Protest song of the week

protest song of the weekLa playlist “Protest songs” de Quinoa

Pour entretenir nos engagements en musique, Quinoa propose sa playlist « Protest songs of the week». Chaque semaine, découvrez ou re-découvrez une chanson contestataire via notre site internet et notre page Facebook. Il y en a pour tous les goûts (et toutes les causes) : les classiques folks de Woody Guthrie, Pete Seeger ou Bob Dylan, des rappeurs-euses engagé-e-s comme Kenny Arkanna, la Canaill, Rocé en passant par des chants anarchistes datant de la guerre d’Espagne, du rock bien lourd d’aujourd’hui ou encore de la chanson française (non, on ne pense pas au morceau « Résiste » de France Gall mais plutôt à « Où c’est que j’ai mis mon flingue » de Renaud).

La playlist s’inspire de l’actualité pour se construire mais elle sera aussi le résultat de coup de cœur de l’équipe ou de vos contributions… Envoyez-nous donc vos « Protest songs » favorites !

 

Gaël Faye – Pili pili sur un croissant au beurre (2016) (Protest song of the week #51)

bientôt l’histoire de la chanson !


L7a9ed, Ramy Essam, Refugees of Rap, Salomé MC et Rushzilla – Zombie (2016) (Protest song of the week #50)

Censure, interrogatoires, intimidations, emprisonnement, exil forcé… c’est, de par le monde, le lot d’un grand nombre d’artistes qui choisissent d’exprimer leur citoyenneté.

Voici un collectif de slameurs & slameuses arabes et iraniens réunis autour d’un sample du morceau «Zombie» du grand Fela Kuti pour la petite histoire, Fela y compare les militaires de l’armée nigérienne à des morts-vivants : lui, ainsi que ses proches seront très (très) lourdement passés à tabac. Ceci vous donne ainsi une vague idée de l’immense charge protestataire du morceau qui nous intéresse !!-.

L7a9ed «El Haqed “L’enragé – l’indigné” (Maroc), Ramy Essam (Egypte), Refugees of Rap (Palestine/Syrie), Salomé MC (Iran) et Rushzilla (Egypte) unissent donc leurs flow pour établir un lien entre les dictatures militaires en place en Afrique à «l’époque» -voir la ‘belle brochette’ de militaires défiler, au propre comme au figuré, dans la vidéo !) et la situation dans plusieurs pays du Moyen-Orient aujourd’hui.

Le collectif, issu de la génération qui a vécu-porté-espéré le Printemps Arabe, rappe la nécessité d’être plus conscient.es et distille leurs réalités dans une prose qui ne peut laisser indifférent… ça groove et ça conscientise grave, vous êtes prévenu.es :-) :

Ramy Essam revient sur le rôle des forces de sécurité égyptiennes, qui « volent, battent, torturent, tuent » dès que cela leur est ordonné ;

L7a9ed, rappeur marocain en exil, scande un «réveillez-vous et révoltez-vous, mes frères ! Le gouvernement doit partir ! / Nous voulons vivre en liberté, mais ils lavent notre cerveau, et nous sommes devenus esclaves / Nous vivons mais nous sommes comme des morts vivants.» ;

Rushzilla, quant à lui, met l’accent sur « La révolution (qui) saigne encore. Au coeur des « dead zones », les habitants vivent dans des cimetières, sans but. Et pour ces quelques lignes, ils peuvent aussi me faire disparaître.» ;

Salomé MC, rappeuse iranienne, dénonce l’apathie et le faux-militantisme de sa génération : « Notre gamme d’empathie est entre 20 commentaires et 20.000 ‘like’… » ;

Le Palestinien de Refugees of rap, -qui a grandi dans le camp de réfugiés de Yarmouk à Damas-, riposte : « Réveillez-vous! Sortez de ce rêve que vous vivez! On viole les maisons, on viole les esprits et te voilà comme un zombie… Tu dois être libre et briser les chaînes de l’esclavage » ;

Bref, un contre-hymne rageur (lequel, ce qui ne gâche rien, vous fera aussi bouger) invitant tout un chacun à s’informer et s’indigner sans relâche car les zombies, eux, on le sait, ne font jamais de pause…

Et,last but not least, oui, oui, c’est bien Seun Kuti -le fils de Fela, mais pas que- que l’on entend nous rappeler, au début du morceau, « la musique est l’arme » !

Montez donc un peu ce son (et n’oubliez pas les sous-titres anglais!!)

HB


THOMAS MAPFUMO – Hokoyo (1977) (Protest Song of the Week # 49)

Né en 1945 dans une colonie britannique qui s’appelle alors Rhodésie du Sud (qui deviendra Rhodésie à l’indépendance de la Rhodésie du Nord, sous le nom de Zambie), Thomas Tafirenyika  Mapfumo passe ses dix premières années à Marondera, une petite communauté rurale non loin de Salisbury (aujourd’hui : Harare). Il y baigne dans la musique traditionnelle – ses grands-parents en sont des virtuoses – et y apprend l’instrument emblématique  : la mbira (un instrument de la famille des lamellophones, comme la kalimba, qui se joue avec les pouces). A l’âge de 10 ans, sa famille s’installe à Mbare, un township au sud de la capitale, où il découvre la musique occidentale (Elvis, Otis Redding, les Beatles, principalement) dont il devient fan et qui l’amène à apprendre la guitare. Les premiers groupes qu’il rejoint dès l’âge de 16 ans – les Zutu Brothers, puis le Hallelujah Chicken Run Band – sont, quasi-exclusivement, des groupes de reprises de cette musique occidentale ou de rumba congolaise. C’est également à Mbare qu’il est pour la première fois confronté aux violences policières disproportionnées et aux abus incessants du pouvoir colonial.

Même si elle ne porte pas le nom d’apartheid, la politique appliquée en Rhodésie (aujourd’hui : Zimbabwe) n’en est pas moins une copie conforme de sa voisine sud-africaine !

Basée sur le Law and Order (Maintenance) Act adopté en 1960, cette politique élève la ségrégation raciale en principe de gouvernance impitoyable d’une minorité blanche (250.000, à l’époque) sur l’énorme majorité noire (4 millions) qui se voit dès lors interdite de représentation politique, syndicale, associative ou même culturelle. Pour cette communauté, la seule alternative réside donc soit dans la résistance armée, soit dans la désobéissance civile !

Pour Thomas Mapfumo, à l’instar de Miriam Makeba, cela passera par l’adoption revendiquée de sa langue maternelle – le Shona – et par un retour à la musique traditionnelle de son enfance dont il modernisera les sonorités via l’utilisation de guitares électriques et l’introduction de RnB, donnant ainsi naissance à un style qui lui est propre, le Chimurenga (« Libération », en Shona).

En 1977, il forme le Acid Band avec lequel il sort l’album « Hokoyo ! » (« Attention! »). Résolument et ouvertement politique, il sera immédiatement interdit de diffusion sur les ondes nationales mais sera repris en masse par les radios qui émettent des pays voisins (Zambie, Mozambique) – sans parler des discothèques de tout le pays qui le programmeront effrontément.

Outre qu’il lui vaudra, bien entendu, les foudres du gouvernement raciste de Ian Smith ainsi que trois mois de prison, cet album et singulièrement sa chanson éponyme – une mise en garde au pouvoir blanc – marquera à jamais un rupture dans la musique zimbabwéenne qui devient dès lors une arme de résistance, mais aussi de défi. Il permet non seulement à tout un peuple de recouvrer une fierté trop longtemps bafouée mais aussi, et surtout, de lui insuffler l’espoir qui lui manquait tant. L’impact de cet album est énorme. Difficilement compréhensible pour tous ceux qui n’ont pas connu cette époque, et cette injustice, dans leurs chairs. Difficilement quantifiable comme tout ce qui, avec le temps, s’imprime dans une conscience collective !

Il vaudra à Thomas Mapfumo l’impunité qu’octroie une énorme popularité et dès sa sortie de prison début 1978, il fondera son deuxième groupe, les Blacks Unlimited  – groupe désormais mythique en Afrique australe, avec lequel il se produit encore de nos jours – qui fera du Chimurenga la musique de soutien par excellence aux mouvements de libération. Une musique foncièrement contestataire.

Lors des célébrations de l’indépendance en 1980, Thomas Mapfumo se produira sur scène aux côtés de Bob Marley (qui a écrit le morceau « Zimbabwe » un an plus tôt, en soutien aux combattants du ZANLA) devant plus de 35,000 personnes, invité par l’ancien chef de la guérilla devenu premier ministre, Robert Mugabe.

Mais Thomas Mapfumo reste vigilent ! Il perd vite foi en ce nouveau gouvernement qui pratique ouvertement la torture à l’encontre de ses opposants dès 1982, plonge le pays dans une guerre civile et ethnique en 1983, sans parler de la dérive dictatoriale d’un Mugabe de plus en plus délirant ! Ses albums des années 1980 et 1990 seront des critiques et des attaques permanentes envers le nouveau pouvoir politique et lui vaudront, ainsi qu’à ses musiciens, d’éternelles tracasseries administratives qui les pousseront, in fine, à l’exil aux U.S.A. en 2000. Sa musique est, depuis cette date, à nouveau interdite au Zimbabwe ! JFS


LEONARD COHEN – Everybody Knows (1988) (Protest Song of the Week # 48)

Tout le monde a salué Leonard Cohen lors de son récent décès, le 07 novembre 2016, à l’âge de 82 ans.

Tout le monde a rendu hommage au grand poète canadien, également romancier éblouissant, devenu chanteur plus par dépit que par hasard ou par choix, cherchant désespérément un moyen de gagner sa vie grâce à son écriture. Tout le monde s’est alors souvenu de cette silhouette timide et maladroite qui monta pour la première fois sur scène en 1967, à New York et à 33 ans, soutenu, porté par l’amitié de Judy Collins !

Tout le monde a glosé sur sa voix si particulière, rauque, d’outre-tombe, et cette manière un peu désinvolte qu’il avait de chanter, de presque réciter ses textes si finement ciselés !

Tout le monde a donc siffloté « Suzanne », « So Long, Marianne » ou encore « Hallelujah », ses seuls grands succès tout public ! Certains, moins nombreux, ont fredonné « The Partisan », alors que les rares aficionados ont chantonné « Closing Time », « Going Home » ou toute autre chanson de l’homme à qui Dylan dédicaça son album Desire en 1976.

Mais tout le monde s’est-il rappelé le visionnaire, le sombre oracle qui en 1988 chantait « Everydody Knows » ? Ce texte noir et prémonitoire, qui inaugure sa collaboration avec Sharon Robinson, que l’artiste nous livrait sur son huitième album – I’m Your Man – et qui nous mettait en garde face à ce qui se profilait et que nous savions déjà tous : l’exploitation sociale grandissante, la corruption galopante, l’imbécillité consumériste croissante, le désastre écologique en cours, l’horreur annoncée du sida, le réveil apocalyptique des religions et ce qui mettait plus que tout le poète en colère : l’apathie généralisée de l’humanité face à tout cela!

Cohen n’y cache pas son écœurement face à l’inaction dominante dans un monde plus qu’informé, face à l’irresponsabilité collective, aussi bien qu’individuelle, devant les cauchemars qui se dessinent !

Everybody knows that the boat is leaking / Everybody knows  that the captain lied

Une colère qui tire une gueule de désespoir et se transforme rapidement en mantra ressassé ad libitum :

Everybody knows / That’s how it goes / Everybody knows

Le poète assume ici son rôle prophétique et s’assure que personne ne pourra se dédouaner !!

Car tout le monde sait ! / Depuis longtemps. / Tout le monde sait !…

JFS

DIANA AVELLA – Naci Mujer (2011) (Protest Song of the Week #47)

La chanteuse s’élève contre le machisme de la société colombienne : « Je suis née femme dans un monde d’hommes, avec des couilles, des pantalons, des coups de poings, de la maltraitance, de l’infidélité, de l’irresponsabilité, des guerres, des multinationales (…) mais je suis née femme, selon la société, pour nettoyer le monde, pour apprendre à cuisiner et élever des enfants, faire des tâches ménagères, fermer les yeux, et avoir une vision limitée à la sphère privée. »

 

RENAUD – Hexagone (1975) (Protest Song of the Week # 46)

 

Bien avant d’essayer de nous faire croire qu’il tenait encore debout, Renaud fut un réel phénomène pour lequel je garde une tendresse authentique.

