Newsletter 2007/1 : Avant que le puits ne s’assèche…

Sommaire

  • Edito
  • Des faits et des chiffres Riccardo Petrella : in solido : responsables ensembles pour l’eau !
  • L’Amece : penser le présent pour garantir l’avenir.
  • Quand démocratie et environnement se conjuguent au même temps…
  • La gestion d’une source sacrée en pays Fon
  • Le sacré : une pratique durable ?
  • La pénurie d’eau au Bénin : quel avenir pour les femmes et les enfants ?
  • L’arbre à palabres…
  • Parler c’est bien, agir c’est mieux !

Edito

Du Il était une fois l’eau

Il était une fois une planète bleue… Couverte d’un liquide dont l’Homme disait qu’il était vital et irremplaçable. Un liquide que l’on croyait disponible à profusion, il y en avait pour tous et en tout temps. Il tombait du ciel et jaillissait de la terre, courait le long des collines, s’écrasait sur les rochers et s’immiscait dans les fissures de nos maisons.

Il était une fois l’eau.

Quinoa a choisi d’habiller sa Newsletter de bleu et de vous présenter quelques unes des multiples facettes relatives à la problématique de l’eau. Par le biais de cette Newsletter, Quinoa veut unir sa voix à toutes celles qui, depuis longtemps déjà, crient au danger face à la catastrophe mondiale que s’apprêtent à vivre nos enfants et les enfants de nos enfants : le manque crucial d’eau pour près d’1/3 de la population mondiale et les tensions qui en découleront.

Un vieux proverbe français dit « C’est quand le puits est sec que l’eau devient richesse ». Les quelques articles qui suivent, quoi que conjugués à des temps différents (socio-culturel avec nos partenaires béninois, politico-financier avec entre autre Riccardo Petrella ou tout simplement magique sous L’arbre à palabres…) disent tous une même vérité : il est de notre devoir, aujourd’hui, de ne pas laisser aux enfants de demain un puits sec et une eau aussi rare que le diamant.

Bon rafraîchissement !

Des faits et des chiffres

Les enjeux de l’eau [1]

L’eau est, avec l’air, l’élément même de la vie : elle est à l’origine de la vie sur Terre et toute société se développe en fonction de l’eau dont elle dispose. Pour certaines personnes, la crise de l’eau signifie parcourir chaque jour de longues distances à pied afin de collecter suffisamment d’eau – propre ou insalubre – pour survivre. Pour d’autres, cela signifie souffrir d’une malnutrition évitable ou de maladies provoquées par les sécheresses, les inondations ou des systèmes d’assainissement inappropriés. Pour d’autres encore, c’est le manque de financements, d’institutions ou de connaissances qui empêche de résoudre les problèmes locaux liés à l’utilisation et à la répartition des ressources en eau.

Aujourd’hui, au 21e siècle, plus de 1,1 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à l’eau potable et plus de 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des systèmes d’assainissement suffisants. En conséquence, chaque année plus de 2 milliards d’être humains tombent malades parce qu’ils ont consommé de l’eau insalubre et 2,2 millions de personnes en meurent.

En effet, nous polluons massivement les eaux de surface et, en conséquence, nous pompons les eaux souterraines plus rapidement que leur taux de renouvellement. L’accès inégal aux ressources en eau et une diminution de ces ressources représentent une menace majeure pour l’humanité.

Il est indiscutable que l’eau est l’un des enjeux du 21è siècle, car les ressources en eau douce sont de plus en plus sollicitées. Cette évolution est liée, d’une part, à l’augmentation de la consommation et à la croissance de la population, d’autre part, aux atteintes portées à l’eau douce tels les pollutions, l’irrigation mal maîtrisée et le gaspillage. Individus, collectivités, Etats, institutions internationales, secteurs économiques, scientifiques, tous sont concernés par les choix relatifs à l’eau qu’il s’agisse de la privatisation, de l’irrigation, de la construction de barrages…

L’offre et la demande en eau [2]

L’eau douce est une ressource naturelle dont la partie utilisable par l’homme est limitée. Cela signifie qu’il faut la gérer comme un capital  : un stock dont on doit préserver la quantité et les qualités. L’eau douce contenue dans les nappes souterraines et dans les cours d’eau provient toujours des précipitations atmosphériques : la pluie et la neige. Plus de la moitié de l’eau qui atteint le sol retourne à l’atmosphère en s’évaporant directement. Une partie de l’eau de pluie est interceptée dans le sol par les végétaux qui eux aussi transpirent, on parle d’évapo-transpiration. Une autre partie de l’eau s’infiltre dans le sol et alimente les nappes aquifères. Le reste circule dans les eaux de surface : les zones naturelles humides, les plans d’eau et les cours d’eau.

Il est estimé que moins de 1% de toute l’eau douce est utilisable par l’homme (le reste étant capté dans les glaciers et la calotte glacière). La quantité d’eau disponible pour l’homme est estimée à 12.500 km³ par an et la consommation actuelle dépasse les 3.700 km³ par an. Les trois secteurs qui consomment le plus d’eau sont l’agriculture (70%), l’industrie (19%) et le municipal et résidentiel (9%). Depuis 1960, l’utilisation d’eau pour l’irrigation a augmenté de 70%.

D’après le World Water Council, en 2025, l’eau disponible pour la consommation par l’homme va diminuer à 5.100 km³ par personne par an. Cette diminution est due à l’augmentation de la population et de l’industrialisation.

La quantité d’eau dans une région dépend très étroitement du climat. Les précipitations sont souvent irrégulières et mal réparties.

Les trois-quarts des précipitations annuelles se produisent dans les zones contenant moins d’un tiers de la population, tandis que les deux-tiers de la population vivent) dans des zones qui reçoivent seulement un quart des précipitations annuelles. Par exemple, le fleuve Congo et ses affluents reçoivent 30% des écoulements d’eau du continent africain mais ce bassin n’accueille que 10% de la population africaine. Les ressources en eau chutent également au Vietnam, au Pakistan et en Inde, où des paysans surexploitent les eaux souterraines car ils ne peuvent pas utiliser 75% des eaux de surface qui sont trop polluées et impropres à la consommation. 90% des eaux souterraines sous les villes chinoises sont contaminées. La situation n’est guère meilleure au Moyen Orient et en Amérique Latine. La pollution massive des eaux de surface fait que les pauvres n’ont pas les moyens de payer l’eau traitée et donc, par exemple, dans le bassin amazonien (qui détient plus de 20% des réserves de ce continent), plus de 130 millions d’habitants n’ont pas l’eau potable domestique et seulement 86 millions, moins du tiers de la population, sont branchés à un réseau sanitaire correct.

Dans les pays en voie de développement, l’approvisionnement en eau se fait lors des pluies saisonnières (Moonsoon en Inde). Ces précipitations s’écoulent trop rapidement et souvent, par manque de moyens de stockage appropriés, on ne peut utiliser que 20% de l’eau écoulée.

L’approvisionnement en eau peut aussi varier d’une année à l’autre à cause des variations du climat, comme par exemple le phénomène El Niño.

L’International Water Management Institute estime que 26 pays, dont 11 en Afrique, se trouvent en situation de pénurie d’eau. Par pénurie en eau, ils entendent pénurie physique et économique. On parle de pénurie physique quand la consommation d’eau excède 60% de l’eau disponible. Ceci implique que les ressources en eau ne sont pas suffisantes pour combler les demandes en eau des secteurs de l’agriculture, de l’industrie et du domestique. On parle de pénurie économique lorsqu’un pays possède assez de ressources en eau pour subvenir à ses besoins mais nécessite des infrastructures additionnelles pour le stockage et le transport de l’eau. Ceci implique un développement coûteux des infrastructures.

Droit à l’eau – Privatisation [3]

De la Bolivie vers le Ghana et les Philippines, du Royaume-Uni vers les Etats Unis et le Canada, un marché de l’industrie de l’eau s’est rapidement ouvert. Ce marché qui, jusque récemment, était perçu, dans la plupart des régions du monde, non comme une mine d’or pour des sociétés anonymes mais comme un service public, est en train de se développer très rapidement. En 2004, 7% des systèmes d’eau étaient exploités par des multinationales et ce chiffre pourrait augmenter jusqu’à 17% en 2015 selon certaines études. Les opportunités de profit sont impressionnantes : l’édition de mai 2000 du magasine « Fortune », annonce que le marché de l’eau pourrait devenir « une des plus grandes opportunités financières mondiales » et que ce marché « promet d’être, au 21ème siècle, ce que l’huile était au 20ème. »

Durant les années 90, beaucoup de pays en voie de développement ont été obligés de privatiser les services de l’eau sous la pression de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. En effet, cette privatisation était une condition clé afin d’obtenir des prêts dans le cadre des programmes d’ajustements structurels. Cette privatisation n’a pas seulement permis de répondre aux attentes concernant l’amélioration et l’élargissement des services d’approvisionnement et d’assainissement en eau mais a également généré, dans de nombreuses villes, une montée des prix de l’eau, sans oublier les promesses d’investissement non tenues.

