Les voyages en train

trainQuelle mystérieuse aventure collective, de partage et d’objectif commun, que représente un voyage en train. La rencontre de la personne assise en face de toi, son regard fuyant, sa démarche hésitante à l’idée de se joindre à toi est une chose finalement pas si rare, mais bien présente dans la vie quotidienne.

La locomotive

En voulant percer ce mystère au travers de mes voyages, j’ai constaté que le fidèle soldat du passager paraît être son sac à dos. Celui-ci s’ôte du dos et viens prendre place sur le siège juste à côté de son propriétaire. Ce fameux sac à dos qui au premier abord semble inerte, sans vie, a pris la place d’un autre et est devenu aujourd’hui un utilisateur régulier également. Il s’est définitivement imposé comme moyen de non-interaction entre les personnes. Son absence de bruit en dit bien plus que ce qu’on pourrait le croire et la force que celui-ci dégage est tellement puissante qu’elle pousse les citoyens et autres usagers du train à aller gentiment rechercher une présence humaine ailleurs, le sac à dos permet à un passager de comprendre qu’il ne sera pas invité cette fois-ci à se joindre à l’assemblée présente.

Ma deuxième observation a été que la citoyenneté des uns et des autres se distingue par le biais de la rencontre des yeux. Lorsque les regards se croisent, un contact naît et une atmosphère se crée. Cette osmose entre le regardé et la personne qui regarde est rapide, vive et se joue entre le referment des portes du wagon et le départ du train. Ce moment est unique et décisif, une fois qu’il est passé, il n’y a pas de retour en arrière possible, la chance d’interagir, de questionner et de finalement rentrer dans un moment de citoyenneté est perdue. Cette chance ne se présente hélas que très peu de fois, il faut donc savoir la saisir, l’apprécier et en faire un moment de grâce pour ne pas se laisser nourrir par les regrets, les remords et l’amertume de l’occasion passée.

La correspondance

C’est assis, à côté de parfaits inconnus que j’ai pu faire l’expérience de la beauté des voyages en train. C’est à côté de Monsieur Smith que je me suis rendu compte après 45 minutes d’une belle conversation que je ne connaissais même pas le vrai nom de mon interlocuteur, d’où le nom « Smith ».  En se joignant a moi tel un explorateur, Mr Smith m’a fait découvrir les plaisirs du partage, de l’échange et la pureté des mots et de leur effet rafraichissant. Il m’a appris bien des choses et le tout au travers d’une discussion d’une équanimité des plus remarquable. Les odyssées en train sont plus surprenantes les unes des autres, le souci du détail, essayer de comprendre ce que pense l’autre est un exercice auquel je me suis confronté durant une courte période sans but précis, si ce n’est d’éveiller ma curiosité.

Bien que désintéressé, mon amour pour celui qui m’est étranger m’a poussé à l’observer. L’observer jusqu’à ce que je puisse comprendre ce qui se trame et ce qui circule dans l’esprit des différents usagers du train.

C’est ma troisième observation qui m’a permis de constater que le premier passager assis sur une place qui peut accueillir aux plus quatre personnes, n’adoptait jamais le même comportement que le deuxième assis ou que le troisième.

Le quatrième n’étant que très rarement présent car en règle générale celui-ci s’est vu devancé par la présence du sac à dos, qui incontestablement fait toujours ou presque parti de cette équation.

L’attitude plutôt désinvolte du premier passager assis est différente du comportement réfractaire de son second à l’idée de voir s’installer une troisième personne. Chez le bear in the traintroisième arrivant, mon attention a pu remarquer plusieurs types de comportement. Lui, est méfiant, timide, gêné, presque honteux de l’acte qu’il s’apprête à commettre, ou alors il est confiant, sûr de lui et fort de ses droits civiques. Dans un train bondé, lorsqu’un quatrième passager vient poliment subtiliser la place réservée au sac à dos, il se produit deux phénomènes distincts : l’un se traduit par une parfaite alchimie, alors à l’unissions les quatre usagers sont propulsés en pleine ataraxie. L’autre décrypte la part de l’homme la plus égocentrique, égoïste et le rejet s’opère, c’est l’anarchie.

 

Le bon wagon

Revenons à la beauté de l’interaction, celle-ci m’a permis de faire la connaissance d’une charmante dame, Myriam. J’invite tous les yeux qui se posent sur ce message à avoir une pensée pour Myriam qui vit des épreuves particulièrement difficiles en ce moment. Je ne peux vous parler de cette magnifique rencontre sans évoquer l’amitié la plus profonde que j’éprouve à l’égard de cette personne. La genèse de notre rencontre se décrit par un bref regard, au début de l’allée du wagon ou j’étais installé, j’ai vu s’avancer vers moi cette jeune demoiselle, qui d’un pas mal assuré, un peu gauche à première vue, s’est arrêtée devant moi et m’a demandé poliment si la place était libre. Étant seul, assis sur une place à quatre, j’ai commencé ma réponse par une boutade en lui disant que mes 3 amis imaginaires occupaient le reste des places disponibles.

Un sourire s’est alors dessiné sur le visage de Myriam et je lui ai gentiment proposé de se joindre à moi et non seulement elle a permis de rompre mon moment de solitude mais en plus, nous avons engagé une conversation riche, intense, étrangement familière.

En l’espace d’une heure, nous n’étions plus des inconnus mais nous étions amis, presque parents, connectés et à l’heure du temps. Cette heure était pour nous, c’était notre moment pour se rendre compte de la beauté intérieure qui réside dans chaque personne. Dans un autre contexte nous n’aurions surement pas pris le temps de se prêter à cet exercice qu’est la conversation, simple pure et vraie.

La durée du voyage

Mon coup de cœur des voyages en train vous l’aurez compris repose sur la rencontre, le partage auquel nous pouvons nous adonner lors de nos voyages. Lorsque que nous sommes confrontés les uns aux autres, à moins d’un mètre, l’horloge qui tourne, les horaires, les retards deviennent obsolètes et être à l’heure de la conversation avec les gens devient alors une évidence. Se taire et se plonger dans le silence n’est plus que dérisoire lorsque l’échange d’humanité se met à notre disposition. J’ai choisi de découvrir les gens qui m’entourent et de percer chaque mystère qui se cache en chacun d’eux. Mr Smith, Myriam, et tous les autres visages, expressions, sourires que j’ai pu rencontrer durant ces quelques jours ont été un réel coup de cœur, je me devais d’écrire ces quelques mots, pour les remercier et vous rappeler que se mettre en avance ou se mettre en retard ne sont qu’inexactitudes, par contre être à l’heure, quelle exactitude !

Junior Mbangala, stagiaire chez Quinoa en février 2020