Éléphant du langage piétinant la porcelaine giscardienne, il a débarqué dans les années 1970 comme par erreur, la démarche hésitante, le regard tombant, la voix pas très bien placée. Il avait la dégaine du gars à qui personne n’aurait osé prêter une corde.

Il ne fallait pourtant pas s’y méprendre, derrière une timidité et une hypersensibilité maladive, Renaud s’inscrivait résolument dans la lignée des grands jongleurs du verbe. Héritier aussi bien d’Édith Piaf pour la forme (la gouaille) que de Georges Brassens ou Léo Ferré pour le fond (la rigueur d’écriture et l’anarchisme), il nous livrait un premier album, en 1975, humblement intitulé « Renaud » (mais qui passerait à la postérité sous le nom de « Amoureux de Paname »). Un pavé multicolore et jubilatoire dans la marre insipide d’une éternelle « nouvelle chanson française » alors ronronnante d’ennui et de conformisme politique, à quelques exceptions près (François Béranger, Catherine Ribeiro, Bernard Lavilliers, Maxime Le Forestier, etc.)

Né en 1952 dans une famille plutôt puritaine, la conscience politique de Renaud s’éveille très tôt face aux événements de la première moitié des années 1960 dont il est témoin encore gamin (fin de la guerre d’Algérie, attentats O.A.S., massacre de Charonnes, manifestations pacifistes, etc.) et qui l’amène, dès l’adolescence, à un militantisme anti-militariste et non-violent dans un premier temps, purement politique ensuite. Rapidement proche des milieux d’extrême-gauche, il quitte  l’école républicaine – trop élitiste à son goût – pour une vie de bohème qui le mènera des barricades de mai 1968 (où il écrit sa première chanson « Crève Salope » : tout un programme !) aux communautés anarchistes des Cévennes, fin de la même année.

Après sa rencontre avec Patrick Dewaere en 1971, il s’oriente vers la comédie en déposant ses valises au Café de la Gare de Romain Bouteille, où il côtoie Coluche, Miou-Miou, Sotha puis Gérard Depardieu, Gérard Lanvin ou encore Rufus. Renaud se trouve donc une nouvelle famille et, dès lors, enchaîne les petits rôles et les petits boulots, tout en continuant à écrire des chansons « pour ses potes » qu’il commence néanmoins à chanter dans la rue en compagnie de son ami accordéoniste, Michel Pons. Un duo qui se voit vite rejoint par le guitariste Bénédicte Coutler, formant ainsi le groupe « Les P’tits Loulous », qui joue trois semaines en première partie de Coluche en 1974.

La comédie restant sa priorité, Renaud continue à courir les castings mais ne décroche au mieux que des remplacements ou des petits rôles, et c’est sans trop de conviction qu’il accepte l’offre des producteurs Jacqueline Herrenschmidt et François Bernheim de tenter l’aventure musicale. « Amoureux de Paname » voit ainsi le jour début avril 1975.

Le succès est au rendez-vous ! D’emblée, l’album dénote et détonne. Renaud pose ses vers dans la rue – dans la zone ! – les nourrit d’elle et les chante dans toute la rugosité, mais aussi toute la poésie, de sa réalité, de son quotidien. Grâce à lui, ce langage populaire et jeune, si longtemps snobé par l’O.R.T.F. ou guimauvisé par les yé-yé’s, regagne ses lettres de noblesse, ouvrant ainsi la voie à nombre d’artistes urbains pour la décennie à venir, rappeurs compris ! La langue de Renaud, c’est les premiers pas du Street Art dans la chanson française ! Des graffiti sonores à peine délavés !

Tout comme son pote Coluche, Renaud marque une rupture en adoptant un langage plus frontal pour traduire le regard qu’il porte sur son époque. «Amoureux de Paname» ne caresse pas dans le sens du poil et est même, un moment, censuré à la radio. Renaud, comme Coluche, table sur  humour et poésie pour faire passer la pilule. Et elle finit par passer !

« Hexagone » n’est pas une chanson tendre, c’est une volée de bois vert, le snapshot subjectif qu’un jeune gars de 23 ans a pris de son pays, voici quarante ans ! Une chanson authentiquement protestataire, presque dylanienne dans le parti pris du constat, dans l’expression crue de l’incompréhension qu’elle exprime, dans l’ironie existentielle qu’elle convoque. Sans parler, bien entendu, du positionnement politique qui lui aussi, à chaque écoute, nous rappelle le phénomène que fut Renaud à ses débuts. Son importance et son impact.

JFS

 

TEAM AMERICA – America Fuck Yeah ! (Protest Song of the Week # 45)

Avant même d’accéder à La Maison blanche, Donald Trump s’est reposer sur son pouvoir impérial pour mettre la main sur notre liste « Protest song » en vue d’exercer son droit de réponse à toutes les critiques formulées à son égard. La bande son est à lui…

THE WAILERS -Get Up, Stand Up (1973)(Protest Song of the Week # 44)

Formé en 1963 par Robert Nesta Marley (Bob), Neville Linvingston (Bunny Wailer) et Winston Hubert McIntosh (Peter Tosh), les Wailers rencontreront le succès dès leur premier enregistrement en 1964 : Simmer Down. Ils enchaîneront dès lors les singles (It Hurts to be Alone – Lonesome feeling – I’m Still waiting – etc.) à un rythme effréné tout en faisant évoluer leur style du ska vers le rocksteady puis le reggae. Malgré de solides compositions, comme Stir It Up (1967) reprise à l’international par Johnny Nash en 1972, leur notoriété ne dépassera guère les côtes de Jamaïque jusqu’en 1973.

Fin de l’année précédente, les Wailers décident en effet de faire appel à Chris Blackwell, fondateur de Island Records, afin de les produire. Blackwell, qui a grandi en Jamaïque et s’est déjà occupé de la carrière de Jimmy Cliff, n’hésite pas longtemps et leur fait enregistrer, coup sur coup, deux albums : « Catch a Fire » qui sortira en avril, et « Burnin’ » en octobre de cette même année 1973. Les pépites sont bien présentes (Stir It Up, Concrete Jungle et 400 Years sur Cath a Fire – Small Axe, Burnin and Lootin, I Shot The Sheriff et Get Up, Stand Up sur Burnin’) mais ne permettront pas aux Wailers d’obtenir plus qu’un succès d’estime !

Une tournée calamiteuse en Grande-Bretagne amèneront Bunny Wailer puis Peter Tosh à quitter le groupe pour entamer des carrières solos, laissant Bob Marley maître de la destinée des Wailers.

Après six albums en commun, « Burnin’ » sera donc le dernier album du combo historique. Le dernier aussi à passer quasi inaperçu lors de sa sortie !

En juillet 1974, Eric Clapton, qui sort de ses années noires faites d’abus de drogue et de dépressions en série, revient à l’avant plan musical avec son album « 461 Ocean Boulevard », il y reprend « I Shot The Sheriff », en fait un tube planétaire, contribue ainsi à faire connaître le reggae au public le plus large, et place définitivement Bob, Peter et Bunny sur orbite pour les années à venir.

Bob Marley sera le premier à dégainer dès octobre 1974 avec le sublime « Natty Dread ». Quant à Peter Tosh et Bunny Wailer, ils devront attendre 1976 pour voir leurs premiers albums solos sortir : « Legalize It » pour le premier, « Blackheart Man » pour le second.

Durant la décennie qui vient de passer, la situation en Jamaïque n’a fait qu’empirer. Dès l’indépendance de 1962, la vie politique s’est vue confisquée par les deux principaux partis (le Jamaica Labour Parti (soutenu par les USA) et le People’s National Party (proche de Cuba). Tous deux prêts à tout pour garder le pouvoir. Tous deux liés à de grands syndicats et franchement compromis avec les différents gangs qui contrôlent les ghettos, fournissent les gros bras lors des meetings, sans parler de leur mainmise sur les différents trafics dont la Jamaïque est la plaque tournante. Inutile de dire que le niveau de corruption dans l’île a toujours été très élevé et que la situation économique de la population est désastreuse, d’autant qu’elle subit encore un système de classe hérité de la colonisation, dominé par une minorité euro-créole au détriment de la majorité d’origine africaine (80%) ! C’est dans ce contexte que se développe le rastafarisme, mouvement culturel et religieux (héritier des mouvements éthiopianistes du 19ème siècle) fortement réprimé avant l’indépendance, qui rejette ce système inégalitaire (the shitstem) au profit d’une vie communautaire et autonome. Mouvement auquel les Wailers adhèrent en 1966, sous les enseignements de Mortimer Planno. La conjonction de ces éléments fera bien entendu évoluer la musique de Marley & Cie pour en faire la véritable musique du mouvement rasta. Le reggae devient alors franchement contestataire, gagne les faveurs d’un nombre toujours croissant de jeunes jamaïcains désœuvrés, et fait désormais feu de tout bois contre « Babylone ».

« Get Up, Stand Up » n’est sans doute pas la première, ni la meilleure, ni la plus percutante des protest songs de l’ami Bob mais elle semble avoir tenu une place particulière en son cœur puisqu’elle fut la dernière chanson qu’il chanta en public. C’était le 23 septembre 1980 au Stanley Theatre de Pittsburgh. Bob Marley avait menti à son entourage sur son état de santé afin de pouvoir une dernière fois monter sur scène et nous en livrer une ultime version de plus de six minutes.

Elle est peut-être, finalement et simplement, celle qu’il voulait qu’on retienne !

JFS


SEPULTURA – Refuse/Resist (1993) (Protest Song of the Week # 43)

Je ne compte pas ouvrir un seul livre ou entamer aucune recherche internet pour vous écrire ces quelques lignes. Ce morceaux, c’est toute ma jeunesse, j’ai qu’à ouvrir mes tripes…il m’arrive de ne pas l’écouter durant des années mais à chaque fois que je décide de le faire retentir (ah oui, faut le mettre à fond de balle sinon ça marche pas !), j’accompagne Max Cavalera au chant sans louper un seul mot, une seule onomatopée rugissante. Sepultura ne faisait déjà pas dans la dentelle avant l’album Chaos AD mais cet album marque un tournant en matière d’engagement…leur prise de position sur le Brésil et ses inégalités prennent une place importante et le morceau présenté aujourd’hui et une ode à l’insurrection, un poème révolutionnaire, un appel au soulèvement ! Bon au-delà des paroles, c’est un style qui j’en suis sûr ne plaira pas à tout le monde…mais quand on est ouvert à écouter du lourd, Sepultura ne déçoit pas. Au fil des ans, ils ont ajusté leur style Metal pour créer un style propre en y intégrant des rythmes et instruments traditionnels brésiliens. Ils atteindront leur apogée avec l’album Roots avant de séparer quelque années plus tard pour des querelles managériales…bref, si vous voulez la suite de l’histoire de Sepultura, n’écoutez pas les albums sortis à partir de 1999 où Max Cavalera n’est plus au micro, écoutez plutôt Soulfly ou Cavalera Conspiracy. Ça c’est du lourd!

A.G.

 


MIRIAM MABEKA  – Soweto Blues (1977) (Protest Song of the Week # 42)

S’il est avéré que l’Afrique est le berceau de l’humanité, il est peu de dire qu’elle fut également le théâtre de ce que cette même humanité a engendré de pire ! Esclavage, traites négrières (internes, sahariennes, atlantiques et arabo-swahilis), pillage, colonisation, génocides (Namibie 1904 – Rwanda 1994), discriminations raciales, et cetera. Tout le catalogue des saloperies humaines semble y être passé ! Au cours des siècles et partout sur le continent, nombre de voix s’élèveront contre ces crimes abjects, à jamais impunis !