Actuellement, quatre firmes privées européennes dominent l’alimentation privée en eau dans le monde entier, créant ainsi de nouvelles dépendances. Dans beaucoup de pays en voie de développement, le secteur de l’eau et ses institutions souffrent de fragmentation, de marginalisation et d’une capacité d’action trop faible.

Suite à ces privatisations massives, deux camps se sont formés.

  • Dans le premier : l’industrie mondiale de l’eau composée de compagnies de traitement et de distribution des eaux et des géants de l’eau en bouteille, ainsi que des institutions comme la Banque Mondiale et le FMI. On y retrouve également l’OMC qui protège les intérêts de ces compagnies à travers des mesures contraignantes et, enfin, beaucoup de gouvernements. Ces intérêts se sont associés, il y a une décennie, pour former le Forum Mondial de l’eau. L’objectif de ce forum est de promouvoir la privatisation et la gestion de l’eau. Ses membres considèrent l’eau comme un bien comparable au pétrole et au gaz, une nouvelle source de revenus.
  • Dans le second, ces quinze dernières années, face à ces politiques de privatisation, des victoires ont été obtenues par les mouvements sociaux des pays du Sud comme en Bolivie, en Uruguay et au Venezuela. Des résolutions ont été prises lors des Forums Alternatifs Mondiaux de l’Eau et des Forums Sociaux Mondiaux (Porto Alegre, Bombay, Bamako, Caracas)
    Elles sont basées généralement sur quatre principes :

    • La reconnaissance formelle du droit à l’eau en tant que droit humain universel dans les statuts des collectivités locales, dans les constitutions des États, dans les conventions internationales sur les droits humains, sociaux, économiques et culturels ;
    • La reconnaissance de l’eau en tant que bien commun public mondial, patrimoine de l’humanité, échappant à toute forme de marchandisation et dont la gestion doit être assurée par des règles et des institutions de nature publique excluant toute privatisation ;
    • L’urgence d’une ingénierie financière fondée sur le principe du financement public des coûts liés à la concrétisation de l’accès à l’eau pour tous avant 2020 ;
    • La promotion, à partir de l’eau, de formes avancées de démocratie participative sur le plan local, régional et national et de démocratie effective au plan international et mondial, moyens fondamentaux pour prévenir les guerres de l’eau et garantir la sécurité d’existence à tout le monde dans la paix.

D’autres instances politiques et institutionnelles comme le Parlement Européen, ont pris des positions clairement favorables à la reconnaissance du droit humain à l’eau et de l’eau comme bien commun.

Accès à l’eau propre

La santé humaine est inextricablement liée aux ressources en eau. On estime que près de 30.000 personnes meurent chaque jour de maladies dues à l’absence d’eau potable et de services d’hygiène. En 2002, les maladies diarrhéiques et la malaria ont fait respectivement 1,8 et 1,3 millions de morts. Les victimes étaient essentiellement des enfants de moins de 5 ans. Selon l’ONU, 1.7 millions de décès pourraient être évités en fournissant un accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène.

Les causes principales de ces maladies sont l’absence d’accès à l’eau potable, de services sanitaires et d’hygiène ainsi que des pratiques inappropriées en matière de gestion de l’eau. La pollution chimique des eaux de surface, causée essentiellement par l’agriculture, constitue également un danger pour la santé.

L’accès à une eau propre est essentiel mais l’épuration des eaux usées constitue également un défi. Dans les pays en voie de développement, environ 90% des eaux usées ne sont pas épurées et se versent directement dans les rivières et les fleuves.

La ville de Bruxelles possède deux stations d’épuration opérationnelle :la station d’épuration Bruxelles-Sud et la station de Bruxelles-Nord, opérationnelle depuis mars 2007. La station d’épuration Sud est opérationnelle depuis le 1er août 2000, elle est d’une capacité de 360.000 équivalents-habitants et assure l’épuration des eaux usées du sous-bassin sud. La station Nord est d’une capacité de 1.100.000 équivalents-habitants. Elle assure l’épuration des eaux usées des sous-bassins Nord et de la Woluwe.

Types de pollutions

La pollution des eaux augmente sensiblement. Avec le développement et la concentration des populations, les pollutions rejetées, industrielles bien sûr, mais aussi domestiques et presque partout agricoles, créent, au moins localement, des situations dangereuses pour l’hygiène et la santé humaine et empêchent la réutilisation successive de la ressource de l’amont vers l’aval et dans les nappes. Le traitement des rejets, permettant la réutilisation des eaux épurées, est une nécessité, notamment dans les pays émergeants.

La pollution aquatique a pour origines principales : l’activité humaine (pollution domestique), les industries (pollution industrielle) et l’agriculture (pollution agricole).

La pollution domestique provient des utilisations quotidiennes de l’eau à la maison : eaux des toilettes, eaux savonneuses rejetées avec les lessives, les bains ou la vaisselle, les produits versés dans les éviers… A cela il faut ajouter les eaux usées rejetées (effluents) par les installations collectives, telles que les hôpitaux, les écoles, les commerces, les hôtels et restaurants, etc.
La pollution agricole est causée par les engrais et pesticides mal utilisés qui polluent les eaux souterraines (en s’infiltrant dans le sol avec l’eau de pluie et d’arrosage) et de surface (en ruisselant). L’emploi excessif d’engrais a fait sensiblement augmenter la quantité de nitrate dans les rivières et nappes phréatiques peu profondes. La pollution agricole figure au premier rang des pollutions de l’eau.

La pollution industrielle est caractérisée par une très grande diversité de rejets, suivant l’utilisation qui est faite de l’eau au cours du processus industriel. Selon l’activité industrielle, on va donc retrouver des pollutions aussi diverses que :

  • des matières organiques et des graisses (abattoirs, industries agro-alimentaires…),
  • des hydrocarbures (industries pétrolières, transports),
  • des métaux (traitements de surface, métallurgie),
  • des acides, bases, produits chimiques divers (industries chimiques, tanneries…),
  • des eaux chaudes (circuits de refroidissement des centrales thermiques),
  • des matières radioactives (centrales nucléaires, traitement des déchets radioactifs).

Les émissions annuelles de dioxyde de carbone représentent, par personne, en moyenne, 11kg de dioxyde de carbone, dont 4 kg sont absorbés par les océans. Une fois absorbé, ce dioxyde de carbone, combiné à l’eau de mer, contribue à l’acidification des océans. D’après une étude d’une équipe internationale d’océanographes (publiée dans le magazine « Nature »), d’ici 50 à 100 ans cette acidification pourrait avoir de graves conséquences sur les organismes des eaux froides comme les oursins, les coraux, les algues corallines,…

Eau en bouteille  [4]

Selon une étude publiée par Earth Policy Institute aux Etats Unis en 2004, environ 154 milliards de litres d’eau en bouteille ont été consommés, soit une augmentation de 58% depuis 1999. Ces chiffres sont alarmants car même dans les pays où l’eau du robinet est potable et saine, ce chiffre ne cesse de croître. De plus, l’eau en bouteille est plus chère que l’eau potable. En Belgique, l’eau du robinet est 5 fois moins chère que l’eau en bouteille.

En ce qui concerne la consommation, les Américains sont à la première place en 2004 avec 26 milliards de litres d’eau en bouteille consommés. Suivent les Mexicains (18 milliards de litres) puis les Chinois, les Brésiliens avec 12 milliards de litres chacun et l’Allemagne et l’Italie avec 10 milliards de litres. En 5 ans, la consommation totale a triplé en Inde et plus que doublé en Chine qui deviendra bientôt le premier pays consommateur de bouteilles d’eau en plastique. Bien sûr le poids démographique de ces pays joue dans la consommation totale et si l’on compare la consommation par personne et par an, les Italiens sont les plus gros buveurs d’eau en bouteille avec près de 184 litres, ce qu’ils expliquent d’ailleurs par la soit-disant qualité médiocre de l’eau du robinet. Viennent ensuite les Mexicains (169 litres), les Emirats (164 litres), les Belges et les Français avec 145 litres par an et par personne. La position de la Belgique dans ce palmarès tient davantage d’une peur infondée car la qualité de l’eau du robinet est très bonne.

