Queen of Katwe

Un soir d’été. Au programme un film à regarder en famille. Moi, mes 3 enfants et leurs 2 cousins. Plus de 30 minutes à discuter quel film regarder : votes, disputes, défenses de tel ou tel autre film. Tout le monde a la parole même Elijah du haut de ses 3 ans. Finalement, nous optons pour « Queen of Katwe », tout le monde est d’accord mais plusieurs questions sont soulevées : « c’est où, c’est au Burundi maman ? » demande Darel. « C’est au Congo maman Hortence ? » s’impatiente Héléna. « Découvrons-le ensemble », je réplique.

Ce film n’a rien des films Disney qu’ils ont l’habitude de regarder mais curieusement il les intéresse. Ni princesse en robe blanche, ni Spiderman et encore moins les animaux qui parlent. Est-ce la bande-annonce ? Ou ces gens qui vivent dans des conditions si différentes des leurs ?  Ou encore était-ce de la nostalgie pour l’Afrique pour ceux.celles qui gardaient encore quelques souvenirs ou juste cette envie de découvrir l’Afrique pour celui.celle qui n’y a jamais mis ses pieds ?

Pendant 2 h 04min 18s, personne ne bouge de sa place soigneusement choisie. Même le plus turbulent. Pas de commentaire, pas de chuchotement, on a même oublié que ce sont les mêmes enfants qui passent leurs temps à se bagarrer.

Lorsque la propriétaire de la chambrette que Phiona et sa famille occupent,  les chassent au milieu de la nuit à cause de plusieurs mois d’arriérés de loyer, je vois Héléna prendre un mouchoir, puis Darel, et puis Michel. Je mets sur pause. « Est-ce que tout va bien ? On continue ou on arrête? » On continue. Moi-même j’essuie de petites larmes, mais bien sûr discrètement.

Le film

Fifi 5Dans un bidonville de Kampala, en Ouganda,  Phiona Mutesi habite une maisonnette en tôle. Une pièce qui, la nuit tombée devient la chambre à coucher pour toute la famille.

Sa maman Harriet, interprétée par Lupita Nyong’O, est veuve. Elle élève toute seule 4 enfants dont l’aînée ne lui rend pas la tâche facile. Elle fréquente un jeune homme riche qu’elle survalorise jusqu’à changer son apparence et quitter sa famille pour lui. Harriet est l’une de ses femmes qui ne désarment pas. Elle lutte pour élever ses enfants tout en gardant sa dignité.

 

Phiona et son frère Brian vendent du maïs pour épauler leur maman. Ils font du commerce ambulant au sein de Kampala ; C’est par hasard qu’ils tombent sur un atelier d’échec où des enfants de leur âge sont enseignés. Phiona s’y intéresse et est directement remarquée par son professeur, qui voit en elle un immense potentiel. Brian, lui c’est le porridge distribué par le coach Robert après les séances qui l’attire.

Robert Katende, Major de sa promotion, époux d’une institutrice, travailleur actif pour la paroisse, espère devenir ingénieur. En attendant qu’un poste se libère, il enseigne les échecs aux jeunes enfants. C’est un homme bienveillant et compréhensif  qui incite ses élèves à se dépasser, à repousser leurs propres limites. Il se bat pour tous ses élèves. Il est prêt à tout pour la réussite des enfants jusqu’à sacrifier sa vie pour y arriver.

C’est ainsi que faute de frais de transport que son club a besoin pour participer à un tournoi d’échecs les opposant à une école de la ville, il décide de retourner jouer au football pour l’argent alors que ce jeu lui était interdit à cause d’une blessure qu’il a eue dans le passé.Katwe 2

Le matin, quand Monsieur Katende va voir si ses « anges » ont bien dormi, leurs lits sont encore faits et personne n’est dessus. Ils ont juste pris les couvertures et comme chez eux à Katwe, ils ont passé la nuit sur le  sol. Mais cela ne leur empêche pas de gagner ce tournoi haut la main.