Miriam Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama nait en 1932 à Johannesbourg, dans un pays qui ne connaît pas encore l’apartheid. Le Colour Bar, même s’il ne cesse de se durcir depuis la fin de la seconde guerre de Boers (1902), n’est pas encore une politique raciale inscrite dans le marbre légal. Tout changera en 1948, lorsque les nationalistes afrikaners accéderont au pouvoir, instaureront et généraliseront l’apartheid, ce régime ségrégationniste qui ne cessera de se radicaliser pendant près de 40 ans !

C’est dans ce contexte qu’à l’âge de 20 ans Miriam Makeba fera ses premiers pas sur les planches en tant que choriste des Cuban Brothers et des Manhattan Brothers, dans un premier temps. Elle se retrouvera rapidement sur le devant de la scène. Son positionnement clairement anti-apartheid, ainsi que sa volonté farouche de réhabiliter les langues africaines (dont le Xhosa, sa langue maternelle, cfr QongqothwaneClick Song), en feront très vite l’un des principaux porte-paroles de la communauté noire et métisse, ainsi que l’une de cibles prioritaires du gouvernement de Prétoria !

Au prétexte de sa participation au film anti-apartheid « Come Back, Africa » de Lionel Rogosin, Miriam Makeba sera déchue de sa nationalité sud-africaine, et contrainte à l’exil en 1959 !

Parue en 1977, la chanson Soweto Blues, chantée par Miriam Makeba sur l’album « You Told Your Mama Not to Worry » de Hugh Masekela, fait écho aux émeutes étudiantes de Soweto en 1976, suite à la décision du gouvernement de l’époque d’imposer l’afrikaans dans l’enseignement :

The children got a letter from the master / It said : no more Xhosa, Sotho, no more Zulu / Refusing to comply they sent an answer / That’s when the policement came to the rescue

Ce soulèvement, soutenu par le Black Consciousness Movement de Steve Biko, durera près d’un mois et fera quelques centaines de morts parmi les écoliers et les étudiants ! Just a little atrocity, deep in the city  reprennent les chœurs d’un Soweto Blues qui ne manque pas de pointer la responsabilité collective de ces massacres :

When the children were being shot/ Where were you ?

 Pour Miriam Makeba, l’exil durera 31 ans et ne prendra fin qu’en 1990, quelques mois après la libération de Nelson Mandela. Elle pourra ainsi, enfin, chanter librement dans son pays natal où elle n’aura de cesse de défendre, au côté de Madiba, l’idée d’une société sud-africaine apaisée et réconciliée !

Militante jusqu’au bout, Miriam Makeba s’éteindra à 76 ans, en Italie, en descendant de cette scène qui fut sa vie, de cette dernière scène où elle était venue soutenir Roberto Saviano, dont la tête était alors mise à prix par la mafia napolitaine, suite à la parution de son livre Gomorra !

JFS

 

 


ARETHA FRANKLIN – Respect(1967) (Protest Song of the Week # 41) 

J’étais un fan inconditionnel de Otis Redding jusqu’à connaître l’histoire du morceau RESPECT. Vous connaissez toutes et tous ce morceau, et si vous arriviez à la finale de Question pour un champion et que Julien Lepers (oui c’est plus lui le présentateur mais on s’en fout, dans nos esprits ce sera toujours Julien)…je disais donc, et que Julien Lepers éructait « Top : je suis afro-américain et je suis l’auteur de RESPECT sorti dans les années 60… », sans hésiter, vous ne feriez qu’un bond sur le buzzer pour répondre : Aretha Franklin ! Et bien faux, l’auteur original est Otis Redding (oui bon, vous aviez deviné…c’est très bien vous suivez !)

Mais comment se fait-ce que la version de Otis ait pu à ce point disparaitre de la mémoire collective et que les gens ne retiennent que la version d’Aretha ? Le morceau original d’Otis Redding est un message adressé à toutes les femmes en vue qu’elles foutent la paix à leurs maris. Cette super idée de chanson lui est venue après une altercation avec sa femme un soir où il rentrait du travail. Les paroles disent en substance « je t’apporte de l’argent et tout ce dont tu as besoin, tout ce que je demande en retour, chérie, c’est un peu de respect quand je rentre du boulot »….Oui bon, c’est une autre époque, blablabla…C’EST NUL, OUAIS ! Oh le couillon de machiste ! Bon, pas besoin de s’indigner a posteriori, Aretha Franklin lui a donné une leçon quelques mois plus tard en reprenant cette chanson tout en changeant subtilement quelques mots en vue d’inverser les rôles…en substance ça donne : « Et mec, t’as tout ce que tu veux, je m’occupe de la maison donc, quand tu rentres du boulot, tout ce que je demande c’est un peu de respect ! ».

Alors, difficile de comparer les qualités vocales des deux artistes, Otis Redding nous fera toujours vibrer musicalement mais constatons tout de même que sur ce morceau, en plus de le remettre à sa place de petit homme, au niveau interprétation, la version d’Aretha Franklin soutenue par ses sœurs aux chœurs fait de Redding un vulgaire candidat à The Voice ! Bref, voilà pourquoi, c’est la version d’Aretha que nous continuons de chanter aujourd’hui sans pour autant connaître ses origines. Pourtant, le morceau fut à l’époque un double hymne, un hymne afro-américain mais aussi féministe ! Bref, un morceau qui tient compte de l’intersectionalité des rapports de domination…c’est quoi ce jargon ? Quoi? Vous n’avez jamais suivi de formation Quinoa ?

A.G.

 

BUFFY SAINTE-MARIE – Bury my heart at Wounded Knee (1992) (Protest Song of the Week # 40)

Née en 1941 sur la réserve Cree de Piapot Plains au Canada, Buffy Sainte-Marie fut, dès le début des années 1960, une des figures de proue du renouveau folk canadien, aux côtés de Neil Young, Leonard Cohen ou encore Joni Mitchell. Dès son premier album, It’s My Way (1964), elle se révèle une artiste politiquement engagée. Elle est l’une des premières chanteuses à soulever le lièvre vietnamien alors que les autorités américaines nient encore toute implication militaire en Extrême-Orient (Unknown Soldier). Un engagement qu’elle renouvellera tout au long des années 1960 et qui lui vaudra d’être blacklistée, et donc réduite au silence hertzien, aux États-Unis dès la fin de la présidence de Lyndon Johnson !

De même, elle n’aura de cesse de réclamer justice pour son peuple et tous les amérindiens, de réhabiliter sa culture avec des chansons comme Now that the Buffalo’s Gone (1964), My Country ‘Tis of Thy People You’re Dying (1966), Native North American Child (1972) et, bien entendu, Burry my Heart at Wounded Knee qui paraît sur son 13ème opus: Coincidence and likely Stories.

Au 19ème siècle et singulièrement après la guerre de sécession (1861-1865), les États-Unis d’Amérique semble décidés à en finir avec la « question indienne » ! Une seule obsession paraît alors agiter les têtes pensantes de Washington, imposer de gré ou de force le pouvoir de l’Union sur l’ensemble du territoire qu’elle s’est unilatéralement octroyé au cours de deux siècles de traités de paix  systématiquement bafoués (plus de 400).

Vers 1800, de nombreux peuples amérindiens (principalement les nations Sioux et Cheyennes, au Nord, Apaches et Cherokees, au Sud), n’ont pas encore déposé les armes, bien au contraire ! Malgré de nombreux massacres (Sand Creek – 1864, Marias River – 1870, etc.) et les déportations massives dont sont victimes leurs populations (La piste des Larmes – 1838), ils résistent encore et infligent régulièrement de lourdes défaites à l’armée U.S. (Platte Bridge – 1865, Little Big Horn – 1876, etc.).

La guerre d’usure finira bien sûr au désavantage des Amérindiens, perdus sous le nombre ! Leurs principaux leaders seront, en bout de course, arrêtés et exilés (Red Cloud, Geronimo, etc.), quand ils ne seront pas tout simplement assassinés en captivité (Sitting Bull, Crazy Horse, Mangas, etc.) ! Leurs populations subiront dès lors famines, pauvreté et épidémies, humiliations et déculturation.

Suite à l’ultime violation du deuxième traité de Fort Laramie (1868), les Sioux Lakotas, par exemple, se verront voler leurs territoires sacrés des Black Hills et se retrouveront confinés dans cinq réserves bien trop petites pour subvenir à leurs besoins ! L’extermination des bisons, quelques années plus tôt, et la sécheresse de 1890 finiront de les désespérer.

C’est dans ce contexte qu’apparaîtra le dernier sursaut de résistance amérindienne, un mouvement religieux non-violent (Ghost Dance) initié par Wovoka (leader spirituel du peuple Païute) qui se diffusera notamment dans les réserves Sioux de Standing Rock, de Cheyenne River et de Pine Ridge ! Rapidement, le Bureau des Affaires Indiennes s’en inquiétera et interdira tout rassemblement des adeptes de ce mouvement.  Plus de trois cents d’entre-eux, hommes, femmes et enfants menés par Big Foot, demi-frère de Sitting Bull, seront ainsi massacrés par le 7ème régiment de cavalerie le 28 décembre 1890 à Wounded Knee Creek ! Date qui marquera la fin des guerres indiennes en Amérique du Nord! En un peu moins de quatre siècles de conflit (1622-1890), la population amérindienne d’Amérique du Nord passera de près de 10 millions (selon les estimations) à moins de 250,000 personnes (recensement de 1896). La résistance amérindienne peinera à relever la tête. Ce n’est que durant les années 1960 que l’American Indian Movement, dont Buffy Sainte-Marie est sympathisante, verra le jour ! Proche des Black Panthers, il fera de Wounded Knee, en 1973, un symbole de la renaissance du combat amérindien dans le cadre plus général du mouvement pour les droits civils. Il ne cessera de demander réparation pour les innombrables « préjudices » subits par l’ensemble des nations autochtones d’Amérique du Nord, parfois avec succès !

Bury my heart at Wounded Knee / Deep in the Earth / Cover me with pretty lies / Bury my heart at Wounded Knee

JFS

THE FUGS – Kill For Peace (1966) (Protest Song of the Week # 39)

The Fugs est classé parmi ce qu’on nomme les groupes underground, il serait même le premier du genre. The Fugs est le résultat d’une rencontre entre 2 poètes Ed Sanders et Tuli Kupferberg dont le style préfigure quelque peu celui des Clash.

Acerbe, virulent, sarcastique…le texte de « Kill for peace » n’a beau pas être long, il est tout ça à la fois. « Kill, kill, kill for peace, If you don’t kill them Then the Chinese will ». Le titre à lui seul, en plus d’être un splendide oxymore se veut être joli pied de nez à la propagande américaine qui avait envahi jusqu’à chaque enveloppe circulant sur le territoire via la poste américaine qui y apposait un tampon « Pray for peace ». Chanson anti-guerre peu connue du grand public elle résume pourtant à elle seule plusieurs doctrines américaines lors de la guerre froide telle que la théorie des dominos qui énonçait qu’il ne fallait pas laisser un seul pays basculer dans le communisme car cela pouvait engendrer une réaction en chaine incontrôlable : « If you let them live, they might support the Russians ».

Côté instrumental, ce qui marque dans ce morceau est bien entendu les bruits de balles et d’obus qui se font entendre de plus en plus fort au fur et à mesure du morceau. D’autres morceaux engagés de The Fugs sont à découvrir ou redécouvrir, nous pensons à CIA Man ou Marijuana dont les titres à eux-seuls vous laissent deviner les thèmes abordés. Engagés, ils l’étaient autrement qu’avec leur texte vu qu’ils ne se laissèrent jamais prendre par le star-system naissant à l’époque. Invités dans une des émissions les plus populaires de l’époque animée par Johnny Carson, ils refusèrent de s’y rendre car il leur avait été interdit de jouer la chanson présentée aujourd’hui !  Qu’à cela ne tienne, on l’écoute encore aujourd’hui !

A.G.

CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL – Fortunate Son (1969) (Protest Song of the Week # 38)

S’il n’est pas rare qu’à l’éternelle question binaire Beatles – Rolling Stones, je réponde malicieusement Led Zeppelin. J’avoue qu’en pareil cas, le nom de C.C.R. me chatouille régulièrement les neurones !

