Texaco · Et pourtant nous vaincrons

Dès les années 60’, la compagnie Texaco exploite l’or noir en Amazonie équatorienne, le «poumon de la planète ». Le géant pétrolier américain quitte le pays en 1993, laissant derrière lui une région vierge ravagée par 60 millions de litres de pétrole brut et 70 millions de litres de résidus toxiques. L’une des pires catastrophes écologiques et humaines au monde : le  « Tchernobyl de l’Amazonie » représente 3000 fois la marée noire de l’Erika

Depuis 25 ans, 30 000 habitant·e·s se battent en justice, emmenés par l’inlassable avocat Pablo Fajardo, pour obtenir réparation face à cet écocide : les Afectados luttent pour que l’on indemnise les nombreuses victimes et que le nettoyage des sous-sols soit à la charge de Texaco. Le pétrole est partout : dans l’air, dans les maisons, dans l’eau… L’empoisonnement des cours d’eau entraîne la disparition des poissons, et contraint les tribus indigènes qui vivent de et dans la forêt, à l’exploitation, la misère, la maladie et la mort.roudeauTexaco-7

Au terme d’une lutte judiciaire et médiatique acharnée, toutes les cours d’appel et constitutionnelles donnent raison à ces défenseur·e·s de la terre ! Mais obtenir réparation d’une compagnie multinationale privée est une autre affaire : Texaco doit 9 milliards de dollars à l‘Équateur, qu’elle refuse de dédommager sous prétexte, qu’elle a retiré ses avoirs du pays…

« Souvenez-vous que la terre est avec nous. Nous n’avons pas à être impressionnés. Ils vont tenter de nous provoquer. Surtout restons calmes, ne répondons pas. Contrairement à nos adversaires, nous pouvons nous contenter de dire la simple vérité. »

En choisissant de retracer le combat de Pablo Fajardo avec la sublime BD « Texaco · et pourtant nous vaincrons », la journaliste Sophie Tardy-Joubert et l’illustrateur Damien Roudeau nous amène à réaliser la détresse dans laquelle sont laissées ces communautés mais aussi cette vaste supercherie que représente Texaco/Chevron ! En abordant des thématiques criantes d’actualité  -l’écologie, la surexploitation, les ouvriers peu qualifiés-, la BD met en lumière la puissance financière et politique des grands groupes pétroliers, où la corruption et les complots sont légion. Un ouvrage essentiel à l’heure de la mondialisation, prouvant comme il est devenu complexe de demander réparation auprès de multinationales…car d’autres Texaco existent !

Un formidable témoignage de résistance aux allures de polar (menaces du FBI, intimidations, assassinat…), où les couleurs de Damien Roudeau rendent la touffeur et la beauté de la ‘Grande Forêt’, personnage principal dont le corps et l’esprit sont malmenés par l’humain, transpirent au travers des planches…

roudeauTexaco-8-1200x675

« Texaco n’est jamais qu’une métaphore. L’allégorie d’un processus qui a totalement échappé au contrôle des humains. L’industrie pétrolière ‘doit’, parce qu’il ‘faut’. Et cela vaut pour celle des pesticides ou du plastique, de la pêche, de l’exploitation forestière. (…) Quand on voit ce qu’une seule compagnie peut infliger à un pays -et elles sont des milliers-, il ne reste plus qu’un avenir à ceux qui sont encore à peu près debout : la rébellion. La vraie, celle qui oblige à prendre des risques pour tout et pour tous. L’alternative n’a jamais paru aussi limpide : ou la soumission, ou la révolte. » (Fabrice Nicolino, fondateur de ‘Nous voulons de coquelicots‘)

 

 

roudeauTexaco-10Pablo Fajardo & Sophie Tardy-Joubert avec Damien Roudeauet « Texaco · et pourtant nous vaincrons », Les Arènes BD, mars 2019

Autour du sujet :

L’avocat Pablo Fajardo seul face au géant pétrolier américain France Culture

-Morts pour l’environnement France Culture

Minga, voix de résistance Quinoa

-Projet en Equateur avec le CEAS Quinoa

Sources :

-Damien Canteau sur Comixtrip

-Pablo Fajardo contre Texaco : bras de fer judiciaire et médiatique sur FranceInter