La consommation d’eau en bouteille n’est pas sans conséquence car elle nécessite de l’énergie pour l’acheminement et la fabrication des bouteilles. Presque un quart des eaux mises en bouteilles traversent des frontières avant d’arriver à leur consommateur. En 2004, par exemple, Nord Water of Finland a embouteillé et expédié 1.4 million de litres d’eau du robinet jusqu’en Arabie Saoudite.

Les bouteilles en plastique sont en polyéthylène téréphtalate (PET), un dérivé du pétrole brut. A l’échelle mondiale, chaque année ce sont plus de 2,7 millions de tonnes de plastique qui sont nécessaires, ce qui n’est pas négligeable comme en témoigne la consommation américaine qui monopolise ainsi plus de 1,5 millions de barils de pétrole par an. La consommation d’eau mondiale crée une production de CO2 d’environ 50 millions de tonnes par an. Ajoutons au sujet du cycle de vie du produit, qu’en bout de chaîne il reste une bouteille en plastique ou en verre qu’il faut au mieux recycler localement ou au pire mettre en décharge (avec une dégradation qui peut durer plus de 500 ans).

La consommation d’eau en bouteille en Belgique a un impact sur l’environnement se traduisant par la production de 330.000 tonnes de CO2, 23 millions de kg de déchets de verre, 26 millions de kg de déchets plastiques. En plus des effets néfastes sur l’environnement, la mise en bouteille de l’eau se fait au détriment des ressources locales. C’est le cas par exemple de 50 villages en Inde où Coca Cola puisait de l’eau pour produire son eau Dasani ensuite exportée. Des cas similaires existent dans le Texas et dans la région des Grands Lacs américains où les ressources en eau s’épuisent rapidement.

De surcroît, environ 40% de l’eau distribuée en bouteille dans le monde est en fait de l’eau du robinet à laquelle ont été rajoutés des minéraux qui n’ont aucun effet bénéfiques prouvés pour la santé !

Si on compare différentes eaux en bouteille et l’eau du robinet, il en ressort que, pour certains paramètres, l’eau minérale obtient de moins bons scores que l’eau du robinet. Cela n’a rien d’étonnant vu que la composition de l’eau du robinet est strictement réglementée dans de nombreux pays alors que la réglementation de l’eau en bouteille est encore parfois inexistante ou alors très peu réglementée.

Il est évident qu’un accès à une eau potable et saine est essentiel mais l’eau en bouteille n’est pas la solution pour les 1.1 milliards de personne qui n’ont pas accès à celle-ci.

Si la moitié des 100 milliards de dollars que les riches ont dépensés en 2005 pour acheter des bouteilles d’eau était investie dans de bonnes infrastructures et systèmes de traitement, chaque être humain, aujourd’hui, aurait assez d’eau potable.

L’empreinte écologique de quelques produits

Il faut :

  • 16.000 litres pour produire 1kg de viande de bœuf ;
  • 3.000 litres d’eau pour un 1 kg de riz ;
  • 1.000 litres d’eau pour un 1 litre de lait ;
  • 900 litres d’eau pour un 1 kg de mais ;
  • 140 litres d’eau pour une tasse de café,…..

Informations rassemblées par l’équipe de Quinoa

[1] sources :

  • Portail de l’eau en Belgique (sponsorisé par Culligan, fabricant d’adoucisseurs d’eau) : www.eau.be

[2] sources :

[3] sources/liens :

[4] sources/liens :

Riccardo Petrella : in solido : responsables ensembles pour l’eau !

Du Interview de Anne Etienne, le 28 avril 2007

Son nom est désormais indissociable de la lutte pour la reconnaissance de l’eau comme bien commun. Nous ne pouvions nous passer de sa voix et espérions bénéficier de ses conseils… Economiste et politologue, Riccardo Petrella est le Secrétaire Général du Comité International pour un Contrat Mondial de l’Eau. Il est également Président de l’Université du Bien Commun et à la base du Manifeste de l’Eau conçut en 1997.
Riccardo Petrella étant un personnage aussi surchargé que disponible, une qualité rare, il nous a fait l’honneur, une heure durant, de revenir sur son combat et nous faire part de quelques pistes de réflexion pour avancer un peu plus encore dans le travail de sensibilisation.

Monsieur Petrella, pouvons-nous revenir sur le Manifeste de l’Eau et les avancées constatées depuis sa mise en place en 1997 ?

R.P. :Le Manifeste de l’eau a 4 grands principes :- La reconnaissance formelle du droit à l’accès à l’eau potable ET l’eau à usage plus général. Ce droit doit être individuel et collectif ! L’eau ne peut être considérée de manière différente selon qu’elle soit consommée ou utilisée pour l’agriculture par exemple ! L’eau c’est la vie, c’est donc aussi un droit humain ! Cela peut sembler simpliste comme constat mais cela vient en réponse aux projets mystificateurs de la société qui tente de faire admettre à tous l’idée que l’eau, autre que celle utilisée à des fins domestiques, puisse devenir une marchandise comme une autre.

- L’eau, en tant que bien essentiel et insubstituable pour la vie, faisant partie du domaine du droit en tant que bien commun public, ne peut pas être un bien public nationalisé. Or le droit public international reconnaît le caractère patrimonial de l’exploitation souveraine des ressources. L’eau ne devrait pas figurer parmi celles-ci. C’est en ça que le Manifeste vient s’opposer de front à la pratique dominante. Il est évident qu’il revient aux Etats (reconnus par la population) d’assurer une utilisation de l’eau qui soit à la fois juste pour sa population mais aussi non nuisible aux états voisins et à la planète dans son ensemble. La logique de propriété nationale sur l’eau ne peut de toute manière pas cadrer avec la réalité naturelle : un bassin ou nappe phréatique est souvent partagé par plusieurs nations, plusieurs territoires. Les nappes ne respectent pas les frontières ! Ce débat devient politiquement significatif et sous-tend une logique économico-politique complexe : la souveraineté patrimoniale en tant que pilier du droit international est brandie par plusieurs pays voisins : « Moi j’ai de l’eau toi du pétrole… Pourquoi aurais-tu le droit de me vendre ton pétrole alors que je perds mes droits sur l’eau qui constitue ma richesse ? » C’est ce qu’on appelle la quadrature du cercle ! Et c’est pourtant bien à ce niveau que le débat se situe et à ce niveau qu’il est important de trouver des pistes de solutions. Reconnaître l’accès à l’eau comme droit humain empêchera sa marchandisation, la reconnaître comme bien commun déjouera toute tentative de privatisation !

- Le troisième principe du Manisfeste de l’Eau est la mise sur pied d’un mécanisme qui garantisse le financement public de l’accès à l’eau. Si cet accès est un droit, il doit être pris en charge par la collectivité… Une collectivité non de consommateurs, mais bien de citoyens ! Ce qui n’arrange évidemment pas le monde financier désireux de tirer un maximum de profit d’un maximum de consommateurs ! Pourquoi l’armée serait-elle soutenue par le biais de la fiscalité et pas l’eau, agent vital de notre société ? Le problème est que, dans nos sociétés actuelles, on ne considère comme richesse que ce qui n’est pas accessible à tous. Certains de ceux qui paient pour leur propre école ou clinique privée ne voient plus l’intérêt de payer des taxes pour des hôpitaux publics dans lesquels ils n’iront sans doute jamais. Le financement public, alors considéré comme un acte de « solidarité » se transforme aux yeux des plus nantis en acte de « charité ». L’imaginaire collectif a oublié depuis longtemps l’étymologie du mot solidarité « in solido », qui en latin veut dire « responsable ensemble ». La problématique de l’eau et toutes les nécessaires remises en question structurelles qu’elle sous-tend vient exacerber cet aspect socio-économique de notre mode de fonctionnement en tant que citoyen. L’eau doit être une dépense publique, une responsabilité collective. Elle ne peut être considérée comme une dépense charitable à des fins sociales comme sont de plus en plus perçues les autres dépenses publiques !

- Le quatrième et dernier principe est simple : c’est la mise au cœur de tous les débats du citoyen en tant que tel !

Quelles ont été les grandes avancées ces dix dernières années ?

R.P. : Nous avons pu, grâce au Manifeste et aux associations qui se sont investies depuis tout ce temps avec nous, atteindre la conscience des gens et mettre à l’ordre du jour des agendas nationaux et internationaux cette question de l’eau. Jusque-là l’eau était seulement une question environnementale… On se questionnait beaucoup par rapport à l’état des rivières, d’un glacier, d’un lac, etc. Aujourd’hui, on a sorti l’eau de sa dimension environnementale pour la mettre dans le champ des droits. Avant on parlait beaucoup de problèmes de gestion de ressource nationale (« La culture de l’eau ! »). Maintenant, on comprend l’eau en termes politiques, vie et futur, mais aussi tous les risques qui peuvent en découler.