En effet, le groupe californien formé en 1958 par les frères Fogerty (John et Tom), Doug Clifford et Stu Cook, est un des groupes les plus importants de l’histoire du rock, et celui qui attise le plus ma subjectivité !

Durant sa courte vie discographique (1967-1972), C.C.R. accouchera de sept albums studio (dont six sont des chefs d’œuvres – subjectivité, je vous dis!!!) et enchaînera les tubes avec la régularité d’un coucou suisse : Proud Mary – Born on the Bayou – Have You Ever Seen the Rain – Bad Moon Rising –  Down on the corner – etc.

Sans oublier quelques reprises stratosphériques dont I Put a Spell on You (Screamin’ Jay Hawkins), Suzie Q (Dale Hawkins) sur leur premier album (éponyme), ou encore Cotton Fields (Leadbelly) sur l’album Willy and the poor boys (1969). Sur ce même album figure Fortunate Son, un cri de rage, un coup de gueule dégoûté, une éructation en pleine guerre du Vietnam!

Un an après l’offensive du Têt, le mouvement d’opposition à cette guerre déborde enfin des campus. La jeunesse américaine se mobilise massivement non seulement contre l’absurdité de cette guerre et toutes ces vies détruites ou gâchées, perdues quoi qu’il en soit, mais aussi contre ce qui menace 27 millions d’entre eux, à savoir la conscription ! Un système d’enrôlement profondément arbitraire et inégalitaire qui touche principalement les classes défavorisées. Les plus aisés trouvant trop souvent les moyens d’y échapper !

C’est le sujet de ce rock rageur. Fortunate Son. Ces « fils chanceux » qui, à l’instar de nombreux «Fils de… », fuient leurs responsabilités humaines et/ou financières, alors qu’ils exhortent majoritairement à la poursuite de l’horreur vietnamienne ! Les paroles de John Fogerty sont une charge violente face à ces pratiques, une dénonciation sans appel, une colère rabelaisienne :

Some folks are born, made to wave the flag / They’re red, white and blue / And when the band plays « Hail to the Chief » / They point the cannon at you, Lord / It ain’t me, it ain’t me, it ain’t no senator’s son, no / It ain’t me, it ain’t me, it ain’t no fortunate son, no / Some folks are born silver spoon in hand / Lord, don’t they help themselves / but when the taxman comes to the door Lord, the house looks like a rummage sale / It ain’t me, it ain’t me, it ain’t no millionnaire’s son, no / It ain’t me, it ain’t me, it ain’t no fortunate son, no / Some folks inherit star spangled eyes They send you down to war, Lord / And when you ask them « how much should we give ? » / They answer More ! More ! More ! / It ain’t me, it ain’t me, it ain’t no military son, no / It ain’t me, it ain’t me, it ain’t no fortunate son, no

Donald Trump (cela étonnera-t-il quelqu’un?) a ainsi échappé à l’appel ! Pas mieux pour Bill Clinton, George W. Bush ou Joe Biden. Trois d’entre eux n’ont pourtant eu de cesse d’envoyer des troupes tous azimuts. Je n’ose imaginer ce que ferait le quatrième si, par malheur, il accédait aux fonctions suprêmes lors des prochaines élections US !

La conscription fut abandonnée en 1973, mais peut à tout moment être réactivée !

JFS

 

PETE SEEGER – We Shall Overcome (1963) (Protest Song of the Week # 37)

En 1963, le festival de folk de Newport est marqué par le mouvement pour les droits civiques. We shall overcome est interprétée par Odetta, les Freedoms Singers, Joan Baez, Bob Dylan, Peter, Paul & Mary et bien sûr Pete Seeger. La chanson est devenue un hymne pour le mouvement. Cependant, ce morceau fétiche vient de loin. Son origine remontrait à un gospel  composé en 1901 par un descendant d’esclave, le révérend Charles Tindley. Le titre était alors I’ll overcome some day et le rythme était bien plus rapide que la version de Pete Seeger. Mais nous allons trop vite car avant d’être publiée par Pete Seeger, artiste folk incontournable dont nous vous avons déjà parlé dans d’autres chroniques, le texte est d’abord approprié par des employés en grève de l’American Tobacco Company. La chanson touche la chanteuse Zilphia Horton qui rencontre les syndicalistes menant cette grève. Elle en rapporte l’air et les paroles à Pete Seeger qui ajoutera deux couplets : « We’ll walk hand in hand » et « The World wide world around ». En 1963, c’est aussi la marche vers Washington, We Shall Overcome est entonné par 250.000 manifestants. Jamais tombée dans l’oubli, le morceau reçoit un clin d’œil lors de l’investiture d’Obama à la présidence des Etats-Unis lorsqu’il dit :

« We will overcome what ails us now [Nous triompherons de ce qui nous afflige aujourd’hui]. »

…Rooooh, la récup’ !

A.G.

THE CLASH – The Guns of Brixton (1979) (Protest Song of the Week # 36)

Formé en 1976 à Ladbroke Grove (Londres), le combo initialement composée de John Graham Mellor (alias Joe Strummer), Mick Jones et Paul Simonon se distingue radicalement des autres groupes fondateurs du mouvement punk, et pas qu’un peu !

Tout d’abord, ce sont de vrais musicos. Avant des former les Clash, ils ont tous fait partie de formations plus ou moins (plutôt moins ! ) reconnues et, par la suite, trop vite rangées comme il se doit dans une nouvelle case nommée protopunk ! Joe Strummer a, en effet, déjà étrenné sa gratte au sein des 101’ers et des Heartdrops ; Jones et Simonon composent quant à eux l’épine dorsale des London SS, alors que Nicholas Bowen Headon (dit Topper), qui rejoint le groupe en 1977 après la sortie du premier opus et le départ du premier batteur (Terry Chimes), tient les fûts du groupe de rock progressif Mirkwood depuis 1973 !

Ensuite, de par leurs origines multiculturelles (Strummer est né à Ankara, Jones et Simonon à Brixton), ils fusionnent d’emblée leur punk-rock à d’autres sonorités, rythmes ou instrumentalisations, principalement d’origines jamaïcaines (ska, dub, reggae) mais pas uniquement, puisqu’on y retrouve également du hip-hop, du funk, de la new wave, du rhythm and blues, du gospel, du jazz et du blues façon Bo Diddley, des synthétiseurs, des boîtes à rythme, un brin de Wall of Sound et, selon les dires de Strummer, de la balalaïka s’il y en avait eu une en studio !

Enfin, il est peu de dire que leur philosophie est à l’opposé du nihilisme obtus, affiché et revendiqué des autres groupes phare du début du mouvement (comme les Sex Pistols, les Damned ou même les Ramones) qui entendent non seulement faire table rase du passé (musical) mais se foutent royalement de l’avenir (No Future, of course!!).

A l’inverse, pour Joe Strummer, « la musique se doit d’être un moyen d’expression » et non juste un divertissement. Elle doit ruer dans les brancards et faire, si possible, bouger les lignes (et pas seulement de coke!!) Il sera en cela suivi par bon nombre de groupes qui fleurissent alors par générations spontanées et packs de douze ! A commencer par les anarcho-punk de Poison Girls, de Angelic Upstarts, par exemple, ou encore du collectif Crass !

Le répertoire des Clash se révélera donc rapidement un catalogue quasi-exhaustif de tout ce qui déconne dans notre cher Occident, qui aime tant s’autoproclamer parangon et panacée universels, et en particulier dans la perfide Albion qui entre à peine dans les années de fer de la Madame du même métal ! Tout y est donc passé en revue : Capitalisme, impérialisme, racisme, fascisme, militarisme, sexisme et tous les autres -ismes du monde, bien évidemment au vue des idées politiques radicalement de gauche d’un groupe qui affiche avec panache son soutien au mouvement révolutionnaire d’Amérique du Sud (Album Sandinista – 1980 – numéro de catalogue FSLN1 !! ) ou, ironiquement, au groupuscule d’extrême-gauche européen engagé dans un combat violent avec la société (Fraction Armée Rouge, Brigade Rouge, ETA, etc. ), sans oublier, bien entendu, toutes les préoccupations sociales du moment : chômage, discrimination, exclusion, drogue, alcool, suicide, et pour toute une classe populaire, le désespoir comme pain quotidien !

Nonante pour cent des chansons des Clash auraient droit de cité dans cette rubrique. The Clash est définitivement le groupe le plus politisé de l’histoire du rock jusqu’à nos jours et prétendre définir quelle est leur meilleur protest song est au-dessus de mes forces sans parler de mes compétences ! Mon choix tient donc autant du hasard que de l’humeur du jour, sans parler de ma dextérité au vogelpik !

The Guns of Brixton paraît en 1979 sur le troisième album de groupe, London Calling, assurément un album majeur dans l’histoire du rock ! Signée par le bassiste Paul Simonon, elle est un snapshot de la situation plus que tendue à Brixton, quartier du sud de Londres à forte concentration immigrée, principalement jamaïcaine,  où les forces de l’ordre jouent régulièrement avec le feu en entretenant une ambiance délétère faite de provocations en tous genres, de contrôles au faciès récurrents et autres humiliations gratuites ! Une situation que Simonon pressent explosive, à juste titr car l’histoire lui donnera raison. Les émeutes de Brixton de 1981 et 1985 (race riots) furent parmi les plus sauvages de l’histoire récente de l’Angleterre !

JFS

DIDIER SUPER – A bas les gens qui bossent ! (Protest Song of the Week # 35)

Exceptionnellement, nous nous contenterons de vous laisser analyser la qualité du texte par vous-même. Bref, NO COMMENT ! Sur la forme, on vous le concède, c’est à chier ! (Oui bon, c’est vrai, je n’ai pas envie de bosser aujourd’hui !)…C’est ça la rentrée !

A.G.

!! Week #27 >Week #34 = Summer Break !!

THE PREACHER AND THE SLAVE – Joe Hill (1911) par Harry K. McClintock (1951) (Protest Song of the Week # 26)

Figure emblématique de la chanson contestataire made in USA et référence absolue de Guthrie, Seeger, Dylan, Baez et Springsteen (entre autres), Joe Hill – de son vrai nom Joel Emmanuel Hägglund – nait en Suède en 1879. Il émigre en 1902, avec son frère Paul, vers les États-Unis où il adopte, dès son enregistrement à Ellis Island, le nom de Joseph Hillström. Il entame alors sa nouvelle vie de travailleur itinérant – hobo magnifique qui deviendra vite mythique – qui le conduira d’errance en errance, de petits boulots en petits espoirs vite déçus, de New York à Los Angeles. Voilà à peu près tout ce que nous savons de la biographie de Joe Hill jusqu’à son adhésion à l’I.W.W. vers 1910! L’Industrial Workers of the World, syndicat anarchiste, révolutionnaire et libertaire fondé en 1905, se différencie en effet des autres organisations ouvrières de l’époque par le fait qu’elle accepte tous les travailleurs sans exception, y compris les femmes, les afro-américains et les immigrés dont de très nombreux scandinaves!

Joe Hill s’y engage corps et âmes, grimpant rapidement dans cette organisation qui prône l’action directe, l’autogestion et la non-violence, organisant les dockers de San Pedro, prenant une part active aux grèves massives (Frazer River – Canada – en 1912 ou celle de l’Utah en 1913), mettant enfin tous ses talents artistiques au profit exclusif de la diffusion des idées de l’I.W.W.

Outre les dessins, bandes dessinées et autres caricatures dont il est prolixe, Joe Hill se fait surtout connaître par ses chansons militantes, humoristiques et poétiques! Il en écrira vingt-cinq au total, qui seront toutes publiées dans le Little Red Songbook de l’IWW entre 1911 et 1916, dont The Tramp (1913), There is Power in a Union (1913) ou encore Rebel Girl (1911) qu’il écrit en hommage à la militante syndicaliste et féministe Elizabeth Gurley Flynn (1890-1964).

La plus illustre d’entre-elles restera à jamais « The Preacher and the Slave » qui fut éditée le 1er février 1911 dans la quatrième édition du Little Red Songbook. Joe Hill, qui n’est pas musicien, y reprend comme à son habitude l’air d’une chanson qu’il souhaite parodier ou incendier, ici l’hymne de l’armée du Salut « In the Sweet Bye-and-Bye »! Le texte est férocement sarcastique et ironique. Il fustige le discours religieux qui ne promet aux démunis que souffrance en ce bas-monde contre monts et merveilles dans l’au-delà !

