alors sous la houlette de cette figure paternelle fanatique-, livrent, tour à tour, leur récit intime, offrant au lecteur autant de visions différentes du pays et de sa population. Sous la plume de l’auteure, se dessine une Afrique flamboyante, aux prises avec l’impérialisme économique et l’extrémisme religieux : une histoire africaine « qui sonne juste » et qui incite à une réflexion sur notre (dés)ordre mondial…

A savoir (ou pas) : Barbara Kingsolver est aussi l’auteure de « L’arbre aux haricots » et « Les cochons au Paradis », un diptyque qui relate, avec un formidable humour, la rencontre entre une ‘pure’ fille du Kentucky et les communautés issues de la minorité Cherokee.

 

 

– Riad Sattouf, ‘L’arabe du futur’ 4

Premier volet autobiographique de Riad Sattouf (La vie secrète des jeunes, c’est lui) en BD : soit l’éducation d’un enfant en Syrie dans les années 80. Après que son père, syrien et sa mère, bretonne se rencontrent à la Sorbonne, la famille Sattouf vit en Libye, avant de s’installer en Syrie, à Ter maaleh, un village près de Homs. Là-bas, le père de Riad, ne jurant que par le panarabisme et le modernisme des grands dictateurs, est obnubilé par une vision : celle que son fils (joli blondinet ne parlant pas un mot de syrien), incarne l’homme arabe contemporain et éduqué. L’arabe du futur, donc…

A savoir (ou pas) : « Je m’appelle Riad. En 1980, j’avais 2 ans et j’étais un homme parfait »5

 

 

 

 

 

6– Jean-Christophe Ruffin ‘Rouge Brésil’

Deux enfants sont embarqués de force dans la grande expédition (plutôt méconnue) des Français au Brésil durant le Renaissance, pour servir d’interprètes auprès des tribus indiennes. C’est le mot « démesure » qui frappe tout d’abord : avec la baie sauvage de Rio, où se débattent les chevaliers, nostalgique des croisades… A travers les destins et les choix des deux enfants, le livre met en scène deux conceptions opposées de l’homme et de la nature. La civilisation européenne d’une part, qui se veut libératrice et se découvre meurtrière. Et d’autres part, le monde disparu des Indiens, avec sa cruauté mais aussi son sens de l’harmonie et du sacré…

A savoir (ou pas) : Le titre du livre évoque le bois brésil, découvert dans ce pays et dont on tire une teinture rouge. L’intensité des échanges commerciaux qu’il suscita entre les continents eut pour résultat de nommer le pays du nom du bois éponyme.

 

 

 

 

 

Un coup de coeur d’Hélène Baquet, chargée de comm. chez Quinoa