Un autre acquis est l’intensification des initiatives locales et internationales visant à la reconnaissance de l’accès à l’eau comme droit humain. Reconnaissance que nous n’avons pas encore obtenue et pour laquelle nous avons d’ailleurs l’intention, lors de la journée du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 2008, de mobiliser l’opinion publique et faire pression sur la classe politique pour que le droit à l’eau soit reconnu ce jour-là.

Notre combat contre la privatisation de l’eau n’a pas encore atteint le résultat escompté. Au Pays-Bas, en 2004 nous avons obtenu la promulgation d’une loi interdisant toute privatisation des sociétés de distribution d’eau mais cette loi ne concerne malheureusement pas les entreprises de traitements des eaux usées et égoûts. Cet objectif est difficile à atteindre également dans les domaines agricoles où on se bute aux grands mouvements corporatistes et consortia agricoles. Il faut savoir que l’agriculture actuelle est la principale consommatrice des réserves en eau douce de la planète (70% au niveau mondial dont une grande partie réservée à l’irrigation) et que cette utilisation est rarement facturée ou en tout cas dérisoire par rapport à l’eau consommée pour les usages domestiques.

La mise au cœur des débats des citoyens est un objectif que nous avons atteint et que nous continuons de poursuivre au travers, par exemple, des Parlements des jeunes pour l’eau (voir article )

La bataille pour le financement public est encore longue… On constate souvent que, plutôt que de passer par le citoyen en tant que contribuable, on laisse les sociétés privées s’appuyer sur lui en tant que consommateur. C’est, dés lors, une illusion de croire que nous ne payons rien ! La société privée s’assurera une marge bénéficiaire bien évidemment assumée par l’individu, vous et nous, pris comme consommateur et non comme citoyen. Cela veut dire que notre interlocuteur direct est le producteur et plus l’Etat… Or, tant qu’on laisse une logique privée réguler ces échanges, on ne pourra jamais justifier la reconnaissance de l’eau comme droit humain, et son statut de bien commun ! Ce financement privé annihile également toute reconnaissance du citoyen, pris dans son acception première, comme élément clé du système. Le citoyen est non seulement un moyen mais un objectif !

En résumé, les enjeux sont multiples et intègrent cette dimension citoyenne à plus d’un niveau :

 

  • Système et fiscalité mondiale sur l’eau,
  • Droit d’accès et principe de souveraineté,
  • Démocratisation et participation citoyenne : acceptation d’un système de financement public et de la création à long terme de Comités d’Elus et Conseils de Citoyens.

Quels sont, selon vous, les déclencheurs qui ont permis de faire prendre conscience au Nord de problèmes qui, jusque-là, étaient vus comme l’unique lot du Sud ?

R.P. : Cela a commencé par l’environnement : les gens prennent conscience, face à des événements comme les fortes chaleurs, le tsunami, etc, que cet enchaînement de catastrophes n’est plus le fait de simples accidents ! Ensuite, certaines minorités plus pauvres voient leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil du fait notamment des effets de la privatisation. Dans peu de temps, on sera également convaincu des conflits à venir liés à l’eau et de toute la dimension politique qu’elle recouvre ! Malheureusement, peu en sont là dans la réflexion. C’est actuellement une minorité pauvre qui réalise l’ampleur des dégâts face aux montants des factures qu’ils ne peuvent plus payer.

Selon vous, l’éducation (sous toute ses formes), dans le processus de sensibilisation à l’égard de l’eau, a-t-elle un rôle important à jouer ?

R.P. : Oui et non… Oui car il est évident que les sensibilisations et actions que vous et d’autres associations menent à l’égard d’un public scolarisé et/ou plus jeunes sont essentielles. Eduquer les enfants reste primordial. Non, car je pense malheureusement que la prise de conscience est égoïste. Je pense que c’est au niveau des adultes, confrontés à leur réalités financières que la prise de conscience aura des retombées concrètes, c’est de là que commencera le mouvement citoyen !

Comment une association comme Quinoa peut-elle rendre plus efficace son action au niveau local pour l’articuler de manière cohérente avec les actions globales ?

R.P. : Pour agir efficacement, il faut prendre conscience que la solution au problème de l’eau est en dehors de l’eau ! La bataille pour l’eau passe par une bataille pour les finances publiques. Se battre pour l’eau, c’est se battre pour une nouvelle fiscalité et cela ne peut pas seulement être endossé par une association. Il faut unir vos forces autour de questions plus globales comme la pauvreté, le capitalisme, les rapports entre Etats. Le succès relatif du Manifeste est lié au fait que nous avons fait sortir de son domaine strict notre combat et notre démarche de sensibilisation. Nous avons en fait démasqué le caractère structurel de l’eau ! Evidemment, la fiscalité et ces autres domaines sont toujours présentés par leurs promoteurs comme immuables et ils paraissent extrêmement rébarbatifs à aborder. C’est justement par les armes de la pédagogie et votre capacité de sortir de ces cadres présentés comme infranchissables que vous y arriverez ! Le va-et-vient systématique entre le général et le particulier, le spécifique et l’universel reste la recette à suivre pour transmettre des messages et trouver des pistes de solutions à l’extérieur du cadre imposé !

L’Amece : penser le présent pour garantir l’avenir.

Oyez Oyez bonnes gens ! Des citoyens de tous pays ont participé à l’Assemblée Mondiale des Elus et Citoyens de l’Eau (l’AMECE). Cette Assemblée, initiée lors du premier Forum Alternatif Mondial de l’Eau en 2003 et l’Association belge pour le Contrat Mondial de l’Eau en 2004, est une des démarches à amplitude internationale poursuivant les grands principes du Manifeste de l’Eau. Lisez et voyez jusqu’où le local et le global, le citoyen et le politique peuvent se rencontrer et conjuguer l’avenir au temps présent.

Pourquoi une Assemblée Mondiale de l’eau ?

L’AMECE, qui s’est tenue en mars 2006 au Parlement européen, se voulait le premier rendez-vous mondial regroupant simultanément des élus, des syndicats, des organisations de la société civile et des citoyens impliqués dans le domaine de l’eau. Cette assemblée visait à définir collectivement des mesures pour concrétiser quatre grandes actions.

  • L’accès à l’eau potable et aux services sanitaires pour tous en tant que droit humain.
  • La valorisation et l’utilisation de l’eau en tant que bien commun, patrimoine de l’humanité.
  • Le financement public des activités et services relatifs à l’eau pour la vie et à l’eau pour la sécurité d’existence collective.
  • La réalisation de structures démocratiques participatives dans le cadre d’un gouvernement public de l’eau.

Le but de cette réunion était d’encourager les autorités et les élus (villes, communes, régions) à s’engager publiquement en faveur du droit à l’eau par un acte politique qui permette de donner un signal clair tant aux populations qu’aux décideurs économiques et politiques de tous les pays. C’était aussi un appel à la mobilisation de la société civile et des syndicats afin qu’ils veillent au respect des engagements pris et mènent des actions de sensibilisation qui aillent dans ce sens.

L’originalité de l’AMECE

Deux grands axes marquent la démarche de l’AMECE en regard des dix dernières années de mobilisation citoyenne internationale dans le domaine de l’eau.
Tout d’abord, l’AMECE a permis le dialogue entre des représentants des institutions politiques, des entreprises publiques d’eau, des collectivités locales et des mouvements citoyens, altermondialistes notamment. Par ailleurs, la tenue de l’AMECE dans le grand hémicycle du Parlement Européen a été vécue comme un événement symbolique fort. « La maison des représentants » (le Parlement) est devenue pendant deux jours « la maison des représentés ».

Comment l’AMECE s’est-elle déroulée ?

Quelques 130 orateurs étaient présents à l’Assemblée, de même que plus de 550 personnes, originaires de tous les continents. On a noté cependant que les Etats-Unis n’étaient pour ainsi dire pas représentés : une absence de participation probablement symptomatique du manque d’intérêt, dans ce pays, pour tout événement non-commercial et de l’inertie des politiques étasuniennes en matière de protection de l’environnement.Concrètement, les intervenants ont orienté leurs interventions sur des propositions d’engagements capables de concrétiser les objectifs du droit à l’eau pour tous et de la promotion et sauvegarde de l’eau en tant que bien commun public.

A l’issue de l’événement, différents engagements ont été pris.

  • Des ministres de différents pays (Bolivie, Italie et Belgique) se sont engagés, en collaboration avec les mouvements associatifs, à faire reconnaître l’accès à l’eau comme un droit de l’Homme par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU au plus tard le 10 décembre 2008, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
  • Les représentants de divers groupes parlementaires européens présents se sont également engagés à obtenir que les agences compétentes de l’ONU prennent la responsabilité et la direction de l’organisation du Forum Mondial de l’Eau de mars 2009. Une démarche qui viendrait ainsi contrer le monopole du Conseil Mondial de l’Eau, organisation privée sous le contrôle des grandes entreprises multinationales privées de l’eau.

L’Assemblée a aussi revendiqué qu’il n’appartient pas aux capitaux privés de financer les investissements en infrastructures et services de nature et d’intérêt publics. Les participants ont également affirmé leur volonté de lutter contre la tendance actuelle consistant à privatiser les services de distribution et de traitement des eaux, à les soustraire du financement public au profit des financements privés.

L’AMECE a aussi inauguré le lancement d’une campagne pour le retour de l’eau du robinet dans les lieux et les espaces publics en substitution des distributeurs automatiques de boissons.

Par ces engagements et les témoignages des différents acteurs tant politiques que de la société civile, l’AMECE a surtout rappelé que la collaboration et la mobilisation des citoyens et des institutions peuvent triompher des logiques de compétitivité et de recherche perpétuelle de profit.

Au-delà de l’aspect quelque peu formel d’une initiative accueillie par le Parlement européen, le message de l’AMECE restait bien que nous sommes tous responsables de la planète. Continuer aveuglément dans la voie de la société de consommation et de la marchandisation du monde aggravera une situation déjà insoutenable pour notre planète et les populations qu’elle abrite.

Enfin, simplement, l’AMECE nous a rappelé que plus n’est pas égal à mieux, et que nous ferions bien de penser notre présent de façon radialement différente pour garder l’éventualité d’un avenir.

L’équipe de Quinoa

Quand démocratie et environnement se conjuguent au même temps…

Tout le monde à bord ! La nouvelle édition du Parlement des Jeunes Bruxellois pour l’Eau est en vue. La brise est avantageuse, la voile gonflée, nous y sommes presque… Ces jeunes aventuriers, sous l’égide de Green Belgium sont venus pour la 4ème fois faire entendre leur voix et déposer leurs motions au Parlement Bruxellois ce 9 mai 2007. Ces moussaillons de la démocratie et de l’environnement avaient une idée en tête : rappeler aux députés et responsables que leur avis et idées en matière d’eau peuvent être plus qu’une goutte dans l’océan ! Tout un programme emprunt de solidarité et de bon sens écologique…

L’éducation à la démocratie au fil de l’eau

Lancée en 2001 par l’ONG Green Belgium, ce Parlement se réunit une fois tous les deux ans en présence des autorités compétentes et des experts de la question de l’eau. Les jeunes soumettent aux votes des motions qu’ils ont eux-mêmes conçues en collaboration avec des professionnels qui les accompagnent depuis le début du périple commencé plusieurs mois auparavant. Trois rencontres précèdent le grand jour. Trois rencontres pour relever un défi de taille : donner la parole aux jeunes. Slogan un peu bateau certes mais entre les lignes duquel se lit tout l’enjeu de cette initiative : l’apprentissage de la démocratie.

Le Parlement Bruxellois est le point d’orgue de cette épopée dans laquelle plusieurs classes et groupes de jeunes se sont embarqués . Professeurs et élèves ont su voir dans cette démarche la pertinence d’adjoindre aux programmes de cours classiques le bon sens environnemental et démocratique dans une société qui a de plus en plus de mal à reprendre son souffle. Les jeunes sont formés tant aux diverses facettes de la problématiques de l’eau qu’à la démarche politique dans laquelle ils s’apprêtent à bourlinguer. Ce sont eux qui, en fin de parcours, font des propositions concrètes d’actions que les professionnels qui les accompagnent traduisent en motions. Ce sont eux aussi qui présentent ces motions avant le vote décisif de l’assemblée au Parlement Bruxellois.

Et concrètement ?

Les idées fusent ! Depuis 2001 divers projets ont pris forme. Ceux-ci perdurent et sont réactualisés lors des sessions parlementaires au cours desquelles un Programme d’Action est proposé et voté. Depuis la première session de 2001 jusqu’en 2003 (Programme d’actions 2003), 175 projets initiés par ce partenariat jeunes-responsables de la gestion de l’eau ont vu le jour dans des écoles, des associations et maisons de jeunes sur la région Bruxelles-capitale. En 2005 (Programme d’actions 2005), le capital confiance de ces moussaillons de la démocratie est tel que la Région de Bruxelles-capitale leur confie la responsabilité d’établir et gérer un budget qui s’élèvera à 4000€. Une somme qui permettra, entre autre, de développer des activités artistiques autour de la thématique de l’eau, soutiendra la communication via les médias par les jeunes, appuiera les divers projets de solidarité entre Bruxelles et des pays dits « en voie de développement ».

Et cette année ?

Cette année la thématique centrale est la « Solidarité » : solidarité des jeunes bruxellois avec leur rivière et les habitants qui la bordent, solidarité avec ceux qui manquent d’eau ici ou ailleurs, solidarité avec les plus démunis, solidarité avec les générations futures. Les jeunes ont pu s’asseoir aux côtés de professionnels du domaine et aborder des sujets tels les changements climatiques, la solidarité internationale, la problématique des inondations en bord de Senne… Ces échanges ont suscité la réflexion menant à la création de projets : réalisation d’un code de bonne conduite pour l’eau en milieu scolaire, construction d’une marre dans une école, création d’un nouveau Parlement pour les Changements Climatiques, … La cuvée 2007 promettait d’être belle. Découvrez ici le compte rendu de leurs pérégrinations !

Lors son intervention au Forum des Jeunes pour l’Eau le 23 mars 2007, Riccardo Petrella annonçait, en ouverture des débats, que la société d’aujourd’hui laisserait en héritage aux générations futures une crise mondiale de l’eau. Il évoquait le risque pour tous de voir nos enfants, leurs enfants se transformer en marchandise et notre eau, leur eau se transformer en or bleu. Le 9 mai 2007, des députés en herbe ont pris la parole devant un parterre de vrais députés et ont rappelé qu’ils ne sont pas des marchandises et que leur eau ne peut pas devenir aussi précieuse que l’or.

L’équipe de Quinoa

La gestion d’une source sacrée en pays Fon
Le sacré : une pratique durable ?

Du Par Renaud Orcel KOUANDZI – Conseiller technique et chargé des programmes de l’ONG Ecolo Bénin

L’eau qui étanche nos soifs et lave nos plaies, apaise l’esprit des divinités ailleurs où les sources sont sacrées et où le respect et la répartition de cette ressource vitale n’est pas seulement qu’une affaire d’Homme ! Suivons ensemble les pas de Renaud Orcel KOUANDZI qui nous fait découvrir une réalité trop souvent oubliée en nos contrées : l’intervention du sacré dans la gestion des ressources naturelles.

L’eau, principe élémentaire de la vie, l’eau d’où nous venons et à qui on doit encore notre existence, l’eau source de joie, d’unité et d’amour, substrat naturel et don des dieux, se trouve être aujourd’hui, dans certaines contrées, une source de malheurs et parfois de conflits. Car il n’y en a plus assez pour combler les besoins de tous ou parce qu’ailleurs elle semble couler à flots et que certains se l’approprient et en privent les autres, c’est elle, cette eau précieuse, qui cause, dans ses folles balades, la misère ou la joie, la vie ou la mort. En pays Fon, l’eau, à travers ses usages, revêt une triple connotation qui marque fortement les frontières de l’admissible, du tolérable et de l’interdit. L’eau qu’on offre à l’étranger, au visiteur, signe extérieur de bienvenue et d’hospitalité, n’est pas la même que celle que l’on utilise pour les usages quotidiens, pas la même non plus que celle utilisée pour les différentes cérémonies qui rythment la vie socioculturelle des populations (naissance, baptême, décès et autres cultes de vénérations et d’adorations). Cette répartition de l’eau, en fonction de ces usages et des intérêts visés, témoigne non seulement de sa rareté dans le milieu, mais aussi et surtout, du recours à des alternatives endogènes de gestion saine et durable de cette ressource onéreuse tant sur le plan physique (du temps jadis parce qu’il fallait longtemps marcher pour s’en procurer) que sur le plan financier (réalité de nos jours du coût des branchements au réseau courant).