Long-haired preachers come out every night / Try to tell you what’s wrong and what’s right / But when asked how ‘bout something to eat / They will answer with voices so sweet / You will eat, bye and bye / In that glorious land above the sky / Work and pray, live on hay / You’ll get pie in the sky when you die

Cette chanson, plus connue à l’époque sous le nom de « Pie in the Sky » ou de « Long-haired preachers », restera longtemps la préférée des Wobblies (membres de l’I.W.W.). Elle assurera à Joe Hill une popularité dont il se serait bien passé puisqu’elle lui vaudra de se retrouver dans le collimateur des autorités. Face à la montée en puissance de l’I.W.W. et des syndicats en général, celles-ci entendent, en effet, en réduire l’influence rapidement et par tous les moyens !

Le scénario est connu et se retrouve à l’identique dans bien d’autres « affaires » (cfr Sacco et Vanzetti). Prenez un meurtre non-élucidé (deux si possible, c’est plus crédible !…), collez le/les sur le dos de celui/ceux que vous souhaitez éliminer, montez un procès bidon, mélangez bien le tout et vous obtiendrez une condamnation à mort en bonne et due forme !

Joe Hill fera les frais de cette recette machiavélique. La farce se jouera en Utah où il sera arrêté en janvier 1914 sous l’inculpation fallacieuse de double meurtre et, bien entendu, un jury de marionnettes ne manquera pas de le condamner à la peine capitale malgré l’indignation générale et la demande de révision du procès adressé par le président d’alors, le démocrate Thomas Woodrow Wilson, au gouverneur de l’Utah !

Joe Hill sera exécuté le 19 novembre 1915. Son dernier télégramme à l’I.W.W. se terminera ainsi : Ne perdez pas de temps à me pleurer, organisez-vous !

JFS

PROPHETS OF RAGE  – Prophets of rage (2016) (Protest Song of the Week # 25)

Retour inattendu des membres de Rage Against the machine…enfin inattendu, des rumeurs circulaient sur leur retour mais tout le monde fut surpris de la tournure prise par ce come back. Mélange entre déception et emballement car il se fait sans leur chanteur mythique, Zack de la Rocha mais ce sentiment est rapidement consolé lorsqu’on apprend que le groupe se fait accompagner par deux chanteurs monstrueux : B-Real du célébrissime groupe hip-hop Cypress Hill et Chuck D du non moins célébrissime groupe de rap Public Enemy. Dj Lord du même crew rejoint également le projet pour accompagner le trio de Rage Against The Machine côté instrumental. Bref, tout ça ensemble cela forme ce qu’on appelle aujourd’hui un super-groupe ! (Exemple historique, Crosby, Still & Nash and Young qu’on ne présente plus. Plus récemment et moins connu mais tout aussi merveilleux Them Crooked Vultures, résultat de la rencontre entre des membres de Led Zeppelin, Foo Fighters et Queens of the Stone Age).

Leur motivation est artistique certainement mais aussi politique. Leur sortie et la tournée qu’ils entament immédiatement intervient à l’aube d’une campagne présidentielle américaine et ce n’est pas un hasard. Leur tournée s’appelle d’ailleurs « Make America Rage Again Tour » en guise de réaction au slogan de Donald Trump « Maka America Great again »…

Il n’y a que 4 morceaux originaux à se mettre sous la dent jusqu’à présent mais comme ils sont énoooooorme, on ne se lasse pas de les écouter en boucle ! On choisit ici de vous présenter leur premier titre éponyme, ce n’est pas le texte le plus intéressant en terme politique mais c’est celui qui nous fait revivre au plus près les pulsions enragées que nous transmettais RATM dans les années 90 ! Attention, si vous écoutez ceci au bureau, vous risquez de pogoter seul sur votre chaise sans vous en rendre compte…

A.G.

 

JOAN BAEZ  – Here’s to you (1971) (Protest Song of the Week # 24)

Chanteuse-militante ou militante-chanteuse, peu importe ! Pour Joan Chandos Baez, l’art et l’activisme sont intimement liés. L’un nourrissant l’autre, l’autre légitimant l’un. Foncièrement imbriqués !

Née à New York en 1941, Joan Baez apprend très tôt la force de l’engagement. Son père, Albert Baez, mathématicien et physicien de renom (spécialiste des rayons X) et pacifiste convaincu, reste de glace face aux sirènes friquées de l’industrie de l’armement, refuse de participer au projet Mahattan (mise au point de la bombe atomique) et à tout autre programme militaire, au profit de l’enseignement, et plus tard d’un investissement personnel et bénévole auprès de l’UNESCO. La leçon est claire, limpide : vivre est un acte politique !

En 1920 et 1921, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont jugés pour deux braquages, ayant fait deux morts, auxquels rien ne les relie ! L’instruction est une vaste blague et malgré des alibis solides ainsi que les aveux d’un certain Celestino Madeiros, rien n’y fera. Face à la montée en puissance du syndicalisme, aux grèves violentes qui se multiplient et aux mouvements anarchistes plus qu’actifs, il est ici question de faire un exemple ! Sacco et Vanzetti, proches de la mouvance galléaniste, feront l’affaire. Ils seront condamnés sans preuve à la peine de mort, à l’issue de leur second procès ! L’exécution aura lieu en 1927.

Here’s to you, signée Joan Baez et Ennio Morricone, apparaît en 1971 sur la bande originale du film Sacco et Vanzetti de Juliano Montaldo. Hommage volontairement simple et envoûtant jusqu’à la nausée, cette chanson – courageuse dans l’Amérique de Nixon et Hoover – deviendra rapidement l’hymne du mouvement pour les droits civils des années 1970.

Les paroles nous remettent en mémoire les derniers mots que Bartolomeo Vanzetti adresse au juge Thayer qui vient de prononcer la peine capitale :

« Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

C.Q.F.D. La vie est un engagement que Joan Baez ne cessera de multiplier, et dont l’œuvre sera le porte-voix. Elle sera de toutes les luttes que sa conscience et son époque lui imposeront : pour les droits civiques auprès de Martin Luther King, contre la guerre du Vietnam (et toutes celles qui suivront), contre l’injustice sociale, le racisme sous toutes ses formes, la peine de mort, les dictatures sud-américaines… La liste ne saurait être exhaustive !

Un vie et une œuvre qui, dès le début des années 1960, influenceront nombre d’artistes de la scène folk et pas des moindres : Bob Dylan, bien sûr, mais aussi Judy Collins, Emmylou Harris, Joni Mitchell, Bonnie Raitt !

Une vie et une œuvre qu’aujourd’hui encore, à 75 ans, Joan Baez continue à consacrer au militantisme politique et non-violent, sans relâche !

JFS

JAMES BROWN  – Say it Loud – I’m Black and I’m Proud” (1968) (Protest Song of the Week # 23)

James Brown était-il un Protest Singer? Était-il un porte-parole du mouvement pour les droits civiques ? La question divise encore aujourd’hui…Il fut longtemps considéré davantage comme un traitre que comme un allié par les mouvements afro-américains.

Ses premiers morceaux étant peu engagés, le Black Panther Party voit en lui, un Oncle Tom…James Brown serait surtout l’exemple vivant du rêve américain. Même les afro-américains peuvent se faire une place au soleil… Par ailleurs, sa visite rendue au Vietnam pour supporter les troupes américaines ou encore son amitié avec le vice-président de l’époque, Hubert Humphrey, font de lui un homme proche du pouvoir. D’autres voient en la carrière de James Brown une manière intelligente de faire avancer la cause des afro-américains.

En devenant populaire auprès des blancs grâce à ses premiers tubes, il s’est constitué une audience que n’a jamais égalée aucun tribun d’aucun mouvement social. Lorsqu’il enregistre « Say it Loud – I’m Black and I’m Proud », des millions d’américains écoutent une personne qu’ils respectent. Le morceau est tourné de telle manière à éviter la polémique à son sujet…Il  ne s’agit pas de se défendre, il évite de parler en son nom, il se contente d’inviter l’audience afro-américaine à affirmer tout haut et fièrement leur couleur….  N’était-ce pas aussi une manière à lui de rappeler de quel côté il se trouvait dans cette période de tension ? Le morceau est subtilement choisi. Un texte accusateur à l’égard du système raciste américain lui aurait fait perdre tout son public.

Say It Loud est davantage un morceau qui cherche à construire de la puissance d’agir auprès des afro-américains que d’égratigner les blancs…n’était-ce pas cela le Black Power ? Les Black Panther étaient les premiers à insister sur la nécessité d’affirmer la « black culture » (leur négritude comme disait Aimé Césaire sauf que les BPP ont fortement œuvré pour que les afro-américains arrêtent de s’appeler niger entre eux). James Brown en a fait un morceau… il est tellement inattendu que le parrain de la Soul reçoit encore des menaces quelques heures avant de l’enregistrer. En sortant de sa chambre  hôtel à Hollywood, il trouve une grenade avec son nom inscrit dessus et il est fort probable que cette menace venait d’un groupe afro-américain radical et non pas d’un groupuscule raciste ou de je ne sais quel collectif réactionnaire de musique Country…

A.G.

BRUCE SPRINGSTEEN – American Skin (41 shots) (2000) (Protest Song of the Week # 22)

L’Amérique fantasmée, ce n’est pas pour Bruce Springsteen. Comme bien d’autres chanteurs avant lui (Leadbelly, Guthrie, Seeger), il la regarde au fond des yeux et ce qu’il voit n’est pas vraiment folichon !

Né en 1949 dans une banlieue du New Jersey, l’Amérique qu’il a toujours connue n’a rien à voir avec la poudre aux yeux de Times Square, de Las Vegas ou de Hollywood. C’est essentiellement celle de la désillusion face aux promesses fallacieuses de l’American Dream, qu’il hurle sous toutes les coutures, qu’il murmure aussi dans la mélancolie qu’elle génère.

Tout comme les écrivains qu’il admire (London, Fante, Steinbeck…) Springsteen décrit, chanson après chanson, sans concession mais sans manichéisme non plus, une Amérique qui marche de travers, où on bosse dur sans pouvoir joindre les deux bouts, où les paumés côtoient les junkies, où on se suicide à force d’alcool, où les tueurs en série fleurissent par générations spontanées, où le racisme gangrène la société en profondeur.

Le 04 février 1999, Amadou Diallo, un Guinéen de 23 ans, est abattu à New York dans le hall de son immeuble par quatre policiers blancs de la Street Crime Unit si chère à Rudolph Guliani, alors maire de la ville. 41 balles seront tirées, 19 atteindront le jeune homme (qui n’était pas armé).

American Skin (41 shots) – écrite alors qu’il était en tournée avec le E-Street Band – est un cri épidermique face au meurtre d’Amadou Diallo et à l’acquittement des quatre policiers qui sera rendu en février 2000. Il la chantera pour la première fois à Atlanta en juin 2000, ce qui lui vaudra le boycott, par la police de New York, du service de sécurité des dix concerts au Madison Square Garden, qui auront lieu quelques semaines plus tard, et qui clôturent la tournée mondiale de Springsteen.

Cette chanson reste cruellement d’actualité et est, depuis sa création, systématiquement reprise en concert par le « Boss » chaque fois qu’un Afro-Américain tombe sous les balles de la police de son propre pays !

« No secret my friend

You can get killed just for living in your American skin »

Bruce Springsteen nous en livrera une version studio en 2014, sur son album High Hopes, accompagné à la guitare par Tom Morello.

JFS

FELA KUTI – Zombie (1976) (Protest Song of the Week #21)

Difficile de choisir un seul morceau dans l’œuvre pléthorique de Fela Anikulapo Kuti (1938-1997). Le père de l’Afrobeat – ce génial mélange de jazz, de soul et de rythmes traditionnels ouest-africains – n’aura en effet de cesse, dès 1969 et sa rencontre avec une militante des Black Panthers et la découverte des idées de Malcolm X, de s’en prendre aux puissants de son riche pays, le Nigéria.

