Lobby Tour, une balade dans le quartier européen sur fond de politiques agricoles

À l’initiative de Corporate Europe Observatory et en collaboration avec le Projet Alternatives Locales de Quinoa s’est tenu le 15 novembre dernier le « Lobby Tour », balade dans le quartier européen sur fond de questionnement autour des politiques agricoles… Soit 2 heures pour découvrir & comprendre les moyens de pressions exercées par les acteurs privés sur les politiques européennes.

Les lobbyistes[1] ont un grand pouvoir d’influence, or ils ne sont pas élus. Pourquoi ? Car il y  a une demande très forte de la part de la Commission européenne, qui détient le monopole de l’initiative des lois pour toute l’Europe. Cette demande part d’une lacune : un manque d’expertises internes. En effet, la Commission européenne n’a pas le temps de rencontrer « tout le monde » et souhaite donc des propositions par secteur, provenant des lobbyistes envoyés par les grandes entreprises. D’où cet énorme pouvoir d’influence…

A Bruxelles, le nombre de lobbyistes est évalué à 15000. Cette estimation provient d’un autre souci, celui de la transparence inexistante dans cette profession (la pratique du lobbyisme n’étant régie par aucune législation au sein de l’Union européenne, à l’exception du Parlement européen). Soit une corde de plus à leur arc, dont les flèches qui nous intéressent ici sont celles qui transpercent l’agriculture…

Cette estimation fait également de Bruxelles la deuxième capitale du lobbying après Washington.
De quoi qualifier l’Union européenne de « Lobbycratie ».

 

 

Afin de mieux comprendre les enjeux des politiques agricoles, le Lobby Tour est parti d’un exemple concret :
La Commission européenne souhaite faire passer une règlementation sur les semences, une loi identique pour tous les pays membres.
Parmi les contraintes de cette loi, on retrouve les interdictions d’échanger et de replanter les semences, c’est-à-dire une dépendance accrue des agriculteurs au secteur de l’agro-business.

En amont, des multinationales telles que Bayer ou Monsanto veulent étendre leur contrôle sur les semences. Il existe d’ailleurs déjà un catalogue officiel des espèces et variétés végétales dont les semences sont autorisées à la vente et à la culture. Les variétés reprises dans ce catalogue reposent sur des critères harmonisés, critères qui sont destinés à standardiser et stabiliser les produits au détriment de la biodiversité, de la santé publique, et de la pérennité des agriculteurs.

En aval, la Commission européenne fait appel aux lobbyistes commerciaux des multinationales susnommées, faute d’expertises internes.

Résultat : cette loi relative aux semences, ou comment les décisions prises par les commissaires sont dictées par les entreprises…

Le Lobby Tour fait un crochet par le bâtiment de l’ESA, l’Association Européenne des Semences. Elle constitue une voix unique de l’industrie semencière et se bat donc, entre autres, contre ce genre de dérive.

 

Dans l’optique de mettre en avant d’autres réalités moins connues, est évoqué aussi lors du tour, le site « La Coordination contre les méfaits de Bayer », soit une liste chronologique des activités de la multinationale allemande passée au crible, afin d’alerter l’opinion publique sur les dangers liés à ses activités.

Quelles sont les actions possibles face à ce déficit démocratique européen ?

– L’« Initiative citoyenne européenne » : un droit d’initiative politique nécessitant un minimum d’1 million de signatures, à la suite duquel l’initiative peut être étudiée par la Commission.
– Établir un budget européen afin de ne pas dépendre d’experts externes au service des entreprises privées.
– Les mobilisations issues de la société civile : diverses manifestations et journées mondiales ont également lieu, portées par des citoyens qui se liguent en faveur d’un modèle d’agriculture solidaire, responsable et écologique.

 

À explorer :

-« Semences paysannes, semences d’autonomie » : une capsule vidéo de Quinoa sur l’organisation Kokopelli, qui tente de faire reconnaître le droit de s’échanger librement les semences paysannes.  La ‘bataille’ se joue aussi dans les tribunaux : aux dernières nouvelles, la Cour de Justice de l’Union Européenne désavoue Kokopelli. En effet, la Cour justifie l’interdiction du commerce des semences de variétés anciennes par l’objectif, jugé supérieur, d’une « productivité agricole accrue »…. voir la vidéo issue de la série ‘Capsules alternatives‘ de Quinoa.

-Quinoa et de nombreuses autres associations se mobilisent contre les géants de l’agrobusiness (Monsanto, …). Pour mieux comprendre les enjeux de leur présence en Belgique, lisez « Monsanto, patates et peupliers » sur notre site.

-Le site d’ALTER-EU, une coalition d’environ 200 groupes de la société civile, les syndicats, les universitaires et les cabinets d’affaires publiques concernés par l’influence croissante exercée par les lobbyistes d’entreprise sur l’agenda politique en Europe, la perte résultant de la démocratie dans le processus décisionnel européen et le report, l’affaiblissement ou même le blocage, des progrès nécessaires de toute urgence sur les réformes sociales, environnementales et de protection des consommateurs.


[1] -chargés de représenter et défendre les intérêts d’un groupe en exerçant des influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir- http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobbyiste