Le Bénin face à la menace des OGM: le résultat d’une impasse juridique et politique

Deux moratoires pour le Bénin

cultures associéesLe 6 mars 2002, un moratoire a été adopté par le Conseil des Ministres du Bénin. Ce moratoire portait sur l’importation, la circulation et la commercialisation des OGM et devait être développé sur une période de cinq ans.

Ce moratoire sur les OGM est le résultat d’un désir de plus en plus présent de la société civile d’être mise au courant et associée aux prises de décisions politiques, mais également de sa prise de conscience de l’important rôle qu’elle a à jouer en tant qu’acteur. Ce qui a également mené à ce moratoire, c’est la volonté d’ONG béninoises d’informer et de sensibiliser les populations aux risques liés à la présence d’OGM. Un événement a notamment marqué un tournant dans cet accès à l’information: le 15 février 2001, une conférence publique a été organisée par l’Organisation des Femmes pour la Gestion de l’Environnement, de l’énergie, et la promotion du Développement Intégré (OFEDI), en collaboration avec le projet « Promouvoir la diversité biologique ». Cet événement a eu un impact médiatique important, allant jusqu’à avoir un écho auprès des décideurs politiques.

Les politiques et les scientifiques ont alors pris conscience de la volonté du public d’être informé et du désir d’avoir un contrôle national sur l’importation des OGM. Le premier moratoire a donc été adopté.

Concrètement, le texte de ce moratoire demandait:
– de mettre en place un comité national de biosécurité;
– de lancer une enquête nationale sur la présence d’OGM au Bénin;
– de permettre à l’opinion d’être informée sur la présence de ces OGM et les conséquences qu’ils entrainent;
– de faire ratifier le protocole de Cathargène par l’Assemblée nationale. Ce protocole a été mis en place afin de permettre aux États de prévenir les risques biotechniques liés à l’introduction des OGM.

Et après ?

Il a été observé que très peu d’informations circulaient sur l’existence de ce moratoire et que les multinationales le contournaient en faisant pression sur les politiques pour qu’ils acceptent l’introduction d’OGM et de leurs sous-produits au Bénin. Devant l’absence d’un cadre juridique clair, un second moratoire a été introduit afin de prolonger les objectifs du précédent, dans l’espoir de les atteindre.

L’année 2014 a été déclarée par les Nations Unies « Année Internationale de l’Agriculture Familiale »:  l’occasion d’analyser la situation du Bénin et de constater qu’elle est préoccupante puisque le pays n’a toujours pas obtenu de cadre juridique clair lui permettant d’avoir un contrôle sur la présence d’OGM sur les territoires béninois. Deux acteurs, la Coalition de Veille OGM du Bénin et l’organisation Grain, ont donc décidé de mettre en place une campagne de sensibilisation afin d’informer la population sur les risques encourus par la présence d’OGM dans le pays.

Campagne sensibilisation OGM BéninImplantation de panneaux géants

Cette expérience nous montre, encore une fois, que les politiques sont dirigés et influencés par les multinationales: les moratoires sont ignorés et on continue d’être assaillis d’OGM. Alors, plus que jamais, nous devons encourager l’action citoyenne et informer les populations.

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