Abandonnant le yoruba (sa langue maternelle) pour le pidgin, afin d’être compris par le plus grand nombre, la musique de Fela devient dès lors un instrument de combat politique. Elle débordera rapidement les frontières du Nigéria pour infuser une Afrique en soif de véritable liberté, de réelle émancipation, de justice, et en fera, à l’instar de Miriam Makeba, un chantre du panafricanisme.

Malgré les nombreuses incarcérations, les séances de torture, les tentatives d’assassinat et l’exil, Fela Kuti dénoncera avec entêtement la corruption généralisée au sommet de l’état (V.I.P : Vagabonds In Power – 1978), la rapacité des élites politiques (Beast of no Nation – 1989), la dépendance structurelle de l’Afrique (Colonial Mentality – 1977) ainsi que la collusion, qui persiste encore de nos jours, entre les compagnies pétrolières occidentales et l’armée au pouvoir ! (Army Arrangement – 1985), entre beaucoup d’autres… Sa discographie comporte plus de quarante albums ! Faites votre choix, le mien est fait… Zombie !

Voici donc le roi Fela qui nous dégaine son afrobeat bien lubrifié au sang versé sous la torture ! Faut dire que le Nigéria des années ‘70, ce n’est pas vraiment Pairi Daiza. On sort à peine de l’horreur du Biafra, le pétrole coule à flot et accentue la fracture sociale, les coups d’état kaki s’enfilent comme des perles.

Ça bastonne dur et ça ratonne sur commande dans les rues de Lagos mais Fela Anikulapo Kuti chante, brandi son saxophone (music is the weapon of the future), hurle et dénonce sans cesse, sans arrêt. Il revendique sa dignité et celle de l’Afrique.

L’album Zombie, qui accuse l’aveuglement meurtrier des militaires qui massacrent impunément, lui vaudra les foudres de l’armée : expédition punitive, passage à tabac, maison rasée, studio détruit, choristes violées, mère défenestrée qui décédera de ses blessures !…

Fela s’en relèvera pour enquiller près de dix albums au vitriol en trois ans, dont Sorrow blood and tears (1977) et Unknown Soldier (1979) qui reviennent tout deux sur ces événements.

Fela ne baissera les armes qu’en 1992 avec un dernier album studio : Underground System. Usé par les séquelles des séances de torture et par la maladie, il décédera en août 1997.

JFS

NIL YOUNG – Southern Man (1970) (Protest Song of the Week #20)

Quand il s’agit d’aller au charbon, on peut compter sur Neil Young ! Depuis plus de cinquante ans, le gars n’a jamais eu pour habitude de tourner quoi que ce soit dans sa bouche avant de l’ouvrir. Son dernier album studio – The Monsanto Years (2015) – démontre, s’il en est encore besoin, que l’ami Neil ne néglige aucune bataille, sait choisir ses cibles, vise juste et ne craint personne. Il sait y faire

Southern Man paraît en 1970 sur l’album After the Gold Rush et est l’exemple parfait de sa dextérité en la matière :

« I saw cotton and I saw black 

Tall white mansions and little shacks

Southern Man

When will you pay them back »

Avec cette chanson, profondément anti-raciste et non-violente, Neil Young s’en prend frontalement à l’héritage honteux des états du Sud des USA, principalement ceux de la Bible Belt, qui se sont enrichis à outrance grâce à l’esclavage. Inutile de dire qu’elle sera très mal prise par la majorité protestante rigoriste qui y réside, dont l’étonnante interprétation de l’ancien testament légitime toujours la discrimination raciale ! Sans parler du Ku Klux Klan que Neil Young charge au passage (Southern change gonna come at last, now your crosses are burning fast) et auquel il s’en prendra encore indirectement deux ans plus tard dans sa chanson « Alabama », sur l’album Harvest !

Ces deux chansons feront l’objet d’une « réponse » en 1974. Sweet Home Alabama, du groupe de rock sudiste Lynyrd Skynyrd (prononcez-le comme vous pouvez!!), restera la chanson la plus incomprise outre-atlantique jusqu’à Born In The USA de Bruce Springsteen, dix ans plus tard. Elles feront toutes deux l’objet des mêmes tentatives de récupération par la droite conservatrice qui pensera, à tort, trouver en elles des hymnes à ses valeurs, sans en saisir l’ironie, voire le cynisme, au grand dam de leurs auteurs respectifs !

Ronnie Van Zant – leader du combo de Jacksonville (en Floride, et non en Alabama) – est en effet un ami de Neil Young. Ce dernier lui écrira par ailleurs quelques titres et reprendra Sweet Homme Alabama en concert après le décès tragique de Ronnie en 1977. Les membres de Lynyrd Skynyrd, de leur côté, arboreront régulièrement sur scène des t-shirts à l’effigie de Young lors des reprises du morceau controversé !

Bien que Lynyrd Skynyrd, tout comme Neil Young, soutiendra la candidature du démocrate Jimmy Carter aux élections présidentielles de 1976, la polémique persiste encore de nos jours… Inutilement !

JFS

BURNING SPEAR – Slavery days (1976) (Protest Song of the Week #19)

Un des morceaux reggae les plus puissants de tous les temps. Frisson garanti lors de la première écoute et récurrent lors des suivantes, même après quelques années ! La mélancolie avec laquelle Burning Spear entonne à répétition « do you remember the days of slavery » est bouleversante. Le texte est dur :

« And how they beat us, And how they worked us so hard, And they used us. Do you remember the days of slavery? And a big fat bull, We usually pull it everywhere, We must pull it, With shackles around our necks, And I can see it all no more ‘Til they refuse us».

Comme toutes les chansons de Burning, les paroles ne sont pas écrites pour vendre des disques, elles viennent du cœur autant que de l’âme et elles sont mises en musique pour servir un mouvement philosophique politique et religieux : le rastafarisme.  Il y a reggae et reggae…l’un est commercial l’autre est un mouvement. Burning Spear fait partie de ceux qui ont forgé ce mouvement. Sur l’album dont est tiré le morceau présenté aujourd’hui, hommage est rendu à Marcus Garvey, personnage incontournable du rastafarisme qui ne serait pas aussi connu aujourd’hui si Burning Spear ne lui avait consacré autant d’attention ! Marcus Garvey est considéré comme un  prophète par les rastas. Il a consacré sa vie à prôner le retour des descendants d’esclaves en Afrique : le « Back to Africa ». C’est à lui qu’on attribue la prophétie de l’arrivée de Jah, le dieu des Rasta. En vérité que répéter le prêche du révérend James Morris Web : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance. ».  Quelques années plus tard, en 1930, Haïlé Sélassié Ier est sacré « roi des rois » en Ethiopie, la prophétie fait de lui le messie de rastafariens. Poursuivez donc votre écoute avec le morceau Marcus Garvey.

A.G.

MANIC STREET PREACHERS – If you tolerate this your children will be next (1998) (Protest Song of the Week #18)

On peut penser ce que l’on veut de la musique des Manic Street Preachers ! Si elle fut définie, dès leur premier album en 1992, de glam-punk (Whatever it means, comme dirait Kiki, mon poney Shetland!) par quelques journalistes jamais en panne de qualificatifs spongieux, elle n’est en fait qu’une pop, plutôt bien foutue et excellemment produite (David James Eringa aux manettes), mâtinée de rock plus ou moins garage, qu’on rangera volontiers dans le fourre-tout rock-alternatif !

Un genre musical qu’on ne s’attend sans doute pas à trouver dans cette rubrique et pourtant, la force des Manics réside peut-être là ! Cette musique relativement main-stream, faite pour percoler le plus grand nombre, est en effet une jolie pilule acidulée conçue pour mieux faire passer un discours fortement politisé !

Le groupe se forme à Blackwood en 1986, dans un pays de Galles ravagé par la crise économique et la fermeture massive des mines décidée par la mère Thatcher ! L’échec des grèves de 1984-1985 est vécu comme un deuil par la classe ouvrière dont sont issus les membres du groupe. Il définira leur militantisme.

Les titres de leurs deux premiers albums – Generation Terrorists (1992) et Gold Against the Soul (1993) – parlent d’eux-mêmes et mettent l’eau à la bouche. La suite discographique est du même tonneau (Everything must go 1996 – The Masses Against the Classes 2000 – Know Your Enemy 2001). Le contenu est largement à la hauteur ! Les préoccupations politiques et sociétales ( dégoût du consumérisme, de l’impérialisme britannique, de la globalisation libérale) côtoient des sujets plus personnels (mal-être de la jeunesse, drogue, suicide, cancer, anorexie…) dans un style d’une poésie rare et torturée ! Les références aux combats passés (syndicalistes, droits civiques, anti-apartheid,… ) fusent aux côtés d’hommages aux grandes figures de ceux-ci (Paul Leroy Robeson, Kevin Carter, Arthur Scargill,…).

Le groupe multiplie les concerts de soutien, notamment à l’Anti-Nazi League et au Socialist Labour Party, ainsi que les collaborations édifiantes (Tony Visconti, John Cale, Massive Attack, Nina Persson,…) !

En 1998 sort l’album This Is My Truth Tell Me Yours  sur lequel se trouve la chanson qui nous intéresse ! Elle est un hommage aux volontaires gallois qui partirent par centaines combattre dans les rangs des brigades internationales lors de la guerre d’Espagne. Son titre est tiré d’une affiche de l’époque figurant un enfant décédé, allongé dans les gravats d’un bombardement aérien perpétré par l’impitoyable Légion Condor allemande ! Cette seule phrase comme commentaire : If you tolerate this, your children will be next !! Un avertissement que l’Europe n’entendra pas !!

Le texte est ponctué d’allusions au livre « Homage to Catalonia » écrit en 1938 par un George Orwell de retour d’Espagne, grièvement blessé. La phrase du premier couplet « So if I can shot rabbits, then I can shoot fascists » est, quant à elle, tirée d’une interview reprise dans le livre « Miners against fascism » de Hywel Francis ; un volontaire y expliquait les raisons de son engagement.

Une autre époque, à n’en pas douter, dont les Manic Street Preachers s’inspirent constamment pour nourrir leurs indignations d’aujourd’hui !

JFS

SPECIAL AKA – Free Nelson Mandela (1984) (Protest Song of the Week #17)

Tout est dans le titre. Le morceau fut écrit en 1984 alors que Nelson Mandela est derrière les barreaux depuis 1962 et il n’en sortira que 6 années plus tard en 1990. Le groupe The Specials aussi connu sous le nom de Special AKA (à partir de 1981) est un groupe anglais assez peu connu chez nous mais qui s’est classé dans les charts anglais plus d’une fois. Leur musique est d’un genre hybride mais on peut les classer dans le rocksteady voir le ska avec une saveur punk vu que le groupe ne peut y échapper en se formant en 1977. Ils jouèrent même quelque fois en première partie des Clash (ah oui, faudrait qu’on en parle de The Clash un de ces jours !)

Le morceau « Free Nelson Mandela » qui deviendra 9ème dans les charts anglais (pas mal pour une protest song !) ne fut ni leur premier succès, ni leur seul morceau engagé. Nous vous suggérons d’écouter également « Racist friend » ou encore « Hey Little Rich Girl », repris des années plus tard par une autre punk, Amy Winhouse. Amaury G.

WOODY GUTHRIE – This Land Is Your Land (1944) (Protest Song of the Week #16)

Incontournable ! Woody Guthrie (1912-1967) n’est rien de moins qu’un des pères fondateurs du courant « protest » dans la musique américaine et spécialement de la musique folk vu l’époque. C’est lui qui inspirera Pete Seeger (dont nous parlerons bientôt) et plus tard Bob Dylan (dont nous avons déjà publié un morceau). Woody Guthrie a même fait de Dylan son fils spirituel, son digne successeur ! Quant à Pete Seeger, il collabora avec lui au travers des Almanac Singers mais cela ne durera pas car Guthrie était plutôt anarchiste et le reste des chanteurs protestataires de l’époque flirtaient davantage avec l’internationale communiste. Woodie Guthrie était donc un militant dont l’arme principale était sa guitare sur laquelle était affiché un sticker « This machine kills facsists ».