Représentation (%) des grands groupes ethniques du Bénin

Source : ISAE Document synthèse des analyses en bref février 2002

De l’usage quotidien de l’eau…

En effet, la difficulté d’accéder à cette ressource et les contraintes que cela implique, même pour les plus nantis, a donné lieu à différentes stratégies dont le seul but est de rationner les usages et les comportements face à cette ressource considérée comme noble et divine. Pour ce faire, on trouve par exemple chez certaines familles, un puits, foré jusque dans la nappe phréatique, destiné à la boisson et à la cuisine, et une citerne qui stocke, par un système de gouttière, l’eau de pluie destinée aux usages externes tels que : la lessive, la vaisselle, la toilette et les constructions éventuelles. Dans certains cas, c’est tout simplement une citerne et un robinet d’eau courante, utilisé pour la boisson dans la famille mais parfois aussi vendue à d’autres personnes (au seau, à la cuvette ou en sachet). Le gain généré par cette activité permet à la famille de faire face à ses factures d’eau, mais aussi, de répondre aux autres besoins immédiats.

…à son usage sacré : respect des traditions et bon sens environnemental

Cependant, pour les différentes cérémonies des familles et collectivités, ni l’eau courante des robinets, ni celle des puits et citernes n’est utilisée en raison du caractère soit marchand qu’on en fait, soit du fait de leurs expositions à certains usages jugés impropres à la pratique.Pour ce faire, certaines réserves naturelles d’eau ont été consacrées pour répondre aux besoins des rites et cultes traditionnels (naissance, baptême, intronisation du chef de collectivité ou du Roi, décès et cultes des ancêtres). Ces réserves qui se présentent la plupart du temps sous la forme de rivières ou sources sont, du fait de leur fragilité, placées sous l’autorité de certaines divinités vaudoues. L’accès à la source ou à la rivière est alors subordonné à un certain nombre de rites et pratiques, que chaque utilisateur doit tout d’abord connaître, mais aussi observer de manière scrupuleuse afin d’avoir les effets escomptés. La non-observation des règles d’usage expose non seulement le transgresseur, mais aussi, toute sa descendance à des désagréments multiples (maléfices, incontinence, stérilité, malchance, échecs permanents et parfois, la mort) jusqu’à la septième génération.

Dans le chef-lieu du Département du Zou (Abomey), existe un massif forestier qui, avant son classement en 1941 et 1952 par l’administration coloniale, faisait l’objet d’une gestion exclusive par les communautés locales. Ce massif forestier en plus de sa richesse floristique et faunique, était traversé dans son talweg, d’un cours d’eau. Une sorte de source qui, au règne du Roi Houegbadja (1645 -1685), a été consacrée à une divinité vaudou de l’eau à savoir Dido afin d’en réguler l’accès et les usages, pour l’ensemble de la population d’Abomey et environs. Depuis lors, le massif forestier tout entier subissait de manière transversale, l’emprise de la divinité Dido, en charge de la source : l’accès à la forêt était régulé au même titre que la source. Au cours de la période coloniale, le massif forestier va faire l’objet d’un classement, pour être désormais érigé en domaine classé de l’état, sous l’appellation consacrée de périmètre de reboisement . Les populations en sont exclues et doivent désormais se contenter de quelques actions prédatrices ou d’emplois subalternes (concédés par l’administration coloniale), afin de disposer un tant soit peu des ressources du massif. Les adeptes du culte vaudou, aidés par le pouvoir royal, se voient attribuer un lambeau du massif forestier afin de leur permettre d’entretenir leur culte.

C’est donc au sein de ce lambeau de massif forestier, que la population d’Abomey va densifier et amplifier ces rites. En plus de la source consacrée à la divinité Dido, d’autres divinités vont peu à peu être installées et faire l’objet de cultes. La source Didonou, aussi appelée Source de Dada Houegbadja , est devenue à Abomey la courroie de transmission et le moteur de la vie socioculturelle de l’ethnie fon. Elle est le cadre de l’union, du pardon et l’expression du raffermissement de toutes les personnes qui se reconnaissent de la lignée royale Dynastie Houégbadjavi. Aucune cérémonie de libation ne peut se faire à Abomey et dans les environs sans cette ressource consacrée par les divinités vaudous de l’eau.

Cependant, selon la légende orale encore bien présente dans les cœurs de ces conservateurs et gardiens (famille DJAGBA), la source Didonou, n’a pas toujours été une source sacrée. En effet, jadis, Didonou était tout simplement une réserve d’eau potable au cœur de ce massif forestier. Les habitants du massif, les « Anagonous », utilisaient et vendaient (au nombre de cauris) l’eau à ceux qui en avaient besoin, surtout pendant la saison sèche, lorsque la plupart des puits traditionnels tarissaient. Le roi Houegbadja, à cette époque, construisait son palais et se trouvait parfois confronté à un manque d’eau qui ralentissait fortement l’évolution des travaux. Il demanda alors aux chasseurs qui arpentaient les forêts de repérer des endroits où puiser de l’eau. Ceux-ci, après des jours et des jours de marche, trouvèrent cette source que ses possesseurs ne voulaient en aucun cas céder. Averti, le Roi envoya des troupes de guerriers sous la direction de son fils « le prince Awissou » qui, après affrontement, expulsèrent les populations Anagonous qui s’y trouvaient. Certains d’entres eux trouvèrent refuge sur les hauteurs des collines où l’on peut, jusqu’à ce jour, rencontrer les plus grands regroupements désormais connus sous l’appellation de « Nagots ». La source, ainsi débarrassée de ces mercantilistes, était désormais ouverte et libre pour tous. Plus personne ne devait encore débourser des cauris (monnaie d’échange d’antan) pour y avoir accès. Toutefois, en prévision des pressions dont cette source pouvait faire l’objet, surtout pendant la saison sèche, le roi ordonna sa sacralisation, liant ainsi à tout jamais la source à la divinité vaudou « Dido » sous l’œil avisé des gardiens de la source (famille DJAGBA) et du chef du culte Zomadonou (Dah Mivédé).

La vénération de la divinité Dido, et les rites préparatoires que celle-ci exige, a soustrait le massif forestier et tout ce qu’il abrite comme vie, à la pression des humains pour le soumettre à la volonté des dieux… La source ainsi sacrée devait désormais faire l’objet d’usages particuliers pour le respect de soi et de la divinité. En effet, l’eau de la source Dido est exclusivement destinée aux cérémonies vaudous qui demandent une libation : intronisation du roi, ou d’un chef de collectivité « Dâh », en cas de décès, funérailles pour la paix de l’âme du défunt, naissance pour la bénédiction des nouveaux-nés, fêtes de l’igname « Sin doudou », fêtes des collectivités « Tohï »…

 

1 : Demande d’accès à la source de la population au Roi
2 : Demande d’accès des Collectivités et Dynasties Royales directement au Chef de Culte
3 : Transmission pour avis de la demande au Chef de Culte
4 : Avis du Chef de Culte (tant pour les populations et collectivités royales) et consultation des Gardiens de la source pour les modalités pratiques
5 : Transmission des Gardiens des exigences pratiques (quand et comment) pour l’accès des populations à la source et préparatifs de la cérémonie
6 : Transmission des Gardiens des exigences pratiques (quand et comment) pour l’accès des Collectivités à la sources et préparatifs de la cérémonie
7 : Les Gardiens consultent la divinité « Fâ » afin de connaître les modalités d’accès à transmettre aux populations et Collectivités.
(Par Renaud Orcel Kouandzi)

Après cinq siècles, le problème d’eau, à Abomey en général et dans le Hameau de Didonou en particulier, se pose toujours en période sèche. Le tarissement des puits traditionnels d’hier a fait place, aujourd’hui, aux interminables veillées d’eau courante. Le moindre frétillement dans le ‘‘gosier’’ parfois rouillé des robinets est désormais considéré comme une bénédiction. Nombre de personnes, pour éviter de manquer du précieux liquide, dorment à la belle étoile à côté de ces installations devenues comme des monuments au sein des cours d’habitations. Malgré cet état de fait, la foi des populations du Hameau de Didonou dans leur projet de construction socioculturelle n’a jamais été ébranlée. Les règles d’accès à la source de même que les usages ont été maintenus et la pratique des rites consacrés toujours visibles et mobilisatrices en ressources humaines volontaires et disponibles.

Conclusion

Le sacré, dans sa pratique holiste d’intégration, a permis de construire, autour d’une ressource rare mais utile et nécessaire à tous, une symbolique forte, dans un schéma de compréhension proche des réalités culturelles des populations. La population, se reconnaissant dans la symbolique prônée autour de cette ressource, l’a facilement adoptée et participe activement à sa perpétuation. La crainte des sanctions (non négociables) des divinités vaudoues éloigne les sujets enclins à une transgression en même temps qu’elle fortifie les liens qui existent entre les différentes familles. Les rites sont des occasions de rencontres, de discussion et de partage mutuel. Chaque personne présente, en apportant un peu, repart bien chargée, physiquement et spirituellement : c’est le rendez-vous du donner et du recevoir. On ne peut pas mieux construire, dans le sens de la pertinence de l’efficience et de l’efficacité, un projet autour d’une ressource si la population qui doit conduire le mouvement, quel que soit son niveau d’instruction, ne se retrouve pas dans le schéma directeur. C’est à ce prix uniquement qu’on pourra tendre de manière efficiente vers la durabilité et l’appropriation des projets par les populations bénéficiaires.