Courir pour survivre

Avant de quitter leur dortoir, Robert leur raconte une histoire   «En allant chercher notre bus hier, j’ai vu un chien tout maigre. Un chien complètement affamé. Il aperçoit un chat. Il se lance à a poursuite, le chat se sauve dans une ruelle, franchit une flaque de boue, se faufile dans une maison, il bondit par-dessus l’âtre où siffle une bouilloire et disparaît au loin. Le chien s’écroule dans la poussière, harassé. Je dis au chien : « comment t’es-tu débrouillé ? » Le chien a répondu : «  Quand on est affamé, on ne laisse pas son dîner s’échapper le problème c’est que moi, je ne courais qu’après un repas, ce chat courait pour survivre. »  …Les enfants d’ici ont de beaux vêtements et dorment dans de vrais lits…leur vie n’est pas difficile. Mais vous, vous, mes chats féroces, vous courez pour survivre. »

Une belle leçon que  Phiona a comprise et suivie à la lettre. Elle gagne ce tournoi face au joueur le plus doué de l’école privée. Cette victoire est même saluée par la directrice de cette école ; Celle qui, à leur arrivée avait méprisait « ces enfants non scolarisés » n’hésite pas de souligner  « elle vous encercle jusqu’à ce que vous n’ayez plus nulle part où aller, puis vous étrangle comme un python. Une telle combativité chez une fille est un atout précieux. »

C’est le début d’une suite des victoires, qui lui ouvrent les portes d’un futur doré mais aussi des déceptions.

Fifi 2

Revivre cette vie encore et encore, après avoir vécu le monde de luxe, de privilège et de gloire qui lui était totalement inconnu auparavant devient insupportable pour Phiona. Elle devient arrogante et prétentieuse. C’est ainsi qu’elle a la « folle » idée de participer aux olympiades de Russie en 2010 à seulement 14 ans. Elle est passionnée mais pas prête pour un si grand championnat. Elle affronte le Canada mais la partie ne durera pas longtemps puisqu’elle quitte le tournoi en larmes, démoralisée. « Jamais je ne ferai partie de ce monde-là. » Elle se heurte brutalement à la réalité, se dévalorise. Elle regrette sa vie de misère mais qui était simple. Elle veut mettre fin à sa passion. Robert tente de la raisonner « perdre ne signifie pas qu’on ne vaut rien ».

Lui qui avait déjà goûté à une perte savait bien de quoi il parlait. Celui qui paraissait avoir toujours eu une vie aisée a été abandonné par sa mère à la naissance, il a vécu dans la misère et les difficultés et a dû se battre seul pour s’en sortir.

Phiona décide de prendre sa vie en main, elle redouble l’entrainement, aidée par sa famille et son coach. Ce dernier refuse un poste d’ingénieur qu’on lui a lui proposé, pour rester près de ses élèves.

Phiona finit par gagner le championnat de Rouaboucheni à seulement 14 ans.

« Waouh, elle a gagné » applaudit E.Zach, très concentré dans son coin du  canapé. Je commençais d’ailleurs à douter qu’il comprenne quelque chose de ce film. Eh bien il n’est pas le seul à applaudir, Phiona est aussi acclamée par les habitants en foule, à son retour au village, scandant « Queen of Katwe ». Elle symbolise l’espoir et la réussite.

Deux ans plus tard, elle construit une belle maison à sa famille grâce à l’argent récolté suite à la parution de sa biographie.

« Queen of Katwe » littéralement « La Reine de Katwe », est un film réalisé par Mira Nair, sorti en 2016.

Et après le visionnage du film…

« Mais pourquoi ils dormaient par terre? Pourquoi Phiona et son frère ne pouvaient pas aller à l’école au début du film ? Moi aussi je peux vendre des choses dans la rue ? Pourquoi personne ne voulait les aider ? Comment Phiona a fait pour  gagner ?»  Et encore des pourquoi, comment, qui, où,…

Phiona

Phiona Mutesi

Moi qui croyais que toutes les questions avaient été répondues au cours de ce film, je me suis complètement trompée. Ça ne faisait que commencer. Répondre aux questions de 5 enfants qui ont respectivement 10, 8, 7, 5 et 3 ans me demandera plus que mon expérience personnelle. Les discussions ont tourné autour du film tout le reste de la soirée.

Basé sur l’histoire réelle de Phiona Mutesi, ce film nous montre les inégalités dans la société mais aussi inspire le courage et la combativité. Les 124 minutes à passer devant son écran ne seraient pas vaines, c’est un film plein d’émotions, qui reflète les réalités de la vie.

« Queen of Katwe » aura été un de ces films qui nous marquent toute notre vie.

Hortence Iradukunda