Le morceau « This land is your land » est le plus fameux de Guthrie et une protest song qui ne vieillit pas ! Ecrite en 1944 mais enregistrée en 1951, la chanson a connu quelques modifications durant sa vie. Le point de départ était de contrebalancer un morceau à la gloire des Etats-unis, bref, un hymne patriotique : God Bless America interprétée à l’époque par Kate Smith.

This land is your land, d’une part, prend le contrepied de ce morceau et dépend une image moins glorieuse de Etats-Unis et d’autre part, se veut un appel aux idées communistes. This land is your land est une autre manière de dire « la terre n’est à personne, les fruits sont à tous » comme disait Jean-Jacques Rousseau, communiste avant l’heure.

C’est ce qui ressort du couplet:  « There was a big high wall there that tried to stop me. The sign was painted, said ‘Private Property.’ But on the backside, it didn’t say nothing. This land was made for you and me. ». Ces paroles seront censures de nombreuses années, spécialement durant la période du Maccartisme (campagne de répression contre les communistes menée par le sénateur Mac Carthy entre 1950 et 1956).  Un autre couplet n’est quant à lui-même jamais sorti mais a été retrouvé dans les carnets de Guthrie après sa mort, laissant supposer qu’il se serait lui-même autocensuré pour éviter de se retrouver en prison !

One bright sunny morning in the shadow of the steeple,
by the relief office I saw my people.
As they stood hungry,
I stood there wondering if God blessed America for me.

Aujourd’hui le morceau est toujours présent dans les mémoires mais il demeure vivant au travers des reprises faites par des artistes comme Bruce Springsteen ou encore Tom Morello…d’ailleurs on vous suggère de jeter une oreille à sa performance lors de Occupy LA.  On adore l’intro : « si Obama n’a pas le courage de fermer Gunatanamo, il n’a qu’à y enfermer les banquiers de Wall Street, leur mettre une tenue orange et leur faire écouter Rage Against The Machine 24 heure sur 24… ». Amaury G.

 IBRAHIM MAALOUF  – Run the World (girls) (Protest Song of the Week #15)

Ibrahim Maalouf n’a pas à rougir dans l’ombre de son oncle, l’écrivain Amin Maalouf. Jeune trompettiste franco-libanais, son œuvre est à la fois magnifique sur la forme et sur le fond. Dans toute son œuvre, il est question d’identité et d’humanité. Ses deux derniers albums sont consacrés aux femmes. Kaltoum rend hommage à une femme connue dans le monde arabe, la diva égyptienne Oum Kalthoum. Red & Black Light sorti au même moment et dont est extrait notre Protest Song de la semaine, rend quant à lui hommage aux femmes de l’ombre. Le trompettiste parle d’ « une ode à la femme d’aujourd’hui et à son rôle fondateur et fondamental pour espérer un avenir meilleur ».

Femme et migration voilà ce qui traverse le morceau « Run the world (Girls) » (et oui, clin d’œil de référence au titre de Beyoncé). Dans un avenir proche fictif, les couples mixtes ne sont plus autorisés, il faut se cacher pour se rencontrer, où les personnes dites « différentes » doivent porter un badge de reconnaissance …Vision pessimiste et irréaliste de l’avenir ou cri d’alerte ? Aurions-nous cru il y a quelques années que l’Europe érigerait murs et barrières pour protéger ses frontières extérieurs mais aussi à l’intérieur de ces frontières, que les corps inertes sur les plages européennes se compteraient par milliers, que les partis d’extrême-droite continueraient leur ascension de manière aussi fulgurante, voir accèderaient au pouvoir comme c’est la cas en, Autriche, en Hongrie, que des mesures aussi sordides que confisquer les bijoux aux réfugiés (bref leur réserve économique) lors de leur passage aux frontières ou encore des accords de partenariat avec la Turquie où plus de réfugiés seront retenus hors de l’Europe, plus la Turquie se rapprochera des 28.

Dans le futur proche dessiné par Ibrahim Maalouf, il est question de résistance dans ce morceau et cette résistance est menées par des femmes, dans l’ombre…comme ce fût le cas pour toutes les luttes passées. Amaury G.

MC 5 – Kick out the jams (Protest Song of the Week #14)

Allez, un peu de rock Motherfucker ! C’est avec ce mot que les MC5 introduisent le titre Kick Out The Jams : “It’s time to kick out the jams  motherfuckers !” . En 1968, lors de sa sortie, le label Elektra anticipe la censure et sort un single parallèle ou motherfuckers est substituer par un très poli : Brother and Sisters. On vous laisse deviner  la version qui passa sur les ondes à l’époque.

Bon ce n’est pas parce qu’il s’ouvre avec un gros mot que ce morceau est retenu dans notre playlist évidemment. Les MC5 est un groupe de rock, type garage band, qui se voudra être le pendant musical du Black Panther Party (BPP). Le manager du groupe, John Sinclair, met en place le White Panther Party (WPP) et ils élaborent un programme en 10 points dont le premier est : plein soutien au programme en dix points des Black Panthers.

Kick Out The jams joue sur l’ambivalence de l’expression. Balance la sauce ! Certains y verraient une allusion sexuelle, d’autre un appel à vraiment se lâcher sur scène et une critique des groupes de rock qui jouent dans la retenue, en vérité c’est avant tout un appel à « Kick Out » toutes les restrictions de liberté. Ce y compris les leaders politiques. Le dernier des 10 points du programme du WPP était : Libérer les peuples de leurs leaders – rien à foutre des leaders – tout le pouvoir au peuple. La liberté, c’est de libérer tout le monde !

Bref, du mouvement pour les droits civiques en  1968 à Nuit Debout en 2016, les cris du MC5 sont éternels ! Amaury G.

NASS EL GHIWAN – Fine Radi Biya Khouya (Protest Song of the Week #13)

Nass El Ghiwane est un groupe musical marocain, né dans les années 1970 à Casablanca dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville. Leurs textes sont frondeurs et sans merci pour l’idéologie dominante. Le groupe fait revivre la poésie, les proverbes et les dictons populaires, à coup de rythmes empruntés aux confréries et de sonorités qui rappellent celles usitées dans les villages de l’Atlas.

Grâce à leurs paroles engagées et poétiques reflétant les malaises de la jeunesse marocaine de l’époque, associé à  des rythmes puissants, ils ont révolutionné la musique marocaine et maghrébine et laissé une marque indélébile dans le paysage culturel du pays. Martin Scorsese a qualifié le groupe de « Rolling Stones de l’Afrique ». Le réalisateur acheta les droits d’auteurs du morceau « Ya Sah »  pour l’inclure dans la bande originale de « La Dernière Tentation du Christ » (LE film controversé des années 80’ !).

« Fine Radi Biya Khouya », une chanson issue de leur immense répertoire, a  longtemps été interdite sur les ondes marocaines, sous le règne de Hassan II, pour finir aujourd’hui, comme patrimoine musical de tous les marocain.e.s. La prochaine fois que vous montez dans un taxi au Maroc, il y a de fortes chances pour que votre chauffeur ait, dans sa boite à gants, une cassette de Nass el Ghiwan à vous faire écouter…

 Un extrait des paroles « Ô toi, qui es-tu loup dans les bois, qui remplit la nuit de ses hurlements ? « Ô mon temps, pourquoi tu n’es pas droit, et de quelle raison es-tu devenu boiteux ? Moi, tous les humains je les aime, je les aime, mais ceux qui me suffoquent ne me laissent pas m’exprimer. Où m’emmènes-tu frère, où m’emmène tu? Coup après coup, qui arrêtera le massacre ? Ne nous reprochez pas alors notre exil » Hélène B.

 

 POSITIVE BLACK SOUL – Présidents d’Afrique (Protest Song of the Week #12)

Positive Black Soul est un groupe de rap sénégalais actif principalement dans les années 1990’, refusant de céder à la « tentation » du gangsta rap : au moment où les chroniques occidentales font leurs choux gras avec le SIDA, les famines,  la misère, les guerres tribales traversant leur continent,  les deux acolytes se montrent déterminés à présenter l’autre face de l’Afrique, à travers une parole plus consciente, réaliste et politique.  PBS véhicule son optimisme en se référant à des philosophes comme Kocc Barma Fall, Amadou Hampâté Bâ ou encore à l’homme politique et africaniste convaincu Kwame Nkrumah. C’est ainsi que les proverbes africains fusent dans leurs textes.

Sur la chanson ‘Présidents d’Afrique’ (1995), les rappeurs dénoncent les régimes politiques africains autoritaires soutenus par l’Occident.

Salaam/ Je suis Amadou alias Doug E Tee/Le Président d’Afrique/(…) Car ce fut d’une banalité/(…) Que je me suis retrouvé élu par la grande majorité/Normal/ Car pour ma campagne électorale/Je fis appel à des experts en méthode endoctrinale/(…) Les divergences éliminées et les consciences/Illuminées/(…) Nous entrons dans le vif du sujet/Les 10 % ne collaborant avec moi le Président/sont blancs/Dans la conspiration malheureusement/

Le PBS n’a cessé d’appeler à l’optimiste qui exige de se prendre en main et lance une philosophie d’action dans un environnement de crise : si l’État échoue, il ne faut pas l’attendre, car le statu quo est le pire des ennemis de l’homme d’action. L’attitude « Boul Falé » (titre de leur premier EP) commence à modeler une bonne frange de la jeunesse sénégalaise : dans la rue, les jeunes s’organisent en associations et s’adonnent à des travaux de voirie comme avec l’organisation des « Set Sétal » (nettoyage de la rue).

Datés, les PBS ? (ben oui, c’est dans les années 90’ que votre auteure entend parler d’eux lors d’un projet international au Sénégal avec Quinoa !) ? Que nenni : les papas du rap sénégalais ont fêté leurs 25 ans d’existence en 2015, avec un nouvel album « PBS

25 », plus engagé que jamais ! Hélène B.

 

GILBERTO GIL – Calice (Protest Song of the Week #11)

Originaire de Salvador de Bahia (Le cœur battant de la revendication de la conscience noire au Brésil) activiste depuis l’adolescence, Gilberto Gil se définit comme un ‘chroniqueur de la rue’. A la fin des années 1960, il s’implique dans la résistance contre la dictature militaire au Brésil, revendiquant le droit à la liberté et au vote. En 1969, il est emprisonné avec  Caetano Veloso avant d’être envoyé en exil.

Conseiller municipal à Salvador, de 1989 à 1992, il défend la cause écologiste. Il a aussi été ministre de la culture aux côtés du président Lula de 2003 à 2008. Il dit n’avoir jamais distingué l’art et la politique (et n’a d’ailleurs jamais cessé de jouer sa musique durant ses différents mandats), qui sont pour lui deux formes d’expression de la citoyenneté, de l’engagement. Selon lui, les deux peuvent même être complémentaires : un politicien a la possibilité de faire bouger les choses en changeant les lois. L’artiste, lui, influence indirectement les gens. Il propose une sorte de troisième voie pour élargir la conscience. « Cálice » pour « calice » ou pour « tais-toi » (« cale-se »). Tel est le jeu de mot de cette chanson critiquant le manque de liberté d’expression pendant la dictature brésilienne : un seul mot concentrant toute la douleur et la répression environnantes… A écouter ci-dessous, un extrait du concert PHONO 73 à São Paulo en 1973. Cette chanson étant considérée comme subversive par la dictature, Chico Buarque et Gilberto Gil la chantent avec des  paroles modifiées. Malgré tout, le micro de Chico Buarque sera coupé… Hélène B.