Adeptes du culte Zomadonou au cours d’une cérémonie Tohï : Abomey Août 2006 Renaud Orcel K.

a pénurie d’eau au Bénin : quel avenir pour les femmes et les enfants ?

Du Par Samuel GABA-CHABI Président de l’ONG Ecolo-Bénin

Voyage en pays Fon avec Samuel Gaba-Chabi, notre partenaire béninois : regard sans détour sur la réalité vécue au quotidien par des populations rurales placées sous la menace permanente du manque d’eau.

Table des matières

Je viens d’effectuer un périple de deux semaines à travers le Bénin, du sud au nord et de l’est à l’ouest en passant par le centre du pays. Mon circuit m’a conduit de Cotonou à Bohicon, Dassa, Savalou, Bantè, Bassila, Djougou, Natitingou, Tanguiéta, retour à Djougou, Partago, Téprédjissi, Parakou, Savè, retour à Bohicon et Cotonou. Pour ceux qui connaissent bien ou peu le Bénin, ils peuvent déjà avoir une idée de la distance parcourue, de même que la variété de l’écosystème, de l’habitat et aussi du comportement des hommes dans ces différentes zones.

En ma qualité d’écologiste, j’ai été impressionné négativement par deux importants phénomènes à savoir :

  • L’impact de la sècheresse sur l’environnement
  • Les attroupements des femmes et surtout des enfants autour des puits, au bord des marigots, des rivières, des lacs et des fleuves, à la recherche de l’eau pour la consommation et les travaux ménagers, sans tenir compte de la qualité de l’eau.

En attendant de revenir plus aisément sur chacun de ces aspects, je me permets de vous faire ici un bref récit de mes observations sur le cas de la pénurie d’eau pendant la saison sèche (du 15 octobre au 15 mai) au Bénin, surtout dans les Départements des Collines et du Nord. Dans cette zone, l’eau est devenue un très gros problème pour les populations depuis plus de vingt ans que la sècheresse menace notre pays. Un problème qui met en exergue plusieurs réalités et pose de multiples questions.

La gestion de l’environnement pointée du doigt

La mauvaise gestion de l’espace rural, l’exploitation anarchique des terres, des forêts, les cultures le long des cours d’eau sans aucune précaution appropriée, le comblement des cours d’eau aggravé par la longue sècheresse qui frappe le pays, sont quelques causes de la rareté de l’eau dans notre pays et surtout dans les zones centre et nord pourtant réputées châteaux d’eau du Bénin.

L’eau : aussi une question de genre ?

 
Dans plus de 90% des villages traversés ou visités, c’est le ballet des bidons, des seaux, des tonneaux et autres récipients pouvant contenir de l’eau (tous les volumes confondus) autour des points d’eau où c’est la raison du plus fort qui règne pour pouvoir être le premier servi. En général ce sont les femmes et les enfants qui sont affectés à cette corvée que les hommes trouvent humiliante. En Afrique, et au Bénin en particulier, jadis l’homme fût le maître absolu de son foyer et ne s’occupait pas des travaux ménagers qui sont réservés exclusivement aux femmes et enfants (surtout les filles). Cette situation a donné naissance à un dicton en langue fon qui dit : « SOUNOU GLEGBENOU GNONNOU HOUESSI » qui signifie littéralement « l’homme au champ et la femme au foyer ». Actuellement, les choses commencent à changer surtout dans les centres urbains où les femmes ne se laissent plus faire. Le nouveau code de la famille institue la femme comme étant l’égale de l’homme, ce qui n’est pas encore d’application en milieu rural où l’ancien système perdure.

De l’eau, oui mais laquelle ?

Nous devons souligner que l’eau des forages et des puits privés ou publics est vendue entre 0,25 et 2 francs CFA selon les lieux ; seule l’eau des marigots, rivières et fleuves est gratuite mais très polluée par les déchets en tous genres (ordures ménagères, déchets des industries proches, empoisonnement des eaux par les pêcheurs en vue de capturer plus facilement les poissons, ruissellement des eaux venant des champs de coton ayant été traités avec des produits très toxiques etc…). Malgré la mauvaise qualité de cette eau, certaines familles sont obligées de la consommer et de l’utiliser pour tous leurs besoins, car elles estiment qu’il vaut mieux garder les sous disponibles pour d’autres problèmes plus sérieux (achats des condiments, des médicaments, des fournitures scolaires, cérémonies familiales etc…)

Sans eau, pas de vie

Ces observations m’ont permis d’évaluer l’importance de l’eau dans la vie de l’homme « H ». Je peux maintenant affirmer que, sans eau, la vie serait presque impossible sur cette terre, compte-tenu des services qui nécessitent l’usage de cette ressource.
Pendant la saison sèche, il vous suffit de traverser le Bénin, vous auriez pitié de tout ce que vous voyez : les hommes, les animaux, la végétation, et les sols. Le cas des animaux sauvages est encore très préoccupant, car certains à la recherche de l’eau tombent à quelques mètres du point d’eau ou meurent dans l’eau très boueuse qu’ils tentent de consommer. On assiste partout à un spectacle désolant et insoutenable en raison du manque d’eau. L’eau devient alors une denrée prioritaire pour les populations.

Que faire ?

Face au recul des périodes pluvieuses, les nappes d’eau commencent à s’épuiser. Il importe donc que l’Etat et ses différents partenaires conjuguent leurs efforts pour trouver des solutions idoines au plus tôt. Il s’agira d’évaluer objectivement les ressources en eau du pays, aussi bien en surface que souterraines. Cette tâche incombe prioritairement à l’Etat qui est le principal propriétaire de toutes les ressources de la nation et qui doit veiller au bien être des populations. En attendant cet éventuel projet salutaire, il serait heureux de voir des bonnes volontés de toutes catégories (hommes d’affaires, politiciens, associations de développement villageois, ONG nationales et internationales,…) vivant avec les populations et connaissant bien leurs problèmes, intervenir avant qu’il ne soit trop tard en apportant leurs concours pour la réalisation de quelques points d’eau. Cela permettrait de soulager un tant soit peu les douleurs de ces paisibles et vaillants paysans qui ne demandent que de l’eau pour leur survie. Il est bon de souligner les réalisations faites dans le cadre des jumelages de certaines villes d’Europe, d’Asie, d’Amérique avec quelques villes du Bénin, de même que des projets régionaux d’hydraulique villageoise (Conseil de l’Entente ; C.E.D.E.A.O. ; B.O.A.D. ; et autres institutions financières). Ces réalisations, bien que non négligeables, ne comblent toutefois pas encore les attentes et besoins des populations.

En guise de conclusion

Ce périple de deux semaines m’a apporté beaucoup d’enseignements sur la pénurie d’eau dans mon pays et m’amène à réfléchir sur les solutions urgentes à apporter afin de vite soulager les paisibles populations. En tant que simple citoyen, je me vois impuissant et désarmé devant cette grave situation. Je fais appel donc aux hommes et femmes de bonne volonté afin que des actions urgentes soient engagées. Qu’on n’attende pas les périodes électorales pour aller solliciter les populations avec de gros mensonges ! Il faut commencer à les aider maintenant pour qu’elles soient plus vigoureuses avant les élections. En effet, celui qui n’a pas d’eau dans sa chambre n’osera pas perdre son temps pour aller voter en faveur d’un candidat qui, une fois au pouvoir, ne songera plus à lui !

L’arbre à palabres…

Beaucoup le savent, l’arbre à palabres rassemble les hommes et les femmes d’un endroit et abrite sous ses branches les histoires qui permettront au savoir de faire son chemin dans la société. Un savoir qui, contrairement à notre acception européenne du terme, n’est pas tant scientifique que narratif. Un savoir qui n’a guère besoin de trouver sa légitimité dans les preuves qui pourraient en faire un discours vrai. Nous tenterons modestement d’endosser le rôle du griot, pour vous faire découvrir les multiples facettes du savoir de l’Homme et les innombrables formes qu’il peut prendre. Laissez-vous guider et osez y croire pour un instant ou plus longtemps…

Parole de sage ?

Joseph Ki-Zerbo, donne quelques pistes précieuses pour comprendre la symbolique de l’eau en Afrique et ailleurs : « Dans ma langue maternelle, on dit qu’il y a dans l’eau plus que le crocodile.On signifie par là, la complexité du réel, non seulement parce que mille animalcules moins spectaculaires que le crocodile sont là, mais parce que l’eau touche à des choses situées au-delà de ce qui est visible, par exemple : la vie… Dans les mythes d’origine, en Afrique comme ailleurs, l’eau est omniprésente. Rappelons le « Dieu de l’Eau » des Dogon : « La force vitale de la terre est l’eau. Dieu a pétri la terre avec de l’eau ; de même, il fait du sang avec de l’eau. Même dans la pierre, il y a cette force »… Les mythes d’origine des peuples sont très souvent associés à l’eau, aux fleuves, aux lacs, aux puits. Au Ghana ancien, la légende du Ouagadou parle d’un ancêtre-totem de la famille royale, le Dieu Serpent, à qui l’on faisait des sacrifices et qui était le gardien d’un puits et le garant de la fécondité. Son extermination marquera, dit-on, le déclenchement de la sécheresse. Ces premiers épisodes de la vie des peuples sont marqués par le franchissement de fleuves dans des circonstances miraculeuses… Ainsi, les Baoulé, migrent de l’Aschanti (Ghana) à leur région actuelle (Côte d’Ivoire) en franchissant la Comoe. De même, les premiers rois de Ségou tireraient leur nom (Coulibaly) du fait qu’ayant été arrêtés par un fleuve dans leur fuite devant des ennemis, ils auraient dû leur salut au fait qu’un silure géant s’était installé comme un pont vivant d’une rive à l’autre, si bien que les fugitifs purent traverser le cours d’eau, sans pirogue (« Couloubaly » en bambara). En Afrique, ces légendes sont le reflet de faits vérifiables au fur et à mesure que la saharisation ou l’absence d’eau soulignent l’importance de cet élément. L’eau entre dans le rapport des forces écologiques, économiques, sociales et politiques en tant que médium agissant au sein des trois règnes (minéral, végétal et animal), créant des espaces-temps, qui constituent des modèles, sinon des moules structurels de développement historique. Par exemple, là où l’aridité s’impose, le chameau sera introduit et entraînera un système socio-historique original. Sutton a décrit les « civilisations aquatiques » de la Préhistoire de l’Afrique orientale mais la dynamique de l’eau peut conduire à la régression ». (Tiré de La symbolique africaine de l’eau et ses retombées de l’institut Veolia Environnement)

Conte d’un jour et d’une terre

La maison de la lune et du soleil… ou comment le soleil dut laisser sa maison à l’eau, selon les membres de l’ethnie Efek-Ibido du Nigeria.

The origin of the amazon… histoire en anglais de la naissance de l’Amazone selon les Indiens Juruna du Brésil.

La légende de la sainte tombe d’Arles d’où une eau aux propriétés magiques s’écoulent depuis des lustres !

L’épouse du Dieu de l’eau donnée, dans les contrées Touareg, à son mari en échange du divin liquide…

Pourquoi l’eau de la mer est salée… ou comment empêcher la meule à sel de tourner en Chine !

Proverbes

« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas. » – Groupe ethnique Cri

« Le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne le transforme point en crocodile » – Afrique

« La vie est comme l’eau dans une pirogue : elle va d’un côté à l’autre » – Afrique

« Le dos de la pirogue ne dévoile pas la profondeur de la rivière ou du fleuve » (Les apparences sont trompeuses) – Origine inconnue

« Suis le caïman et tu boiras de l’eau claire » (Les proverbes baoulés ou bantous surprennent car ils contiennent souvent deux sens diamétralement opposés. Si tu es protégé par un puissant tu ne risques rien, mais derrière un puissant tu n’attrapes rien non plus) – Groupe ethnique baoulé

« En buvant l’eau du puits, n’oubliez pas ceux qui l’ont creusé. » – Chine

« A coconut shell full of water is a sea to an ant. » – India

« Le jeu d’échecs est un lac, dans lequel peut se baigner un moucheron et se noyer un éléphant. » – Inde

« No one can see their reflection in running water. It is only in still water that we can see. » – Groupe ethnique Taoist

« Água mole em pedra dura, tanto dá até que fura » – « Even hard rocks can be drilled by persisting soft drops of water » – Portugal

« Nadie sabe lo que vale el agua hasta que falta » – Origine inconnue

« The word « enough » does not exist for water, fire, and women. » – Ukraine

Parler c’est bien, agir c’est mieux !

Informés que nous sommes sur la problématique de l’eau, les risques encourus, les approches diverses existantes, que pouvons-nous faire concrètement ? Ce qui suit est sans doute déjà connu, sans doute pas. Rappeler les bons gestes c’est tenter d’en faire des réflexes qui sembleront évidents pour nos enfants et les enfants de nos enfants. Alors, pour eux, qu’attendons-nous ?Les gestes simples pour économiser l’eau

Commençons par les bientôt classiques …

  • Préférer la douche au bain
  • une brique dans la chasse des wc
  • la récupération de l’eau de pluie dans une cuve extérieure (pour les chançards qui ont un jardin… et une cuve !)
  • une bassine dans l’évier pour ne rien laisser passer et réutiliser l’eau propre récoltée,
  • nettoyer la voiture avec un seau, pas au tuyau d’arrosage,
  • stoppez l’eau du robinet pendant que vous vous lavez les mains, les dents…

Mais aussi :

  • Recycler l’eau de l’aquarium pour arroser ses plantes,
  • utiliser l’eau chaude de cuisson comme désherbant naturel,
  • utiliser des éponges en microfibres plus économiques en eau,
  • arroser les plantes le soir au moment où l’évaporation est moindre…

Durant mes pérégrinations autour de l’eau, j’ai croisé bien des chemins, bien des histoires, bien des espoirs… Il y a certes les petits gestes, mais aussi les grandes actions en faveur de l’eau et de son environnement. Trop peu connues, elles méritaient d’être promues dans le cadre de cette Newsletter.

  • Le Quartier de la Barraque rappelle à ceux qui veulent l’entendre qu’un autre mode de vie, plus proche de la nature et donc de l’Homme, est possible.
  • Le kot à projet Kontre la soif sensibilise ici et agit au Sud autour de la problématique de l’eau.
  • Le kot à projet Eco Kot se bouge pour l’environnement, sans oublier nos portefeuilles…
  • Si vous en connaissez d’autres, faites-le nous savoir !

Le verre de Quinoa !

Quand designers et acteurs en éducation au développement se posent et réfléchissent ensemble à des outils de sensibilisation cela donne ceci : objet de tous les jours, le verre, se fait le porte-voix du déséquilibre mondial de la consommation d’eau.
Les données indiquées sur le verre rappellent la consommation journalière domestique (habitations privées, municipalités, commerces et services publics comme les hôpitaux par exemple)

  • L’ »Europe« , désigne le continent européen dans son ensemble. La consommation totale est de 1590 litres/jour/personne dont 33% sont utilisés par le secteur de l’agriculture, 52% par le secteur de l’industrie et 15% par le secteur domestique.
  • Le terme « Afrique », désigne plus particulièrement l’Afrique sub-saharienne. En Afrique sub-saharienne, la consommation totale est de 474 litres/jour/personne dont 88% sont utilisés par le secteur de l’agriculture, 4% par le secteur de l’industrie et 9% par le secteur domestique.
  • Aux Etats-Unis, la consommation totale est de 4608 litres/jour/personne dont 41% sont utilisés par le secteur de l’agriculture, 46% par le secteur de l’industrie et 13% par le secteur domestique.
  • Plus spécifiquement en Belgique, notre consommation domestique est de 150 litres/jour/personne.

Quelques adresses utiles en vrac

Le portail de l’eau en Belgique
Eautarcie ou comment devenir indépendants par rapport au réseau de distribution d’eau.
Centre d’Information sur l’Eau Site français ouvert aux grands et aux plus petits.
The World Toilet Organization
Planète bleue.info Le Portail Alternatif sur l’eau
Agence canadienne de développement international La page jeunesse consacrée à l’eau
Site de la BBC pour calculer sa consommation journalière en eau.
L’eau droit humain (Rome 2003)
Water not for Sale
Ressource centre on alternatives to privatisation
Manifeste de l’eau
Journal d’information indépendant
Dossier sur la consommation d’eau en bouteille en Belgique et sur la qualité des différentes eaux minérales
Etude sur la consommation d’eau en bouteille
Tableau des consommations d’eau en bouteille
Bottled Water :Pure Drink or Pure Hype
Movement against corporate globalization in India

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