SOFIA ASHRAF – Koidaikanal won’t (Protest Song of the Week #10)

L’ode écologiste Kodaikanal Won’t,  de la rappeuse indienne Sofia Ashraf (samplée d’ »Anaconda », de Nicki Minaj !),  dénonce les pratiques de la multinationale Unilever et de son usine de thermomètres implantée à Kodaïkanal, ville du Tamil Nadu, qui pollue le sol et empoisonne ses ouvriers avec des émanations de mercure. Après des années de manifestations, sans réaction de la part de Unilever, la jeune indienne ramène le scandale sur le devant de la scène, en musique, en 2015. La MC indienne s’était déjà attaquée en 2008 au géant mondial de la fabrication de produits chimiques Dow avec « Don’t Work For Dow », lui reprochant d’être responsable de la catastrophe de Bhopal en décembre 1984, où une usine de pesticides avait explosé causant la mort de plus de 3000 personnes. En mars 2016, Uniliver accepte d’indemniser ses anciens ouvriers. Victoire ? Une chose est sûre, la chanson de Sofia Ashraf, visionnée et relayée plusieurs millions de fois a dû chatouiller les tympans de la multinationale… Hélène B.

A lire : Sofia Ashraf, rappeuse indienne qui s’attaque à Unilever

 

PATTi SMITH (featuring Thom Yorke, Flea)People have the Power (Protest Song of the Week #9)

Dans le cadre des mobilisations lors de la COP 21, Patty Smith s’est unie à Thom Yorke (Radiohead) et Flea (Red Hot Chili Pepers) pour reprendre un de ses grands classiques « People have the Power ». Les quelques mots d’introduction de Patty Smith sont à savourer «  Soyons tous activistes pour qu’il n’y ai pas assez de prisons pour nous tous….Take the fucking streets ! » Amaury G.

LE TIGRE – Hot topic Lyrics (Protest Song of the Week #8)

Le Tigre mélange un fort message politique revendicatif féministe avec de la musique électronique et des rythmes punk. Kathleen Hanna, leader du groupe fut membre de riot grrrl, mouvement musical à la croisée du punk rock et du rock alternatif ayant émergé au début des années 1990, autour de Portland, aux États-Unis. Les groupes associés au mouvement riot grrrl dénoncent les problèmes liés notamment au viol, à la violence domestique, la sexualité, le racisme…. Bien plus qu’une scène musicale indépendante, riot grrrl s’implique également et notamment dans d’autres thèmes comme l’art et les actions politiques. Les riot grrrls tiennent également des conférences, organisent et soutiennent la place des femmes dans la musique. Pour « parfaire » votre éducation féministe écoutez le morceau « Hot Topic » !  Kathleen Hanna et ses acolytes listent une série  d’artistes, musicien.ne.s, écrivain.e.s -Angela Davis, Yoko Ono, Joan Jett, Nina Simone…-, dont le travail a inspiré le groupe. Ceci est ponctué par Hanna implorant ces artistes de continuer : «Tant de conneries, mais on ne cédera pas / Ne vous arrêtez pas / Je ne peux pas vivre si vous arrêtez ».

Et comme on n’est jamais à l’abri de ‘petits’ paradoxes, le passage de le Tigre chez Universal -après avoir sorti plusieurs disques sur différents labels indé.- et l’utilisation de leurs chansons dans des publicités a suscité l’émoi au sein de la communauté punk…

A écouter aussi : le titre « New Kicks » contenant des extraits de slogans de la marche ‘The World Says No To War’ (2003), s’en prenent aux attaques américaines en Irak. Hélène B.

 ZEID HAMDAN – Général Suleiman (Protest Song of the Week #7)

C’est avec sa chanson General Suleiman (en référence à Michel Suleiman, à la tête de l’armée libanaise et élu président en 2008) que Zeid Hamdan s’attire les foudres des autorités libanaises au point de passer une journée en garde à vue. Il sera rapidement ‘libéré’, suite, selon lui, à l’énorme mobilisation citoyenne dont son cas a fait l’objet. La chanson dénonce, sur un rythme reggae irrésistible (si-si écoutez), le militarisme, la corruption, les milices, l’ingérence des pays étrangers et des services de renseignement… et se termine par « General Go Home! » (« Général, rentre chez toi ! »). C’est cette ultime phrase « diffamante » qui a valu à Zeid Hamdan son arrestation. L’artiste déplore, à la suite de cet incident « le climat de censure et d’atteintes aux libertés » alors que selon lui, « le Liban doit rester un exemple en matière de combat pour la liberté et le précurseur des soulèvements démocratiques arabes ». Et pour ne rien gâcher, le clip place à l’honneur la ville de Beyrouth et surtout sa jeune génération ‘d’après-guerre’ qui vogue, encore aujourd’hui, entre l’envie vibrante de s’émanciper et un climat politique complètement instable… Conclusion, un bon morceau de reggae peut avoir une force de frappe inattendue ! Hélène Baquet

GENERAL SULEIMAN – Zeid and the Wings from Gigi Roccati on Vimeo.

 

GIL SCOTT-HERON – The revolution will not be televised (Protest Song of the Week #6)

Poème -devenu chanson en 1970- de Gil Scott-Heron, « The Revolution will not be televised » (« La Revolution ne sera pas televisee ») fustige le consumérisme etasunien et les médias de masse, tout en se plaçant dans la droite lignée du Mouvement des droits civiques. Les paroles font référence aux séries télévisées américaines, aux slogans des pubs en vogue, aux icônes du show-business, aux actualités, bref, a tout ce que ‘la révolution ne sera pas’ . Soyez en dès lors averti.e.s, la révolution ‘ne vous fera pas paraitre plus svelte’, ‘ne donnera pas plus de sex-appeal à votre bouche’, ‘ne vous sera pas servie par Xerox’, ‘ne vous montrera pas Nixon soufflant dans un clairon’, ‘ne passera pas mieux avec un peu de Coca-Cola’ et ‘ne combattra pas les germes responsables d’une mauvaise haleine’… Le titre de la chanson est un slogan populaire au sein du mouvement ‘Black Power’ naissant (on attribue sa paternité a Stokely Carmichael, figure de proue des ‘Black Panthers’). L’heure n’est plus à la non-violence et à l’universalisme d’un Martin Luther King (d’ailleurs assassiné en 1968, deux ans avant la sortie de cette chanson) mais plutôt au nationalisme ‘noir’ prêché par Malcolm X au sein de Nation of İslam.

Le phrase de Scott-Heron sur la chanson annonce par ailleurs un nouveau genre naissant, bien vite popularisé au cœur des cités : le rap. « The Revolution will not be televised » sera d’ailleurs reprise par les « Last Poets », autre grand groupe précurseur du mouvement hip hop à venir.  Leurs instrumentations usent volontiers de congas, bongos, et autres percussions africaines et leurs textes sont des pamphlets brulants contre la suprématie blanche toujours bien présente dans la société américaine. Leur célèbre « Niggers are scared of Revolution » est une illustration de leur style acerbe et sans concessions. Dans les années qui suivent, ils seront nombreux a rendre hommage a Scott-Heron en samplant ou citant les paroles de sa chanson : Public Enemy, Common, KRS-One (regrettablement, dans une publicité pour Nike !) et le Wu-Tang Clan, parmi certains des plus grands noms. Harika Ronse

PHIL OCHS – What are you fighting for? (Protest Song of the Week #5)

Phil Ochs est bien moins connu que Woody Guthrie ou Pete Seeger qui l’ont inspiré. Ses chansons sont pourtant dans le même esprit, et il y ajoute même de l’humour comme dans sa fameuse Love me I’m a liberal. Mais aujourd’hui on vous présente What are you fighting for ? En pleine guerre du Vietnam cette protest song vise à questionner les raisons qui poussent les jeunes à partir à la guerre, elle dénonce la propagande fournie par les médias et les hommes politiques. Par ailleurs, à la fin de la chanson il adresse également cette question du « what are you fighting for » aux policiers qui répriment les manifestants aux Etats-Unis, lorsqu’il dit : « And tell police about your rights as they drag you down, And ask them as they lead you to some deserted door, Yes, I know you’re set for fightin’, but what are you fightin’ for? » Phil Ochs s’est déclaré profondément bouleversé par la répression policière lors des manifestations pacifiques de 1968 à Chicago…ce sont ces violences qui l’ont fait passer de « social-démocrate » à « révolutionnaire »…comme quoi la répression, ça marche pas toujours ! Amaury G.

 

CALLE 13 – Latinoamerica (Protest Song of the Week #4)

Les portoricains de Calle 13 font déambuler leur projet entre le hip-hop, le reggaeton et plus récemment de nuances de folk…. mais, sur le fond, ce sont des textes engagés sans détours qui forment la continuité de leur chemin. Le morceau choisi aujourd’hui est consacré au continent latino-américain. Difficile de ne pas frissonner à l’écoute de ce morceau dans lequel l’Amérique Latine s’adresse à nous en personne. Elle se présente au travers des violences qui lui sont infligées mais aussi sur sa capacité à résister ! « Je suis une usine à fumée, une main d’œuvre paysanne pour ta consommation, je suis la photo d’un disparu, Le sang dans tes veines, je suis un morceau de terre qui en vaut la peine, un panier rempli de haricots. »…bon en espagnol, ça donne beaucoup mieux ! Depuis 2012, Calle 13 prend de la hauteur sur les luttes du continent latino et acquiert définitivement une place importante au cœur des groupes contestataires internationaux. Amaury G.

BILLIE HOLIDAY – Strange Fruit (Protest Song of the Week #3)

Tirée d’un poème d’Abel Meeropol et interprétée dès 1939 par Billie Holiday, “Strange Fruit” fut qualifiée de “chanson la plus moche du monde” par Nina Simone. « Moche » par ce qu’elle décrit. « Moche » comme le racisme, qui divise, sépare, tue. « Moche » car elle relate, d’une manière qui prend aux tripes, ce que les Afro-Américain-es ont pu vivre aux États-Unis, il n’y a pas si longtemps que ça…

İl suffit de s’imaginer dans le bar newyorkais ou Billie Holliday chantait cette chanson, à 23 ans. Elle la réservait pour la fin de son set. Toutes les lampes devaient s’éteindre, les serveurs interrompre leur service tandis que les projecteurs se braquaient sur elle. Chacun retenait son souffle, au fur et à mesure que les paroles se dévoilaient.

Comme une caméra qui effectue un lent travelling, le portrait de cet étrange fruit se dévoile peu à peu à l’auditeur-trice : cette “amère récolte” qui pend sur sa branche, n’est autre que le corps d’un Afro-Américain lynché au bout d’une corde, victime de la haine raciale. Le contraste entre le paysage bucolique et l’horreur de cet acte s’imprègne dans les mémoires : « Scène pastorale du vaillant Sud, Les yeux exorbités et la bouche tordue, Parfum du magnolia doux et frais, Puis une soudaine odeur de chair brûlée ».

Cette protest song est la première dans l’histoire des États-Unis à sortir du cadre du militantisme politique, pour se draper d’un voile artistique. Musique de ‘propagande’ selon le Time magazine en 1939, “Strange fruit” sera finalement élue “chanson du siècle” par le même magazine, 60 ans plus tard. Harika Ronse

BOB DYLAN – Masters of war (Protest Song of the Week #2)

Parce que tous les discours politiques dénonçant le terrorisme omettent toujours de préciser que les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont les principaux marchands d’armes au monde…. et que la Belgique n’est d’ailleurs pas en reste (voir la carte blanche ci-dessous !)… On laisse la parole à Bob! Amaury G.

Lisez la carte blanche de Naïma Regueras -CNAPD- « Les armes wallonnes et l’Arabie saoudite » parue sur Rtbf.be en janvier.

RAGE AGAINST THE MACHINE – People of the Sun (Protest Song of the Week # 1 )

On commence par du Rock ! Un morceau du mythique groupe de rock Rage Against The Machine portant sur le mouvement zapatiste, un mouvement insurrectionnel du Sud du Mexique. Le clip révèle quantité d’informations sur la domination exercée contre les communautés « indigènes » et ce depuis plus de 5 siècles. Il met également en avant le mouvement zapatiste qui n’a pas commencé en 1994 avec le soulèvement de l’EZLN mais bien au début du 20ème siècle avec le front révolutionnaire mené par Emiliano Zapata durant la guerre d’indépendance. Que cela ne nous empêche pas de faire un petit hommage à nos amis zapatistes qui fêtent en ce début d’année leurs 22 ans de résistance ! Viva Zapata ! Amaury Ghijselings

Le mouvement zapatiste vous intéresse ? Jetez donc un coup d’oeil à notre formation BRICO (brigade civile d’observation) !